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  • : Le blog de Alain Rajaonarivony
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  • Alain Rajaonarivony

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28 novembre 2018 3 28 /11 /novembre /2018 21:57

 

 

Il était une fois dans un pays endémique très lointain un babakoto buriné par la vie et nostalgique, qui voulait devenir le roi du marigot et de toute la savane jusqu’au bord de l’océan. « La mer sera ma limite » se disait-il ! Mais comment faire ? Certes, les habitants de la forêt, enfin, ce qui en restait, et ceux des rivages pillés par les gros bateaux, étaient d’accord sur une date pour désigner qui règnerait sur eux. Le débonnaire crocodile était obligé de remettre sa couronne en jeu, c’était la coutume. Mais c’est de mauvaise grâce qu’il sortit du marigot où il batifolait tranquillement avec toute sa famille pour aller se remesurer avec ses concurrents sur la terre ferme. Car il n’était pas bien méchant et surtout très paresseux, n'ayant pas fait grand-chose pendant son règne, même pas son boulot de roi. En cela, il ne différait pas beaucoup de ses sujets. Il devait montrer sa force mais savait bien que sous ses airs farouches, il n’aspirait qu’à se dorer au soleil.  « Mais j’ai tout prévu » se rassura-t-il, « les algorithmes informatiques sont configurés pour me faire passer le premier tour avant de me faire gagner haut la main au second à une courte majorité. Cela fera bien devant mes amis du zoo de New-York !... » Las ! Il s’aperçut bien vite que lorsqu’il n’était plus dans les eaux troubles du grand marigot, il était bien moins agile que ses adversaires.

 

 

Le jeune et impétueux fosa courait partout, séduisant ses interlocuteurs sur ses récits de voyage à Miami ou à Venise. Il faisait rêver aussi bien les oiseaux perchés sur les palétuviers que les zébus broutant l’herbe rare. « Je transformerai le marigot en piscine olympique » leur promit-il. Ses apparitions étaient d’autant plus appréciées qu’il faisait des cadeaux à tout le monde. Oui, car l’audacieux fosa était très riche et cela ajoutait à son aura ! Comment est-il devenu aussi riche ? Personne ne le sait mais quelques animaux jaloux racontaient qu’il avait disparu un temps dans les forêts de bois de rose et était réapparu avec des sacs plein d’argent. « Peut-être a-t-il rencontré un génie ? », disaient ses fans, pour qui ce mystère rajoutait encore à son charme. Les autres grinçaient des dents mais n’osaient rien dire car Fosa s’était fait beaucoup d’amis, y compris parmi ceux qui disposaient du système informatique. « Grâce à eux, je vais gagner facilement ! » se dit-il en souriant !

 

D’autres prétendants, comme le petit hitsikitsika, dont les chants et les danses étaient populaires et connus de tous les animaux, se désespérait : « Il y a sûrement de la triche, mais comment le prouver ? On va se faire balayer». Ses lamentations ne furent pas entendues.

 

 

Le babakoto, d’un certain âge mais encore alerte, qui avait bourlingué jusqu’à la lointaine Afrique, écoutait tout cela. Il y a longtemps, il était le roi, mais c’était il y a longtemps… Il s’était fait retirer le titre parce qu’il avait commencé à prendre le melon. Et ça, chez les habitants de la forêt dont la devise est «T’es le roi que parce qu’on le veut bien », cela ne se pardonne pas. Le roi ne doit pas ramasser tous les fruits du baobab et les noix de coco pour lui tout seul. Il doit en redonner aux autres pour maintenir l’harmonie et la paix. Mais il se disait qu’il avait appris de ses erreurs et voulait retenter sa chance d’autant qu’au début de son règne, il avait quand même fait des choses bien qui avaient laissé de bons souvenirs. Il avait tracé des pistes pour que ceux qui n’avaient pas d’ailes puissent se déplacer sans s’accrocher aux épines. Il distribua alors lui aussi des cadeaux, racontant qu’il avait changé et connut un grand succès bien qu’on n’y croyait plus aussi facilement…

 

Quand le grand jour de la confrontation arriva, tous les résidants, de la forêt au bord de mer, allèrent mettre une feuille d’eucalyptus dans différentes boîtes portant le nom des concurrents. Au début de la nuit, ceux devant rentrer les chiffres dans l’ordinateur se dirent que ce serait bien que ce soit leur nouvel ami, Fosa, qui soit élu. Ce qui fait que dès le matin, le crocodile, d’habitude si discret, se mit à crier à la fraude, se sentant trahi.

 

Ayant de l’expérience, le babakoto, lui aussi, s’aperçut de la triche et le fit savoir mais n’insista pas. Le fosa, lui, ne disait rien, sauf à la fin quand il vit que ses amis avaient mal fait leur travail et qu’il ne pourrait pas gagner tout de suite. En effet, le crocodile avait planifié la victoire en 2 tours et le programme n’avait pas été changé alors que Fosa avait précisé, « il faut que je gagne dès le 1er tour car je n’ai pas envie de leur raconter encore mes aventures à Manhattan ou à Singapour…». Mais comme on dit au pays endémique, « ça ira, mora-mora fotsiny ouâ», le remplacement de certains paramètres avait été omis. Et comme Fosa était relativement plus aimé que le peu entreprenant crocodile, finalement, les résultats ne différèrent pas beaucoup de ceux qui seraient sortis si les choses s’étaient déroulées normalement. Le jeune et bouillonnant fosa était fort dépité et cria à l’injustice en disant qu’il y avait de la triche sur le logiciel. Il était bien placé pour le savoir et se remémora les paroles d’Alex, le lion qu’il avait rencontré lors de ses nombreux voyages : « Mon Dieu, gardez-moi de mes amis, de mes ennemis, je m’en charge ! » Il était son modèle, avec sa magnifique crinière qui tirait sur l’or orangé sous le soleil d’Afrique et le respect que lui inspirait les autres habitants de la savane. Lui aussi, un jour, serait comme un lion. Mais pour l’instant, c’était mal parti !

 

 

 

 

Tout ceci mit sens dessus-dessous la forêt et la savane. Chacun se mit à invoquer le Grand Dieu Créateur pour que tout se termine bien et qu’on puisse de nouveau chanter et danser. Le Conseil des Sages se réunit alors et trancha. Personne n’avait tort, tout le monde avait raison. Il demanda à ce qu’on refasse un 2nd tour pour le choix du roi, entre l’aventureux jeune fosa et l’avisé et expérimenté babakoto en considérant qu’ils représentaient bien tous les autres hôtes de la savane, de la forêt jusqu’aux rivages de sable blond de la mer. Et ceci afin qu’on ait encore une nouvelle distribution de cadeaux et de la musique. Les Sages savaient que pendant cette période, tout le monde serait gentil et ferait de belles promesses. Après sera un autre jour, le lendemain ne nous appartient pas…

 

Ce conte est évidemment de la pure imagination pour les enfants sages. Il n’y a pas de vrai méchant, les tricheurs ne trichent pas vraiment, tout le monde se connaît et rigole ensemble. Rien de tel ne peut se passer dans la vraie vie. Sauf  au pays endémique de nos rêves d’enfant où tout est possible…

 

Photos : Les personnages de « Madagascar » produit par DreamWorks avec Alex le lion, et King Julien XIII, hyperactif et égocentrique roi des lémuriens…

 

PS : Dans la légende, un Indri (le plus grand des lémuriens) sauva un petit garçon nommé Koto, piqué par une abeille pendant qu’il cueillait du miel. La douleur l’empêcha de redescendre de l’arbre. Un Indri qui avait vu la scène, eut pitié, le prit sur son dos et le secourut en le redescendant. Ce fut comme une seconde naissance, l’Indri devint comme un deuxième père. Depuis, les villageois appellent l’Indry « Babakoto », « le père (baba) de Koto » et il est fady, c’est-à-dire qu’il est interdit de le tuer. Sur les Hauts-plateaux, Baba se dit Dada…

 

Alain Rajaonarivony

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commentaires

D
... avoir un fosa comme roi de la foret ... gare a vous!
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