Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de Alain Rajaonarivony
  • Contact

Profil

  • Alain Rajaonarivony

Recherche

28 décembre 2018 5 28 /12 /décembre /2018 21:45

 

Les élections à Mada, que dire, que dire ?... Pendant que la CENI dévoile ses résultats provisoires, le 27 décembre, désignant Andry Rajoelina vainqueur par 55.66%  contre 44.34%  pour Marc Ravalomanana, celui-ci révèle toutes les fraudes et anomalies dont aurait bénéficié son adversaire. On y retrouve les ingrédients habituels : intimidations, inversion des résultats ou 100% de participation pour le 13 dans des régions enclavées, ce point étant devenu le signe d’une triche « normalisée » dans la Grande Ile (voir articles : «Présidentielles 2018 : La révolte des Babakoto » et «  53,50/46,50 = 47,13/52,87 = Présidentielles de crise »)

 

 Le candidat malheureux appelle ses partisans à descendre dans la rue le samedi 29 décembre, manifestation aussitôt interdite par le préfet sous le prétexte d’un retard dans la demande… Bref, les Malagasy ne sont pas prêts de retrouver la sérénité. Avant de partir en déprime totale, une petite page d’histoire exotique…

 

 

Un jour, dans un pays lointain se nommant Ukraine, eut lieu une élection présidentielle, organisée en 2 tours entre fin octobre et décembre 2004. Le 1er tour du 31 octobre mit sous les projecteurs beaucoup de « zérovirguliens » car il y avait 26 candidats (ce n’est donc pas une exclusivité de Babakotoland). La majorité des suffrages alla au Premier ministre Viktor Ianoukovytch (39,32%) et à l'ancien Premier ministre et leader de l'opposition Viktor Iouchtchenko (39,87). Ce sont ces derniers qui s’affrontèrent lors du second tour, le 21 novembre. Ces élections se sont déroulées dans un climat tendu, sur fond de fraudes électorales (destruction de bulletins de vote, intimidations, participation de votants fictifs rajoutés aux listes électorales) et de manipulations médiatiques. La rumeur d'un empoisonnement de Iouchtchenko par les services secrets de Ianoukovytch appesantit encore plus l’atmosphère.

 

Les résultats donnèrent, le 23 novembre (2 jours après le scrutin, bien plus rapide que la CENI), le Premier ministre Ianoukovytch vainqueur mais son opposant dénonça des fraudes et lança une campagne de désobéissance civile surnommée  « Révolution orange ».  Cette situation de suspicions et de tensions poussa finalement la Cour suprême à annuler les résultats le 3 décembre et à demander la mise en place d'un nouveau second tour, c’est-à-dire un 3ème tour, le 26 décembre. En définitive, l’opposant Iouchtchenko gagnera par 51,99 % des suffrages exprimés contre 44,19 % pour Ianoukovytch et sera intronisé président le 23 janvier 2005.

 

L’Ukraine ne se relèvera jamais de cette crise de 2004 et continue d’être déstabilisée. L’opposant s’est avéré aussi mauvais président que le candidat du pouvoir, qui reviendra à la présidence en 2010 avant d’être destitué par le parlement en 2014...

 

 

Les Malagasy étant les rois du copié-collé, Alain Ramaroson repiquera l’idée de la Révolution Orange en 2008 pour soutenir le jeune maire d’Antananarivo en butte à l’hostilité du président Marc Ravalomanana (voir article : « Jusqu’à la lie»). Et c’est ainsi que cette couleur est devenue le symbole du mouvement de Andry Rajoelina. Depuis, de l’eau est passée sous les ponts, les gentils se sont comportés comme des méchants et inversement comme en Ukraine avant de… bon, bref, qu’est devenu le modèle ?

 

D’après la Banque Mondiale, le revenu mensuel brut/habitant de l’Ukraine en 2016 s’élevait à 193 Euros contre 2.200 Euros pour la moyenne de L’Europe, et stagne. Les analystes du groupe financier Crédit Suisse estimait en 2015 que c’est le pays le plus pauvre du continent. C’est davantage le niveau de salaire d’une république bananière que celui d’une contrée occidentale. En ce mois de décembre 2018, les dirigeants n’ont rien trouvé de mieux pour raviver la fibre patriotique que de provoquer un schisme dans l’Eglise orthodoxe. La congrégation orthodoxe ukrainienne est désormais indépendante de l’église russe. Ce mélange de la politique et du religieux est coutumier de l’Afrique. L’Ukraine est bien tropicale malgré la neige qui y tombe en abondance !

 

On ne sait jusqu’où les Malagasy pousseront le copié-collé puisque que la HCC (notre Cour Suprême à nous) doit encore valider les résultats de la CENI avant le 5 janvier 2019. Mais quelle que soit sa décision, les différents acteurs devront faire preuve de retenue. Il s’agira pour eux moins d’instrumentaliser le message d’Amour et de Paix de ce Dieu, que tous prétendent servir puisque les versets bibliques figurent même dans leur propagande, que de l’appliquer. Cela évitera à la Grande Ile un avenir orangé à la mode de cette nation ukrainienne, appauvrie, divisée et devenue le terrain de jeux de grandes puissances au détriment de son peuple… Une partie des Ukrainiens rejetaient violemment la fraction russophone de la population et cette scission les a perdus. Nelson Mandela a fait exactement l’inverse en Afrique du Sud et c’est ce dernier qui est sensé inspirer les Malagasy…

 

Photo 1 : l’original, Ukraine 2004

Photo 2 : et le copié-collé, Madagascar 2009

 

Alain Rajaonarivony

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

R
Excellente comparaison ! L'Ukraine est en plein effondrement, donc pas besoin de pavoiser à Mada
Répondre