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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 22:37


Après le terme «extraconstitutionnel», les Malgaches doivent intégrer un nouveau néologisme : «auto-putsch». Madagascar est bien un pilier de la Francophonie et aurait mérité d’abriter le Sommet, initialement prévu à Antananarivo en 2010 et récupéré par la Suisse. Les élus helvétiques se chamaillent à cause du budget qu’il va falloir débloquer et se soucient fort peu du rayonnement de la langue française.

 

Depuis que Ny Hasina Andriamanjato a quitté le bateau, on se demandait quelle direction allait choisir la HAT (Haute autorité de transition). On est désormais fixé. C’est celle du durcissement et de la crispation, le plus mauvais choix en ces temps de menaces de sanctions et de destruction de l’économie. Le remplaçant nommé le 24 février, le vice-amiral Hyppolite Raharison Ramaroson, est moins connu pour ses faits d’armes et ses actes de courage que pour les enveloppes qu’il a touchées.

 

A sa décharge, les «primes» en tout genre sont devenues une tradition, du haut en bas de l’échelle, dans la Grande Ile. Marc Ravalomanana lui- même a révélé à ses partisans réunis au Magro le 23 février, via le téléphone, qu’il a bien octroyé des «aides financières» aux éléments des forces armées durant la crise, début 2009. Le problème, c’est que les hauts-gradés n’ont pas «redispatché» ensuite à la troupe cette «marque de reconnaissance». Mouillée par l’ancien président, Cécile Manorohanta ancienne ministre de la Défense, en charge actuellement de l’Intérieur, s’est défendue d’avoir profité de ces largesses. Du côté  des partisans du changement «extraconstitutionnel» (le coup d’état, quoi !), la distribution avait été plus équitable et cela s’est vu dans la motivation des bidasses du Capsat.

 

Le vice-amiral est bien celui qu’on voit le 17 mars 2009 à l’ECAR (siège catholique), complètement décomposé, bousculé par des militaires vociférant des propos haineux et amené à la caserne du Capsat d’où il ne ressortira que quelques heures plus tard. Ce séjour avec d’autres généraux dans cette résidence accueillante leur a permis de réfléchir et de transférer, «de leur plein gré», le pouvoir du directoire militaire à Andry Rajoelina. Il n’aurait ainsi pas voulu de la direction du pays avec ses collèges officiers généraux mais accepte sans rechigner un poste dont son prédécesseur a voulu se débarrasser par peur des sanctions internationales.On pourra ajouter à son Curriculum Vitae qu’il a inventé le terme «autoputsch» pour enfoncer l’ancien chef de l’état et se justifier de ses voltes-faces. Son visage livide face aux soldats du Capsat, et qu’on peut revisualiser en vidéo ne reflétait donc en rien son état d’esprit. Il était en parfait accord avec ce qui se passait. D’ailleurs, il avait anticipé sa nomination officielle et convoqué une conférence de presse pour annoncer sa promotion ministérielle, une hâte peut-être destinée à faire oublier les accusations de lâcheté lors du coup d’état.

 

Kaleta, un sénateur qui avait trahi le président Ravalomanana juste à temps, a déclaré : «Hyppolite Ramaroson est un officier honnête et intègre». Il a dû oublier «et courageux». Cette nomination n’a pas grand sens et s’apparente à une provocation, ridicule et humiliante pour le pays. En tout cas, ce n’est pas comme cela que la HAT s’en sortira face à la communauté internationale. Contrairement à leurs homologues africains -le Niger vient de se rajouter à la liste-, les putschistes malgaches ne veulent pas assumer leurs actes et aimeraient être acceptés comme des démocrates.

 

Andry Rajoelina n’échappera pas aux accords qu’il a signés. Par contre, il peut arguer que l’évolution de la situation peut nécessiter quelques aménagements sans trahir l’esprit de Maputo. Il sauvera ainsi la face tout en faisant valoir quelques unes de ses idées, comme de placer des législatives avant des présidentielles dans l’échéancier. Mais pour cela, il faut d’abord un gouvernement authentiquement d’union nationale. La nomination de Camille Vital pose problème aux légalistes. Andry Rajoelina peut proposer de nommer conjointement un Premier-ministre neutre, chargé de préparer les élections et qui aura en charge aussi les Affaires étrangères. Cela résoudra du même coup l’attribution de ce ministère tiraillé de partout et rentre dans une cohérence. Le nouveau gouvernement n’aura comme mission que de conduire les élections de la manière la plus transparente possible avec l’aide des partenaires et des bailleurs de fonds internationaux. Cette personne existe. Tous les chefs de mouvance ainsi que le GIC l’apprécient. Elle a aussi beaucoup d’ennemis, en particulier des proches de ces mêmes responsables qui risquent de voir leur importance relativisée.

 

D’autre part, pour éliminer toute suspicion de manipulation des élections, Andry Rajoelina devra tenir sa promesse de ne pas se présenter lui-même et l’annoncer rapidement. Et ceci malgré des conseillers avisés qui aiment abattre les cartes au dernier moment pour surprendre l’adversaire. L’heure n’est plus aux joutes stratégiques mais à la survie du pays. En faisant cela, le président de la HAT sortira par la grande porte et sauvegardera son image pour l’avenir. Et il affaiblira ses adversaires en leur enlevant plusieurs de leurs arguments principaux.

 

La crise démarrée en 2008 s’avère en final opposer des corrompus roublards à des violents, qui en quelques mois, se sont révélés aussi corrompus que les premiers. Aucun de ces deux courants ne mérite le qualificatif de «démocrate» et c’est pour cela d’ailleurs qu’ils n’arrivent pas à concrétiser une solution négociée. Si les accords ont pu être signés, c’est grâce à la pression de la communauté internationale, se faisant le porte-voix d’une troisième force qui est montée petit à petit en puissance. Il s’agit de la majorité de la population, militant pour la non-violence, le respect des institutions, et l’arrêt des abus de pouvoir des politiciens. C’est elle qui souffre des embargos, des arrêts de financements, de l’insécurité perpétrée pas des hommes disposant d’armes de guerre et souvent en uniformes, des fermetures d’usines….

 

Après la stupidité de Maputo III (voir article : «Madagascar : exceptionnel bazar de Noël»), la roublardise de trop, et la réplique d’Andry Rajoelina qui a rejeté sa propre signature, la violence de trop, les légalistes ont rampé pendant 2 mois. A partir du 17 mars 2010, ce sera au tour des putschistes, si aucune solution de consensus n’est trouvée. Pendant ce temps, le pays est plus bas que terre, mais cela n’empêche pas les membres de la HAT de tenir le verbe haut. Comme avant les sanctions de l’Agoa dont on voit les résultats maintenant.

 

Etre légaliste ne veut pas dire forcément être «pro-Ravalomanana» et justifier tous les abus de l’ancien président. Cela signifie simplement avoir le respect des Institutions, c’est-à-dire de soi-même et revendiquer l’exercice de son droit citoyen aux échéances prévues. Personne n’a donné une procuration au Capsat pour «voter» au nom du peuple. Et exiger le changement de comportement de la part des détenteurs du pouvoir n’est pas cautionner un putsch. Le vrai peuple ne se trouve pas dans les discours de propagande des uns et des autres et c’est pour cela que la communication de la HAT n’a aucun impact. Son échec tient moins aux supposées subventions de Ravalomanana à quelques sites Internet qu’à l’inanité de ses arguments. La «diabolisation» de ce dernier est aussi ridicule que sa «messianisation» par ses plus chauds partisans.

 

Le peuple malgache est beaucoup plus mature que ne le laisse penser les démocrates à la kalachnikov mais les institutions, parlement ou justice par exemple, sciemment affaiblis par les dirigeants successifs ne lui ont jamais permis de s’exprimer durablement et d’asseoir une vraie démocratie. Mais il veut reprendre ses droits. L’incapacité des putschistes à se faire reconnaître, la combativité de la diaspora qui ne faiblit pas ou la résistance de la population qui plie mais ne se rompt pas sont des avertissements aux politiciens de tout bord : Respectez le peuple ou vous finirez mal. J’ai eu l’occasion de le dire à Jean François Mancel, député UMP qui suit de près les affaires de la Grande Ile : «Les Malgaches ont pu dégager Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana. Ils peuvent faire de même pour Andry Rajoelina». 

 

Un des signes les plus tangibles de l’intégration de Madagascar dans le club des nations libres serait l’octroi du droit de vote à la partie des citoyens qui en est spoliée : la diaspora. Elle a toujours fait peur au pouvoir car on ne peut la manipuler, ni l’intimider. Marc Ravalomanana a promis en 2002 de rattraper cette injustice mais il s’est gardé évidemment de tenir parole. Feu Jacques Sylla m’avait dit textuellement dans son bureau à Ambotsirohitra, alors qu’il était Premier ministre du gouvernement insurrectionnel : « J'appuierai le droit de vote de la diaspora… ». Seul Pierrot Rajaonarivelo, parmi les prétendants à la magistrature suprême, l’a intégré dans son programme. Rappelons qu’aucune nation démocratique, petite ou grande, des Etats-Unis au Sénégal, du Mali à la France ne se permet ce déni de citoyenneté car c’est un crime contre la Constitution. Mais bon ! Au pays des «extra»… 

 

1453675621-hummer-c-est-finiPour deviser d’un sujet plus léger, parlons d’automobiles. Hélas ! Il s’agit aussi d’une mauvaise nouvelle. La production des Hummer, ces énormes 4X4 conçus à l’origine pour l’armée américaine s’est officiellement arrêtée le 25 février 2010. Le groupe chinois Sichuan Tengzhong Industrial Machines, qui devait en racheter les droits à Général Motors s’est finalement désisté. Les analystes estiment que les tensions entre la Chine et les USA actuellement (visite du Dalaï Lama à Washington le 18 février, après les problèmes de Google, le sommet de Copenhague, etc…) pourraient être à l’origine de l’échec des négociations entre les deux firmes. C’est donc un symbole de l’Amérique toute puissante qui disparaît. Personnellement, qu’un véhicule qui consomme 14 litres aux 100 kms, hyper-polluant (rejet en moyenne de 372 grammes de C02/km), ne soit plus fabriqué ne me contrarie pas outre-mesure. Mais des «défenseurs du peuple» à Antananarivo vont être profondément chagrinés. Après les menaces de sanctions, les fermetures d’usines à cause de l’Agoa, cinq depuis 2 mois et 7000 chômeurs de plus, dont 2000 rien que pour Radha Fashion fin janvier, maintenant la Hummer… C’est trop ! Heureusement, ils ont une petite consolation : leurs voitures vont devenir des «collectors»…

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 22:47


Les Malgaches sont de nouveau dans l’expectative. Les membres de l’Union africaine ont fait preuve d’un sens de l’humour (noir). Ils ont fixé la fin du délai de grâce au 16 mars 2010 pour la HAT (Haute autorité de transition). Les sanctions individuelles tomberont dès le 17 mars si le régime ne s’est pas conformé entretemps aux accords de Maputo et à l’acte additionnel d’Addis-Abeba, signés par toutes les parties. Cette date ne vous rappelle rien ? Mais si, le pasteur Lala, médiateur, traîné par son col par un militaire, l’ambassadeur américain s’engouffrant dans sa voiture, protégé par ses gardes de corps, des généraux balancés dans le coffre d’un break par des trouffions, et le chef des médiateurs, l’évêque Odon Razanakolona, regardant la scène du haut d’un balcon, le sourire en coin… C’était le 17 mars 2009, un anniversaire qui risque d’être gâché pour les tenants du changement «extraconstitutionnel».

 

Le 18 février,  pendant que l’organisation panafricaine étudiait le cas de Madagascar, au Niger, le colonel Dijibrilla Hima Hamidou dit «Pelé», 45 ans, commandant de la compagnie d’appui des blindés de Niamey, amenait ses troupes à l’assaut de la Présidence. Le chef de l’état, Mamadou Tandja, au pouvoir depuis 1999, a été proprement déposé. La Constitution lui commandait de quitter son fauteuil après deux mandats. Il l’a changé, faisant dire à ses adversaires qu’il a commis un «coup d’état constitutionnel». Les Nigériens ont eu droit en réaction à un «coup d’état» tout court ayant fait plusieurs morts. Les militaires ont promis des élections en assurant qu’ils voulaient «une transition courte prenant fin le plus tôt possible». Ces déclarations ont rasséréné les observateurs, car les putschistes admettent eux-mêmes qu’ils ne sont pas dans une normalité démocratique. En attendant, le pays est suspendu de l’Union africaine.

 

tele-france24.gifEn Côte-d’Ivoire, cela ne va pas mieux. Le président Laurent Gbagbo a dissous le gouvernement et la Commission électorale indépendante (CEI)  le 12 février. Des troubles ont éclaté devant ce coup d’éclat, qualifié de «coup d’état» par ses adversaires, car lui permettant d’ajouter du rab à son mandat normalement expiré depuis 2005. 5 personnes sont mortes à Gagnoa le 19 février à la suite de la répression d’une manifestation de l’opposition. La chaîne d’information France24 a été «suspendue» ce 22 février pour «traitement non professionnel de l'information» concernant «l'actualité politique» par l’organe ivoirien de régulation des médias.  Le président burkinabé Blaise Compaoré, tente actuellement une médiation à Abidjan.

 

C’est dans cette ambiance que Denise Epoté, de TV5 Monde, a reçu dans son émission «Et si vous me disiez toute la vérité ?» traitant de l’actualité du continent, un invité malgache, Mamy Andriamasomanana. Aussitôt après sa diffusion le 21 février, les réactions ont fait un «buzz» sur les forums malgaches, essentiellement de la diaspora. Beaucoup d’échos positifs sont remontés d’Afrique francophone, où TV5 est largement diffusée. Car le consultant du GIC (Groupe international de contact) avait replacé le cas de la Grande Ile dans le contexte global de l’Afrique contemporaine. Mamy Andriamasomanana renoue ainsi avec la tradition des penseurs politiques noirs d’avant et pendant les indépendances.

 

DSCF1966.JPGDans son exposé, Mamy Andriamasomanana considère que le modèle français en matière d’élections, héritage de la puissance coloniale, n’est pas «l’horizon indépassable» et qu’il faudrait trouver des solutions originales et spécifiques. Des législatives permettraient de mettre en place un contre-pouvoir, avec une meilleure représentation des forces réelles des composantes politiques. Et cela, avant que le pouvoir d’un seul homme ne se mette en place avec les présidentielles. Des «institutions fortes» donc, plutôt que des «hommes forts» qui ont la propension à abuser de leurs prérogatives, dans la droite ligne des déclarations d’Obama lors de son passage au Ghana. Sinon, quel que soit le président, une autre crise ne peut qu'advenir. Les législatives contribueraient ainsi à la sécurisation des institutions mais pour être crédibles, elles doivent être organisées en concertation avec l'ensemble des acteurs de manière consensuelle.

 

Ces idées sont les siennes depuis toujours mais l’actualité du «pays de ses ancêtres» les replace dans le débat d’une manière aigüe. Il a éprouvé une certaine «honte» devant les tractations pour les ministères ou les voitures de fonction après la signature des accords de Maputo et de l’acte additionnel d’Addis-Abeba. Ses compatriotes ont montré ainsi leurs véritables préoccupations, «incompréhensibles pour la communauté internationale», habituée à traiter de l’intérêt supérieur des états. Aucune des parties en lice n’a été épargnée.

 

Le site de TIM France (parti de l’ancien président) a supprimé les messages, pourtant dans les normes (ni insultes, ni appels à la violence), évoquant cette émission. Mais le dépit de voir l’ennemi juré depuis 2002 revenir sur le devant de la scène a provoqué un mouvement d’humeur anti-démocratique. Mamy Andriamasomanana disposant du nouveau numéro de portable de Marc Ravalomanana qui continue à échanger avec lui, ce genre d’attitude n’aura pas grande conséquence sauf peut-être pour leurs auteurs. Car la pression est de plus en plus forte sur Mamy Andriamasomanana afin qu’il quitte sa posture de réserve et s’implique davantage. .. et cela de tous côtés. La Grande Ile est en pleine détresse, comme beaucoup de membres de l’ex-empire français ayant obtenu leur indépendance en même temps qu’elle, il y a 50 ans…  Les Africains ont mal à leur démocratie !

 

Photo : Denise Epoté et Mamy Andriamasomanana sur le plateau de TV5

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 19:44


DSCF1968.JPGDenise Epoté anime l’émission «Et si vous me disiez toute la vérité ?» sur TV5 Monde où elle invite souvent des personnalités africaines de premier plan pour éclairer un pan de l’actualité du continent.

 

Pour parler la situation conflictuelle de la Grande Ile, elle a choisi Mamy Andriamasomanana, consultant du GIC (Groupe international de contact). Fin analyste d'une crise qu'il a suivi de bout en bout, ce dernier connaît personnellement aussi bien Marc Ravalomanana qu’Andry Rajoelina.

 

L’émission a été enregistrée le 12 février 2010, avant les derniers rebondissements diplomatiques et l’ultimatum de l’Union Africaine envers la HAT (Haute autorité de transition), sommée de se conformer aux accords de Maputo et à l’acte additionnel d’Addis-Abeba qu'elle a signés, avant le 16 mars sous peine de sanctions.

 

L’émission sera diffusée à partir du dimanche 21 février 2010

 

Le site de TV5 Monde pour d’autres précisions et la vidéo en ligne

 

Photo : Denise Epoté et Mamy Andriamasomanana dans les studios de TV5

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 13:11


Colonel-Richard-Ratsimandrava-assassine-le-11-fevrier-197.jpgLe 11 février 1975, le colonel Ratsimandrava, chef de l’état, appelé par le Général Ramanantsoa pour le remplacer, tombait sous les balles, alors qu’il rentrait chez lui. Sa Peugeot 404 réglementaire de la Gendarmerie était impactée de partout. Dans le même temps, la marine française effectuait des manœuvres au large de l’île dont le thème était, «un pays ami riverain de l’Océan Indien demande de l’aide». Elle n’a pas eu à le faire… A la suite de ce coup d’état ultra-violent, Didier Ratsiraka restera plus de 20 ans au pouvoir avant d’aller couler une retraite paisible à Neuilly.

 

Madagascar entame alors sa descente aux enfers. Cet assassinat sera suivi d’accidents d’avions et d’hélicoptères éliminant à chaque fois des acteurs ou témoins potentiels de cette affaire dont on ne connaîtra jamais l’épilogue. Le Palais du Premier-ministre brûlera peu après. S’il y avait des dossiers, ils ont été réduits en cendres. Mais il reste sûrement quelque part des documents…

 

2002 : moment d’espoir, Marc Ravalomanana était bien parti pour casser la malédiction avant de mal finir, comme tous ses prédécesseurs. Mais son premier mandat fut la seule occasion où le peuple pensait enfin sortir de la spirale infernale de la misère et participer au décollage économique, le fameux «take off» qui ne concernera, finalement, que la nomenklatura habituelle.

 

Le 11 février 2010, 35 ans après, à Bruxelles, au parlement européen, une élue décrit la situation de la Grande Ile : «La situation est...tragique, catastrophique pour une population qui vit avec moins de 1 dollar par jour. Nous sommes inquiets, terriblement inquiets et cette résolution d’urgence qui est consensuelle en témoigne…». Durant cette séance, le régime d’Andry Rajoelina sera condamné aussi bien en anglais qu’en français suivant la nationalité des députés qui prendront la parole.

 

Le 15 février, le directeur de la radio protestante Fahazavana, Didier Ravoahangiarison, et le journaliste Lolot Ratsimba obtenaient une liberté provisoire, au moment même où les Nations Unies à Genève débattaient des violations des Droits de l’homme dans la Grande Ile. Ils étaient en prison depuis plus d’un mois. Les représentants de l’Union Africaine ont marqué leur opposition à la HAT (Haute autorité de la transition) en pratiquant «la politique de la chaise vide» dans la capitale helvétique, ce qui est rarissime dans une réunion internationale. La ministre de la Justice Christine Razanamahasoa, faisant partie de la délégation de la HAT, a passé un très mauvais moment, Nobert Ratsirahonana n’étant pas apparu en séance.

 

2010.02.10-Defense-FIGN.jpgPendant ce temps, à Antananarivo, c’est la foire d’empoigne au sein du pouvoir et de l’armée. Des généraux de la gendarmerie s’accusent d’avoir «croqué» des «primes spéciales» d’un montant de 500 millions d’Ariary que le président Ravalomanana aurait donné en 2009, au plus fort de la crise, aux membres de la FIGN (Force d’intervention de la Gendarmerie nationale). Et les dignitaires du régime s’entredéchirent publiquement. Cette atmosphère de fin de règne n’empêche pas le sens pratique et on voit apparaître des annonces un peu particulières dans les journaux spécialisés : des recherches d’épaves de 4x4 ou de papiers de voitures régulièrement immatriculées. Il s’agit de «blanchir» les véhicules volés à l’Etat ou à Tiko avant qu’il ne soit trop tard. Le mouvement civique et pacifique qui s’est dévoyé en coup d’état laisse un goût de cendres dans la bouche des couches populaires qu’il était censé défendre. Mais tout le monde ne verse pas dans le pessimisme et certains pensent à l’avenir.

 

C’est le cas de Ny Hasina Andriamanjato, vice-premier ministre des affaires étrangères, qui a rendu publique sa démission le 11 février. Il quitterait le gouvernement car il aurait plaidé pour la mise en oeuvre des accords consensuels, que le président de la HAT refuserait sous l’influence de son entourage direct. C’est un très mauvais présage pour le pouvoir car la famille Andriamanjato a toujours su sauter à temps de la barque. Le père du partant, le pasteur Andriamanjato, maire de la capitale à l’indépendance, entretenait les meilleurs rapports avec le président Tsiranana bien que de l’opposition. Il fut ensuite conseiller de Didier Ratsiraka, président de l’assemblée sous Albert Zafy, avant de le lâcher pour se retrouver avec Ratsiraka quand l’amiral reviendra aux affaires en 1996. Il soutiendra Marc Ravalomanana en 2002 et sera dans le camp d’Andry Rajoelina en 2009 où son fils fut nommé ministre. Les revirements des Andriamanjato sont devenus une sorte d’indicateur politique.

 

En tout cas, Ny Hasina Andriamanjato échappera donc à d’éventuelles sanctions individuelles. En même temps, il peaufine son image de bon élève de la communauté internationale. Ce n’est pas lui, ce sont les autres qui sont responsables de la non-application des accords de Maputo et de l’acte additionnel d’Addis-Abeba. Norbert Ratsirahonana, conseiller du président de la HAT, est bien sûr visé. L’un et l’autre ont, de toute façon, montré leur totale inefficacité à faire reconnaître la transition par les instances mondiales. C’est une chose de pousser un jeune politicien prometteur vers un coup d’état condamnable, c’en est une autre d’en assumer les conséquences. Parmi les personnalités sollicitées pour occuper le poste vacant (et exposé) figure Mamy Andriamasomanana. Ce dernier ne serait prêt à s'impliquer que dans le cadre d'un gouvernement d'union nationale.

 

Andry Rajoelina se retrouve de plus en plus isolé, un peu comme Marc Ravalomanana à la même époque l’année dernière. Et comme lui, ses ennemis sont dans son propre camp. Il ne devrait pas trop compter sur Paris, occupée à faire oublier son soutien au putsch. Lors du 14ème sommet de l’Union africaine, qui s’est tenu du 31 janvier au 2 février à Addis-Abeba, le dossier de la Grande Ile a provoqué un incident. En pleine séance, les membres de la SADC ont reproché à Jean Ping de faire le jeu de la France. Le 17 février, les Nations Unies rendront leurs conclusions et le lendemain, 18 février, ce sera le tour de l’Union Africaine. Andry Rajoelina devrait contacter Marc Ravalomanana, par l’intermédiaire d’un ami commun par exemple, avant qu’il ne soit trop tard et conclure avec lui une solution malgacho-malgache. Sinon les sanctions de la communauté internationale décideront à leur place…

 

Photo 1 : Le colonel Richard Ratsimandrava, saint-cyrien, assassiné à 44 ans le 11 février 1975 par une coalition d’officiers félons et de membres de la haute-bourgeoisie corrompue, soutenus par une puissance étrangère.


Photo 2 : un barrage érigé par la FIGN devant leur caserne le 10 février 2010 pour parer à une éventuelle attaque. Depuis la mort du colonel Ratsimandrava, la gendarmerie a suivi la même «évolution» que le pays : toujours plus bas… !

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 16:45



C'était il y a une année, un siècle, c'était il y a un jour, et c'est aujourd'hui encore.

Aussi longtemps que la réalité l'impose, des âmes perdues et apeurées seront parties.
Des enfants de la République que l'on a arrachés à leur mère, des maris qui ont promis à leurs moitiés de les accompagner pour le meilleur et pour le pire, des pères qui protégeaient leurs familles malgré la fragilité du cristal de vie.

Tous ces hommes et ces femmes ont été mis au monde par des matrices autant bienveillantes que possible, ces mères sur lesquelles reposait la lourde responsabilité de faire grandir des Hommes... ont perdu leurs enfants, leurs tripes, et vont mourir deux fois, la seconde sera leur dernier souffle, la première mort c'est de perdre son sang, son Soi.

Rendez-vous compte de l'errance insoutenable dans laquelle se trouvent vraisemblablement ces âmes gaspillées, les combats de coq n'ont pas cessé, le pouvoir déraisonne l'homme, le persécute et le laisse insensible, comme irréel.

"Qui à ce jour, mais qui dira que les vies perdues sont le prix à payer, et où retrouve-t-on la voix du Sage, celle du Tuteur, celle de ces âmes, où trouve-t-on la Morale, Andriamanitra... qu'avons-nous fait..."

Quittons les questions bassement terre à terre, élevons le débat au plus haut puisqu' il nous dépasse déjà.
Comment ne pas pleurer de rage, de honte, de douleur, pour ce que nous avons fait.
Oui je dis "nous" car dites-le vous bien, des tenants aux aboutissants nous sommes responsables, coupables, il n'y a pas de fumée sans feu et chaque homme a allumé son brasier, tout jugement viendra à temps et jamais nous n'aurons assez de Pouvoir, de coeur et d'esprit pour rattraper l'irréparable.

Si les petites idées étau de certains hommes ont décapité des vies,
Si ces petits hommes se disent bienfaiteurs et Pères de la Nation,
Si ces petits pas en avant et ces grands pas en arrière, d'aveugles à mille à l'heure ont projeté des vies un mur en pleine face,
Si la seule issue était de trouver la mort,
Si le petit homme s'est pris pour Dieu, à reprendre la Vie,
Si la souffrance et la répression sont nos seuls refuges donnés...
Si le ventre doit être vide un peu comme un signe héréditaire.
Si les petits hommes ont fortune, croix et qu'ils aiment leurs enfants...
...
Dites à leurs enfants qu'ils ont été trahis.
Que mon fils est ton fils,
Que mon sang est à même le sol,
Qu'ils m'ont tout pris,
Que je te regarde et que je ne te laisserai jamais plus,
Que ta peau sera aussi un jour la mienne,
Que ton coeur sera à la place du mien, et que je l'aurai à mon tour au creux de ma main.
Et que à travers toi - petit homme, je vivrai jusqu'à ce qu'à ton tour, tu fermes les yeux.

Hommes d'hier ne dansez pas sur cette marche de requiem de ce furieux Samedi Rouge.
Hommes de demain, n'ôtez pour rien au monde de vos inconscients collectifs ce pour quoi vous êtes.
Hommes de demain tenez vos promesses enfin.
Redonnez à nos enfants ce qui leur a été confisqué.
La simplicité d'être vivants, libres et aimés.
Comme le Tout Puissant nous a aimés.
Si on nous avait dit qu'au bout du chemin de blanc nous serions vite embaumés,
Si on nous avait dit qu'on avait tort d'être ensemble et de se faire confiance, et que cela ne serait que pour seule fois dans notre vie...
Nous ne sommes pas des âmes jetables.
Si seulement on nous avait dit que les petits hommes se déchiquetteraient nos peaux.


Et si maintenant tout ces gens disparaissaient comme le moment instantané qui nous a percé la chair.
Alors nous serions en paix,
Ici bas ou au Ciel,
Ce que nous voulons c'est avoir la Paix,
Vivre en Paix et grandir.
Mourir en Paix et s'élever.


Erika Colognon Blog 08.02.2010Erika Cologon 

 

Erika Cologon est journaliste, basée à Dakar et attachée à ses racines malgaches






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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 11:40


Bingu wa Mutharika[UNSET]L’Union africaine a donc réussi à se débarrasser de son charismatique mais encombrant président, le colonel Mouammar Kadhafi, qui se voyait un peu comme le roi du continent. Le Guide a cédé sa place le 31 janvier 2010 avec quelque amertume. Bingu wa Mutharika, chef d’état du Malawi, lui a succédé, au nom de la tradition non écrite de la présidence régionale tournante. Le dirigeant libyen avait pris l’habitude de parrainer les putschistes, de la Mauritanie à la Guinée en passant par Madagascar au grand dam de Jean Ping, fervent partisan du respect des Constitutions. Ce changement tombe au plus mal pour la HAT (Haute autorité de transition) malgache. Kadhafi était un des rares chefs d’état à avoir reçu Andry Rajoelina. Cette visite en Libye (voir article : «Les voyages forment la jeunesse») a d’ailleurs été présentée à l’époque comme le début de la reconnaissance internationale par le régime. Et le chef de la transition, tablant sur une réélection du Guide, avait prévu d’aller le voir de nouveau. Le voyage a été annulé.

 

L’actualité de ces derniers jours a montré combien Madagascar est devenu dépendant de l’extérieur et n’est plus maître de son destin depuis l’avènement de la HAT. L’exemple venant d’en haut, Andry Rajoelina s’est éternisé à Paris sans en informer les Malgaches au point que la diaspora était plus au fait de ses propos et gestes que certains hauts responsables de l’état. Il a tenté de trouver dans l’Hexagone un contrefeu à ce qui venait de se passer à Addis-Abeba. Car avec l’avènement du Malawi à la tête de l’UA, la SADC reprend aussi la main dans les négociations inter-malgaches. 

 

Le passage du président de la transition unilatérale le 2 février devant les groupes d’amitié parlementaires à l’Assemblée nationale et au Sénat, devant quelques élus, n’a rien du triomphe diplomatique décrit par la propagande. Il y a d’ailleurs eu un échange avec le Quai d’Orsay et les responsables du Sénat ; La visite pouvait se faire à condition que le gouvernement français ne soit pas officiellement impliqué. Jean-François Mancel, un des députés UMP qui a reçu Andry Rajoelina avec sympathie, précise : «Notre but en tant que groupe d’amitié est de recevoir amicalement. Mais il ne rentre pas dans nos attributions de sortir des communiqués (au nom de l’Assemblée)… ». Il a simplement apporté des appréciations personnelles sur la situation. Le Parlement français compte plusieurs centaines d’élus dont un grand nombre sont hostiles, par principe, à tout coup d’état. En cela, ils sont en phase avec la position officielle de la France.

 

Deux jours après, le 4 février, toujours à Paris, a eu lieu un colloque économique sur Madagascar organisé par UBI France (établissement public de soutien aux entreprises), avec la participation de l’ambassadeur français Jean-Marc Châtaigner et des responsables de Total et d’Orange. La ligne de défense adoptée par l’Hexagone, accusée d’ingérence, est apparue assez clairement à cette occasion. L’ancienne puissance coloniale est à Madagascar pour des raisons «affectives», étant donné les liens historiques, les importantes communautés de part et d’autre, ainsi que les valeurs communes. Mais Madagascar ne représente qu’ «1/1000ème du commerce extérieur français» et les «journalistes malgaches qui citent toujours les mauvais intérêts (économiques et géostratégiques)…se trompent». Dont acte ! On passera donc pudiquement sous silence l’intervention de Nicolas Sarkozy auprès d’Angela Merkel, la chancelière allemande, pour lui demander de transmettre un message à Marc Ravalomanana alors en voyage officiel à Berlin en 2008. Ce dernier a changé son agenda pour passer par Paris. Le contrat entre Total et l’état malgache fut finalisé cette année là. De même, on ne parlera pas de la base de Diego-Suarez. L’US Navy devait assurer la sécurisation de Madagascar lors du sommet de l’Union africaine, regroupant des dizaines de chefs d’état, prévu en juillet 2009. Le renversement du président élu est arrivé juste à temps…

 

Quand le responsable de Total a annoncé lors de ce colloque que sa société avait l’intention d’investir entre 9 et 13 milliards de dollars à Bemolanga à l’horizon 2019,  un participant a demandé malicieusement si c’était aussi un investissement «affectif» (en fait, il s'agissait de Solofo Rafeno, dont le blog est en lien)… La France a maintenu sa coopération militaire avec la HAT (voir article : «Coup d’état : les vrais enjeux»), ce qui a entraîné une remarque au vitriol des Etats-Unis. Amnesty International vient de rappeler ce 4 février la vraie nature de ce régime en demandant une enquête sur le massacre du 7 février 2009 mais aussi sur la période qui a suivi. Avec l’arrivée d’Andry Rajoelina au pouvoir le 17 mars, «ces violations n’ont pas diminué…les forces de sécurité…sont fréquemment intervenues pour disperser des manifestations de l’opposition, et il y a eu des morts et des blessés… » 

 

lciSur LCI, une télévision française, le lundi 1er février, le président de la HAT s’est fait descendre sans même s’en apercevoir. Il a été traité de «putschiste» et globalement, cette prestation a été plutôt négative pour son image. Lors de son interview dans l’Express du 2 février, Andry Rajoelina a accepté la possibilité du retour de Didier Ratsiraka à Madagascar, pas celui de Marc Ravalomanana. Pourquoi ? Les arguments sécuritaires et les troubles possibles ne tiennent pas, les violences étant plutôt actuellement l’apanage du régime. TanaNews a cité les propos d’Alain Ramaroson, responsable de la sécurité de la HAT : «Je ne suis pas derrière les arrestations arbitraires, ni les envois de milices pour intimider mes adversaires». Quels que soient les responsables, cette déclaration confirme que ces pratiques existent bel et bien.   

 

7-fevier-2010-memorial.jpgOn pourrait alors voir dans le refus de Rajoelina une peur de la popularité de l’ancien président. Les dirigeants de la HAT sont perçus de plus en plus par l’opinion comme inféodés à l’ancienne puissance coloniale. Que l’actualité malgache se passe à Paris pendant presque deux semaines, au moment même où la communauté internationale examine les propositions des politiciens en conflit, ne va pas la dissuader du contraire. La chute pourrait être dure mais certains ont déjà préparé leurs arrières. Les quelques patriotes convaincus qui sont encore dans la HAT risquent d’être les cocus de l’histoire,… comme Roindefo Monja le 7 février. Sur ce tragique évènement, je vous conseille de vous reporter encore à un article de TanaNews qui recense les enquêtes, les vidéos et les analyses du Net, car d’enquête officielle, il n’y en aura pas… Pour tous ces pauvres gens tués, blessés ou disparus, il restera la journée commémorative comme celle d’aujourd’hui pour en rappeler le souvenir.

 

Photo 1 : Bingu wa Mutharika, dont la présidence à la tête de l’Union Africaine est crainte par la HAT

Photo 2 : le journaliste Vincent Hervouët, lors de son émission, le «Journal du Monde», a éreinté Andry Rajoelina

Photo 3 : cérémonie du souvenir le 7 février 2010. Une pierre en hommage aux blessés et aux disparus…mais toujours pas d’enquête.

 

Alain Rajaonarivony




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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 21:02


Andry Rajoelina a débarqué à Paris le mercredi 27 janvier, en catimini. Les journalistes et politiciens de la Grande Ile ne l’ont appris qu’après coup, informés du voyage par Internet. Qualifié de «privé», puisque rien ne peut être officiel avec un régime mis au ban des nations, le président de la transition unilatérale a pu avoir des entretiens avec des responsables français dont le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant et le secrétaire d’état à la coopération Alain Joyandet.

 

Cette petite sortie était nécessaire pour s’aérer un peu et oublier l’atmosphère étouffante de la Grande Ile. La HAT (Haute autorité de transition) est aux abois après un an à la direction du pays. Le désastre est patent dans tous les domaines et l’impopularité croissante. Les chômeurs ne sont pas simplement des statistiques en hausse, ils se retrouvent par milliers dans les rues d’Antananarivo, transformés en marchands ambulants pour survivre. Ils sont pourchassés impitoyablement par les responsables de la CUA (Commune urbaine d’Antananarivo) car ils déparent dans le paysage et multiplient les désagréments en ville. Les médecins des hôpitaux sont en grève depuis des semaines pour réclamer une revalorisation de leurs traitements. Ils ont fait remarquer qu’à Bac+8, ils sont moins bien payés qu’un policier du niveau du BEPC. Mais ne disposant que d’un thermomètre et d’un stéthoscope en lieu et place de la kalachnikov et du lance-roquettes, les instruments nécessaires pour bénéficier d’une prime, ils risquent d’attendre longtemps…

 

 journalistes.jpgSur le plan économique et social, la situation est catastrophique mais les turbulences sont aussi violentes dans le milieu politique. La chasse aux journalistes est ouverte et plusieurs ont été menacés ou jetés en prison, comme ceux de Radio Fahazavana, une radio protestante. Le colonel Ravalomanana (homonyme de l’ancien président), rendu célèbre par l’affaire des bombinettes (voir article : «La fuite en avant») remet ça et en impute maintenant la responsabilité au co-président Fetison. Il aura ainsi fait le tour des opposants, des GTT (association légaliste dont les membres se trouvent en Europe), aux leaders du Magro et maintenant les responsables désignés par l’acte additionnel d’Addis-Abeba. Mais les vrais responsables, des spécialistes en explosifs, courent toujours.

 

Le passage à Paris a pour Andry Rajoelina quelque chose de vivifiant et de thérapeutique dans les moments de tension, comme ce fut le cas après le sommet de New-York (voir article : «Paris au grand cœur»). Paris est une ville agréable, sans des petits marchands-chômeurs à tous les coins de rue. On s’y fait rarement agresser, à part peut-être par les GTT quand on est putschiste. Mais le séjour cette fois-ci se passe assez bien, du moins pour l'instant..

 

A Antananarivo, après le Black Monday et l’anniversaire de l’autoproclamation du 31 janvier, se profile celui du massacre du 7 février. Ces évènements sont d’une parfaite logique et ont été prémédités mais on ne peut en voir la cohérence si on ignore que l’opposition à Marc Ravalomanana  recouvrait deux aspects bien distincts. A l’époque, les analystes se sont perdus en conjecture sur l’attitude d'Andry Rajoelina. Le mouvement populaire qui avait suivi la fermeture de Viva (voir tous les articles de ce blog datant de décembre 2008) était d’abord civique et réclamait simplement le respect des droits et des libertés. Il était mené par la société civile qui s’était alliée au Maire de la capitale, persécuté par le pouvoir central. Il n’avait pas de revendication politique. C’est pour cela qu’il a bénéficié d’une large adhésion de la population et de la sympathie des chancelleries étrangères. Marc Ravalomanana était en train de partir en «live» et se croyait tout permis, répondant aux manifestations pacifiques par la menace et la répression. Avec le recul, peut-être l’a-t-on poussé à avoir cette attitude le rendant odieux, en sachant que son entourage et son gouvernement étaient déjà infiltrés par les comploteurs. Car c’est là le deuxième visage, aussi bien caché que celui d’une femme par la burqua, de la contestation.

 

Cette dimension secrète, la société civile l’ignorait sans doute ou elle n’en avait pas la juste mesure. Il y avait les acteurs visibles, et en danger permanent, comme Andry Rajoelina lui-même ou Nadine Ramaroson. Ils étaient indéniablement populaires, leur objectif rejoignant les aspirations de la plupart des Malgaches : la recherche d’une équité sociale et la fin des dérapages de plus en plus pénibles de Marc Ravalomanana qui s’en prenait à tout le monde. Cet art de se faire des ennemis a d’ailleurs précipité sa chute. Bien à l’abri et dans l’ombre, les comploteurs suivaient l’évolution du mouvement sans se mouiller. Quand mi-janvier 2009, l’inauguration de la place de la démocratie (voir article : «Le cœur d’Antananarivo bat pour la liberté») a montré l’ampleur de la fronde anti-gouvernementale, les têtes pensantes de la conspiration, dont le but était tout autre, ont commencé à faire du lobbying auprès du jeune Maire. Les conjurés, dont la haine personnelle pour le Président transcendait toute autre considération, voulaient tout simplement sa peau. Ils n’apparaîtront qu’au dernier moment quand ils seront arrivés à leurs fins, sur la tribune du 13 mai, le 14 mars 2009. Ravalomanana finira par réagir dans le bon sens, en présentant ses excuses à la nation et en demandant un référendum (voir article : «Attention aux erreurs d’appréciations fatales»). Trop tard ! 

 

Jusque là linéaire, la trajectoire d’Andry Rajoelina allait alors devenir erratique. Ce sera l’auto-proclamation du 31 janvier 2009 (voir article : «Place du 13 mai : lieu de toutes les proclamations historiques»). Quelques jours auparavant, il affirmait pourtant ne pas vouloir du pouvoir. Les hésitations du Maire étaient perceptibles et ses décisions évoluaient au gré du comportement de Ravalomanana. Ce dernier a eu tout faux et a agi exactement comme le désiraient les conspirateurs, le summum de cette manipulation étant le massacre du 7 février devant les caméras de tous les médias internationaux, en particulier français (voir article : «Carnage devant le Palais»). En demandant à la foule d’envahir un Palais présidentiel défendu par la garde, les comploteurs savaient pertinemment que tous les dérapages étaient possibles comme lors du 10 août 1991. D’ailleurs, certains d’entre eux avaient déjà pris part à la planification de cette marche historique désastreuse qui a failli coûter la vie à Albert Zafy et fait des dizaines de morts. Cette fois-ci, il s’en est fallu de peu pour que Roindefo Monja endosse malgré lui le rôle de «martyr». Les «autres» étaient ailleurs pendant que les balles fusaient. Comme lors du Black Monday, les principales victimes furent des personnes des bas-quartiers défavorisés, sciemment sacrifiées.  Cela n’enlève en rien la responsabilité de Marc Ravalomanana en tant que chef de l’état.

 

Andry Rajoelina se trouve maintenant à la croisée des chemins. Le président de la transition unilatérale a émis le désir de visiter l’Assemblée nationale et le Sénat français dans les jours qui viennent. Le cadre de ces temples de la démocratie, représentant l’émanation véritable de la voix du peuple, l’inspirera peut-être et l’amènera à faire le bon choix. Son amour pour Paris place en porte-à-faux le gouvernement français qui ne tient pas à se mettre à dos la communauté internationale. Toutes ces rencontres n’ont donc pas de caractère officiel. L’embarras de la France est visible. La seule voie honorable pour Andry Rajoelina, demeure encore et toujours la réconciliation, à l’exemple d’un Nelson Mandela. Cette démarche sauvegardera les intérêts supérieurs de la nation tout en lui apportant la respectabilité. C’est la voie royale préconisée par les grandes démocraties, y compris actuellement en Afghanistan, et que redoutent les conjurés qui ont tout à y perdre. Tout dépend maintenant des capacités morales du jeune dirigeant à résister à leurs pressions…

 

Photo : Manifestation des journalistes le 12 janvier 2010 pour protester contre l'arrestation de leurs collègues de Radio Fahazavana le 8 janvier dernier.  Ils sont toujours en détention actuellement (photo Sobika) 

 

Alain Rajaonarivony



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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 22:19


Ce fut un déferlement de violence, des incendies dans toute la ville qui perdureront toute la nuit… En fait, c’était la préparation du coup d’état, la fin des idéaux de libertés et de l’action pacifique qui a rendu Madagascar si populaire dans le monde. Mais le comportement de Ravalomanana et l’enchaînement des évènements n’ont pas permis de s’en rendre compte immédiatement (Lire l’article écrit à chaud, ce jour là : «C’est la guerre : 2 morts lors de l’assaut de MBS» ainsi que les commentaires). Ce 26 janvier 2009, quelque chose a basculé, pas seulement un rapport de forces mais aussi des certitudes morales. Les victimes étaient en train de se comporter comme leurs bourreaux, avant de finalement prendre leur place le 17 mars.

 

Radio-Madagascar-P1100154.jpgSale anniversaire qui a vu les archives de RNM et de TVM, mémoire de l’histoire, partir en fumée. J’apprendrai dans la soirée par un de mes correspondants sur place que c’est une grenade qui aurait pu y déclencher le feu et non les émeutiers. Les grandes agences avaient déjà désigné ces derniers comme responsables de l’incendie. Il n'y avait pas eu de véritable enquête.

 

«> > > > Envoyé le : Lundi, 26 Janvier 2009, 20h...

> > > > Objet : Re …
> > > > la grenade a éclaté à l'intérieur de RNM
> > > > cad que c'est un militaire qui est à l'origine
> > > > du feu pas les manifestants.»
 
Ce jour là, le doute s’est insinué dans le cœur de ceux qui ont soutenu Andry Rajoelina au nom de la démocratie et des libertés.

 

Je recevrai un message très peu de temps après, de la part d’un groupe d’intellectuels patriotes basés à Antananarivo, avec qui j’étais en contact, et jusqu’alors, assez favorables à la «révolution orange». « Comment se fait-il que Andry refuse toute négociation? Nous pensons que TGV est manipulé par les ratsirakistes et qu'on pousse Ravalo à utiliser la violence...
On a soumis ce texte à la FFKM…»

Suit l’appel des intellectuels, publié sur le blog (voir le texte de l’Appel), qui exhortait les deux parties à négocier et à faire des concessions.

Ils n’avaient pas tort ! Les vieux caciques étaient en train de récupérer le mouvement et de pousser Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana à la faute, pour leur plus grand profit. Malheureusement, la FFKM (Confédération des Eglises), présidée par Monseigneur Odon Razanakolona, dont on apprendra plus tard qu’il était dans le complot, ne sera pas d’un grand secours. Quant à Marc Ravalomanana, aveuglé par un sentiment d’orgueil et de toute-puissance, il fera exactement les erreurs qu’on attendait de lui. Son chef de délégation aux négociations, Jacques Sylla, grand serviteur de l’état décédé le 26 décembre 2009, a eu la faiblesse lui aussi de se ranger du côté des comploteurs.

 

Un an après, Andry Rajoelina est toujours à la recherche de la reconnaissance internationale et d’un peu de dignité. Mais ceux qui l’ont conseillé de passer du statut de jeune Maire élu prometteur à celui du plus jeune putschiste violent se sont enrichis et ont profité de son inexpérience. Et ce n’est pas une lettre ouverte au Wall Street Journal qui changera quelque chose. C’est juste quelques milliers de dollars de perdus (voir l’article de Solofo à ce sujet)...

 

n1494988022_30194374_2550.jpgLe 26 janvier 2009, la malédiction a de nouveau frappé les Malgaches alors qu’ils croyaient s’en être débarrassés en 2002. Des dizaines de morts carbonisés dans les entrepôts de Tiko, les grandes surfaces et les magasins qu’ils étaient en train de dévaliser…

Ces pillages étaient planifiés…Pourquoi les forces de l’ordre étaient absentes ?

La France apparaîtra petit à petit comme moins neutre qu'elle n'y paraît, et cela de l’aveu même de membres de la HAT, et les accusations du Président Ravalomanana à son encontre ne sont pas dénuées de fondements.  

 

Quelle solution pour les Malgaches ? Une seule, la droiture, qui concerne en premier lieu Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana. Si les deux veulent s’en sortir, il faudra qu’ils se reparlent et trouvent une solution entre hommes d’état, en mettant de côté leurs propres ressentiments et en respectant leurs paroles et leurs engagements. Sinon, une troisième force, soutenue ou non par une puissance tierce, tirera les marrons du feu. Ils joueront alors à qui sera «The biggest loser». 

 

Photo : RNM en train de brûler

Vignette : amoncellement de corps carbonisés, de pauvres qui voulaient profiter de la manne. Qui et pourquoi ? Norbert Ratsirahonana et les pseudos-intellectuels de l’AVI qui conseillent le président de la transition unilatérale pourraient sans doute répondre. Image choquante mais nécessaire pour montrer la réalité et les conséquences de la violence. Haute politique ou politique sans scrupules ?

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 


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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 21:37



Bill Clinton, juché sur un chariot élévateur, aide à sortir les cartons de la soute d’un avion sur l’aéroport de Port-au-Prince, ce 18 janvier. Cette scène, médiatiquement très réussie, symbolise l’engagement des Etats-Unis auprès du peuple haïtien. Les USA n’ont pas lésiné sur les moyens et ont de fait pris le leadership, en faisant grincer des dents quelques pays sud-américains qui se méfient de l’impérialisme de l’oncle Sam, et surtout la France. Le même jour, sur l’antenne d’Europe1,  Alain Joyandet, secrétaire d’état à la coopération s’épanche, amer : «...il s'agit d'aider Haïti, il ne s'agit pas d'occuper Haïti». Ses propos ont choqué les humanitaires. Sur place, on voit bien que la logistique de l’armée américaine permet à toutes les ONG d’être efficaces. L’heure n’est pas à la polémique.  

 

Les Français sont vexés. L’île est francophone, et pour cause, c’est une ancienne colonie qui a arraché son indépendance en 1804, et dû payer un impôt exorbitant de 90 millions de francs, l’équivalent de 21 milliards de dollars actuels, pour garder sa liberté. Face aux 12.500 hommes déployés par les Etats-Unis, les escadres d’hélicoptères et d’avions-cargos, les quelques 707 Français, y compris le personnel médical et les sapeurs-pompiers, ne pèsent pas très lourd, même s’ils accomplissent un travail remarquable.

 

palais-marines1.JPGLe gouvernement haïtien, ou ce qu’il en reste car plusieurs hauts responsables ont été victimes du séisme, a décrété l’état d’urgence pour un mois. 70.000 corps ont déjà dû être enterrés dans des fosses communes. L’aide a du mal à arriver aux sinistrés à cause de l’état des routes et des infrastructures. Radio-Caraïbes assure ses émissions depuis la rue pour maintenir le fil de la vie et diffuse des annonces de recherche. Ses locaux ont été fissurés et risquent de s’écrouler. Un père français, depuis 40 ans dans le pays, explique qu’à cause des cyclones fréquents, on a souvent construit en dur. Mais les dalles de béton  sont totalement inadéquates pour un tremblement de terre et sont tombées en s’empilant.

 

Sur place, le chaos cède petit à petit la place à un semblant d’organisation, sous l’impulsion des Américains, à l’extérieur, l’aide se coordonne très vite et Internet monte encore en puissance. Comme le note Owni.fr, par exemple, «le site collaboratif Ushahidi, d’origine africaine, propose une page spéciale agrégeant de multiples fonctions (infos, aides, incidents, dons, cartes géographiques, zone de soins, flux de population…) alimenté par le web et les téléphones mobiles en plusieurs langues. Il travaille avec l’Onu et de nombreuses autres organisations humanitaires et technologiques». Sur Facebook, les personnes qui suivent le désastre se comptent en centaines de milliers. Les dons dépassent ceux du tsunami de 2004 en Asie, qui a vu pourtant un élan de générosité exceptionnel. A ce jour, un milliard de dollars sont promis sur la planète, dont 190 millions pour les seuls Etats-Unis. Il aura fallu ce drame effroyable pour que Haïti soit réhabilité aux yeux du monde et qu’on se souvienne que c’est le premier pays où l’esclavage a été aboli et les Droits de l’homme proclamés effectivement.

 

10-01-17-earthquake-PAP-48-photo-Sophia-Paris.jpgLe secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, est arrivé à la mi-journée le 17 janvier à Port-au-Prince. Devant ce qu’il considère comme la «plus grave crise humanitaire depuis des décennies», il réconfortera le Président Préval et les sinistrés. «Je suis venu ici pour vous donner de l'espoir. Le monde entier vous soutient. Ne désespérez pas! Ne désespérez pas! Ayez du courage!» déclarera-t-il. Et de fait, même les habitants des territoires palestiniens de Gaza, malheureux parmi les malheureux, ont fait des collectes pour Haïti. Abdoulaye Wade, président du Sénégal, a proposé le 18 janvier d’accueillir les Haïtiens en terre d’Afrique. Si cela lui a valu les quolibets des analystes occidentaux, l’idée en soit n’est pas saugrenue. Mais les conditions socio-économiques du continent sont telles que pratiquement, c’est impossible. 3500 casques bleus supplémentaires ont été demandés par le secrétaire général, ce qui portera leur nombre à 12.000. Ils sont chargés de la sécurité.

 

Le monde entier est avec Haïti, enfin, presque… ! Le gouvernement (de fait) de Madagascar n’a même pas envoyé un message de soutien et de solidarité au président Préval, le «former président» en exil non plus ! Et pourtant, on trouverait bien des similitudes entre les deux îles, outre leurs infortunées populations. Contrairement, par exemple, aux déclarations de l’ambassadeur français Jean-Marc Châtaigner, Madagascar est bien l’enjeu d’un conflit géostratégique entre les Etats-Unis et la France, tout comme Haïti. Les deux îles sont des bastions de la Francophonie perdues dans un monde anglophone et sont nécessaires à l’expression de la culture française dans leurs régions respectives. Les réactions épidermiques d’Alain Joyandet devant ce qu’il considère comme la mainmise américaine valent toutes les analyses. Dans les mois qui viennent, on verra si les Français sont capables de résister à la poussée américaine. «Nous avons (les Français) des rapports très particuliers avec Haïti qu’il faut absolument maintenir» a martelé Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères, le 19 janvier lors d’une cérémonie de présentation de vœux. Et Madagascar ? Le Département d’Etat a réagi le 15 janvier. «Nous savons que d'autres pays évaluent actuellement leurs relations avec Madagascar, au niveau de l'aide qu'ils lui accordent. Nous trouvons que l'assistance militaire est une question particulièrement problématique et nous nous demandons pourquoi quiconque voudrait continuer à fournir une telle assistance à un régime non constitutionnel.» Mais de qui les Etats-Unis parlent-ils?

 

Liens :

The New-York Times : les photos satellite avant et après le séisme

CNN : Témoignages de bloggers

Photos : Marines devant le Palais présidentiel en ruines, Ban Ki-moon avec des sauveteurs

 


Alain Rajaonarivony



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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 22:53

 

Mardi 12 janvier 2010 à 16h50, un grondement sourd, puis le silence total…. Quelques minutes après, des cris s’élèvent, la vie a basculé…Sans doute près de 100.000 morts d’après les dernières estimations de l’OMS, 3 millions de blessés et de sans abris, des hôpitaux dépassés par l’afflux des victimes, des quartiers entiers transformés en cimetière. Les cadavres sont alignés dans les rues…. Mais d’autre part, les couloirs aériens sont saturés par les vols de secours, l’ONU lance un appel urgent pour récolter 550 millions de dollars, 100 millions sont promis par la Banque mondiale, autant par les Etats-Unis, des dizaines de pays et d’organisations internationales sont mobilisés…


Des chiffres fous
, à l’image du séisme de magnitude 7 (sur l’échelle de Richter qui en compte 9) qui a frappé Haïti. Pays le plus pauvre du continent américain, c’est aussi la première nation noire indépendante (1804). Port-au-Prince, la capitale est anéantie, tout comme son palais présidentiel. Tous les immeubles, les églises, les hôtels… se sont écroulés. Partout des campements de fortune sont érigés de préférence loin des bâtiments qui risquent encore de s’effondrer lors d’une probable réplique.  Ce qui s’est passé d’ailleurs ce matin 15 janvier. La population, très croyante, est sortie dans les rues et a chanté pour conjurer le sort.



Plan-de-situation.jpg

La déliquescence des services publics surmultiplient les problèmes pour la population laissée à elle-même. La faim a entraîné des scènes de pillages. Il manque des vivres, de l’eau, des médecins… L’Etat haïtien était sous perfusion avant le tremblement de terre. Ce sera sans doute la communauté internationale qui prendra en mains de manière effective la reconstruction du pays. D’ores et déjà, les Américains assument la gestion de l’espace aérien. Jeudi 14 janvier, on a compté jusqu’à 44 appareils au sol en cours de déchargement. Les avions doivent parfois tourner pendant 2 heures avant d’atterrir. Les pilotes se posent à vue car la tour de contrôle et le radar sont détruits. Mais ils peuvent le faire de nuit car l’éclairage de l’unique piste fonctionne. Les Américains disposent d’un éclairage de secours en cas de défaillance et leurs paras sécurisent l’aéroport. Le port est, par contre, dévasté. La coordination des secours a été transférée aux Nations-Unies

 

Le gouvernement du Président René Préval doit faire face à des soucis hors du commun comme l’ensevelissement des cadavres… L’ancien président Aristide, accusé de despotisme et chassé du pouvoir par l’armée, en exil actuellement en Afrique du Sud, évoque aujourd’hui son retour au pays pour «aider à reconstruire». Venise, une habitante de Port-au-Prince, craque au micro d’un reporter français, 72 heures après le drame : «Le pays est en voie de disparition. Il n’y a plus d’Haïti, il n’y a plus d’Haïti !» dit-elle dans un sanglot. Un humanitaire déclare : «Il faut maintenant penser aux vivants !». 

 

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Ce malheur immense est peut-être une chance pour Haïti. Le Président Obama a promis de mettre toute la puissance des Etats-Unis au service de sa petite voisine. 3 heures après le séisme, la Croix-rouge américaine commençait son intervention. 10.000 GI’s seront sur zone à partir de lundi. Nicolas Sarkozy n’est pas en reste et veut initier une conférence internationale. «La France sera puissamment aux côtés du peuple haïtien pour l'aider à surmonter cette épreuve», a-t-il promis, le 13 janvier au soir. Toute l’aide matérielle qui manquait cruellement au peuple haïtien avant cette catastrophe aurait donc de fortes chances d’être débloquée.

 

Haïti fera la Une des médias internationaux pendant plusieurs mois. On verra des équipes de secours, composées de ressortissants de pays développés (occidentaux ou asiatiques) soignant et soulageant de pauvres hères, noirs, figurants au masque de douleur d’une scène retransmise en mondovision. Et dans quelques temps, on sortira des films d’aventure comme ce fut le cas pour le tsunami de 2004 en Asie.

 

Triste destin qui remonte très loin. Battus par le Général haïtien Dessalines, les Français, sous la houlette de Napoléon Bonaparte, accorderont l’indépendance mais ne laisseront pas grande chance au futur état. Ils avaient la volonté d’en miner les fondements avant de devoir abandonner l’île. Pour cela, ils chercheront à le déstabiliser économiquement et à en éliminer l’élite (voir l’article concis mais instructif d’Achille à ce sujet). Sans des individus éclairés pour servir de balises, la dictature s’installe d’elle-même. Celle des Duvalier, qui s’étendra de 1957 à 1986, sera célèbre pour ses «tontons macoutes».

 

Il y a une autre île, perdue au fin fond de l’Océan Indien, tellement déconnectée du monde que ses journaux ont à peine mentionné la catastrophe d’Haïti. Il y est aussi question de dictature, d’implication de la communauté internationale, de la France, des Américains, d’un ex-président en exil en Afrique du Sud et d’aides extérieures. C’est normal ! Elle a commencé à perdre ses élites à partir de 1972. Depuis, l’hémorragie ne s’est pas arrêtée… Pour l’instant, on la laissera dans son coin ! Peut-être à l’occasion d’un prochain cyclone dévastateur…à moins que les insulaires, dans un sursaut de bon sens et de dignité, ne se sortent d’affaires eux-mêmes en se réconciliant…

 

 

Alain Rajaonarivony




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Published by Alain Rajaonarivony
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