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9 novembre 2018 5 09 /11 /novembre /2018 10:09

 

 

Le mercredi 7 novembre, après un mois de distribution de t-shirts, de spectacles gratuits avec des artistes réputés, de feux d’artifice, les Malagasy ont pu se rendre aux urnes, la tête gavée de beaux rêves. Tamatave sera comme Miami, les gratte-ciels dans les villes remplaceront les bidonvilles, les rues seront propres car personne ne pissera plus sur les trottoirs étant donné que des douches et WC publics aux normes seront construits, les Tananariviens oublieront les taxi-be pour le tramway… Il y aura même des parkings devant les écoles publiques sans doute pour que les parents puissent y garer leur V8 quand ils amèneront leur progéniture à l’école… Euh, pas plutôt des cantines ? En tout cas, le lapsus est révélateur, ceux qui briguent le mandat de président ne vivent pas dans le même monde que leurs électeurs.

 

En 2013, Les Malagasy sortaient du cauchemar d’une Transition de 4 ans.  Ils voulaient élire enfin librement le président de leur choix. Mais la France, sous couvert de la communauté internationale, a imposé le « ni-ni » (voir article : « Madagascar : Présidentielles sous ingérence et sous pressions?…  ). Elle ne voulait pas d’un Ravalomanana toujours taxé de francophobe, ni d’un Andry Rajoelina, peu présentable avec son image de putschiste bien que francophile. Pour faire plier ce dernier, il aurait fallu une discrète pression comme celle de révéler l’étendue de ses biens dans l’Hexagone et à l’étranger, avec une petite enquête à la clé. Andry choisira son champion, son ministre des finances Hery Rajaonarimampianina, qui le trahira aussitôt élu. Quand à Ra8, il subira la même peine en jetant son dévolu sur un de ses anciens ministres, le docteur Robinson. Bref, le peuple eut à choisir entre deux ersatz. Après des élections truquées, où évidemment les observateurs de l’Union Européenne n’ont rien vu, Hery fut élu avec les voix du Sud désertique où les électeurs se sont apparemment précipités vers les bureaux de vote (voir article : « 53,50/46,50 = 47,13/52,87 = Présidentielles de crise »)

 .

 

 

En 2018, les deux victimes du « ni-ni » se retrouveront sans doute au 2ème tour. Ils ont pris le meilleur sur leurs 34 challengers, car ils étaient bien 36 à se présenter aux Présidentielles dont Hery Rajaonarimampianina, le président sortant. Celui-ci, dès le premier jour du dépouillement, le 8 novembre, publie un communiqué pour dénoncer « de nombreuses irrégularités de vote et anomalies techniques ». A 18h38, il était crédité provisoirement de 3,57% des voix par la CENI, la commission électorale contre plus de 40% pour ses deux concurrents. Il a sûrement raison de mettre en garde contre les fraudes possibles (et probables). Mais comme c’est sous son administration que ce scrutin a été préparé et mis en place, on pourra pour le moins lui reprocher de n’avoir pas pris toutes les précautions nécessaires pour le sécuriser.

 

Les Babakoto ont remis au premier plan les 2 personnes que les puissances étrangères ne voulaient plus voir. Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana écrasent les autres prétendants, y compris le pasteur Mailhol dont une bonne partie des 2 millions de fidèles ont oublié les sermons sur la fidélité. Malgré une domination écrasante, aucun des deux favoris, sur la base des résultats provisoires actuels, ne peut prétendre passer dès le 1er tour et ce, même si leurs partisans respectifs expriment leur optimisme. A moins que les provinces déshéritées du Sud, où la population souffre de la malnutrition, sous la menace permanente des Dahalos, obligés de se battre au jour le jour pour survivre, ne soient prises d’un engouement soudain pour l’un des deux. Euh, vous diriez… « fraudes massives et flagrantes » ? Dans ce cas, il est à craindre encore des tensions dont la population risque de souffrir comme en 2009.

 

 

« Pour faire une bonne guerre, il faut des gentils, il faut des méchants, et entre les deux, beaucoup d’innocents » a écrit Pierre Perret, le chanteur-poète français. De préférence, on évitera… Il est temps pour les Malagasy de passer outre les promesses pharamineuses de politiciens qui surfent sur leurs désespoirs. Etant donné la misère et l’injustice profondes qui gangrènent la société, même les plus intègres sont tentés de « s’adapter », c’est-à-dire, de se vendre pour survivre. Car « l’oppression rend le sage insensé et les cadeaux lui font perdre la tête ». (Ecclesiaste 7 : 7)

 

Le peuple doit reprendre son destin en mains en se recentrant sur les vraies valeurs qui ont fait sa force et son bonheur. La plupart des Malagasy croient en un Dieu créateur, juste et aimant, qui demande de vivre dans le respect de son prochain et du droit. Le Dieu-fric n’a fait qu’avilir la société, entraînant sa déstructuration, la désintégration de toute solidarité, l’exploitation (horrible) des enfants et des plus pauvres, une corruption incroyable et une arrogance délirante de la part des riches…

 

Cette élection doit n’être que le prélude à une vraie prise de conscience.

 

Photo 1 : la CENI publie régulièrement… et lentement ses résultats provisoires

Photo 2 : le communiqué d’Hery Rajaonarimampianina dénonçant les « irrégularités » et « anomalies ».

Photo 3 : l’optimisme des partisans : « 1er tour dia vita »

 

Alain Rajaonarivony  

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