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  • : Le blog de Alain Rajaonarivony
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  • Alain Rajaonarivony

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5 décembre 2018 3 05 /12 /décembre /2018 22:28

 

Hery Rajaonarimampianina a donc pris la décision de se tenir en retrait pour le second tour des Présidentielles à Madagascar. Il a engrangé 8,82 % des voix selon le décompte définitif de la HCC (Haute Cour Constitutionnelle) contre 39,21 % à Andry Rajoelina et 35,31 % à Marc Ravalomanana. Il aurait pu apporter un soutien significatif à l’un ou à l’autre candidat mais a choisi d’être dans la posture d’un Raiamandreny, digne, celle qu’on attendait de lui depuis longtemps (voir article : « Taratasy misokatra ho an’ny Filoham-pirenena Hery RAJAONARIMAMPIANINA »). C’est une déception sans doute pour l’équipe de l’ex-Président Ravalomanana même si dans les faits, cela ne change pas grand-chose puisque les cadres du HVM se sont ralliés en grande partie à lui.

 

               

La position du Président sortant est très intéressante. Depuis la mort du professeur Albert Zafy le 13 octobre 2017, de loin le chef d’état le plus démocrate depuis l’indépendance et qui n’a cessé de prôner la réconciliation nationale, Madagascar est orphelin d’un sage capable de servir de référence et d’arbitre chez les dirigeants. Si Hery Rajaonarimampianina travaille sa stature, il pourrait occuper ce créneau. Après tout, il a démissionné dans le respect de la loi pour pouvoir se présenter aux élections, ce qui n’est pas du tout courant à Babakoland où coups d’état et violations de la Constitution étaient jusqu’à présent la règle. Et, tout comme le président Zafy, il est arrivé au pouvoir après une période troublée, par les urnes, et il en est parti par les urnes…

 

Concernant les deux candidats en lice pour le second tour, il leur reste à consolider l’image d’un responsable capable de panser les plaies d’une population traumatisée depuis….mai 1972. Cette année-là, les étudiants malagasy ont fait un remake de mai 68, après les abus de pouvoir de Dadabe Tsiranana, l’arrestation des leaders étudiants, le massacre perpétré par les FRS (les CRS locaux) en plein centre d’Antananarivo, suivi de l’incendie de l’Hôtel de ville. La population voulait plus de justice sociale, une éducation mieux adaptée aux réalités, un rééquilibrage des rapports avec l’ancienne puissance coloniale. De fait, ce fut surtout l’accaparement des leviers de pouvoir par la petite bourgeoisie, merina en particulier, qui a tiré le pays vers le bas.

 

 

Dans une véritable lutte des classes, après avoir viré les coopérants français, elle a contraint l’élite malagasy à un réel « exode des cerveaux », des années 1975 jusque dans les années 90, pour lui laisser la place. Elle avait parfois un bon niveau universitaire mais ses motivations étaient plus de prendre « une revanche sur la vie » (manao revanche amin’ny fiainana), c’est-à-dire supplanter ceux qu’on enviait et assouvir ses frustrations, que de protéger les intérêts supérieurs de la nation. Ce fut la fin de l’ascenseur social au mérite, le début des triches aux examens, des nominations ethniques et familiales, ou sur recommandation des CSR (Conseillers suprêmes de la Révolution), de la justification de la violation du droit et de la violence… Les patrimoines économiques nationaux comme Air Madagascar ou la RNCFM (les chemins de fer), pourtant cités en exemple en Afrique, ont entamé leur déclin rapide. C’était l’époque où, jeune étudiant à Paris, j’y croisais des informaticiens ou des ingénieurs malagasy de très haut niveau en détresse. En ayant connu certains à Antananarivo, je ne comprenais pas comment on pouvait traiter des Zoky (des Aînés) ou des Raiamandreny de cette manière. Mais leurs places ont été prises par des jeunes aux dents longues, membres de la Révolution (Mafana, Akfm, Arema rouge, etc…)

 

Ce changement de paradigme a entraîné aussi la dégradation des valeurs morales par les transgressions à répétition, la « mort du père » freudien à tout va. Des jeunes officiers tenaient tête aux généraux, des étudiants n’écoutaient plus leurs professeurs, les plus hauts responsables étaient humiliés par leurs subordonnés. Cette espèce de « révolution culturelle » trouvera son apogée en 2009, avec Rajoelina qui refusera de présenter ses vœux à Ravalomanana, alors président de la république (voir article : « Un seul être vous manque… »), les sous-officiers qui forcent le chef d’état-major à démissionner puis la prise de pouvoir par les armes en traînant par le col les plus hauts dignitaires moraux (responsables d’église), politiques et militaires (voir article : « Ce n’est pas encore le mot de la fin »).

 

Alors, au-delà de la réussite économique, c’est cette mentalité dégradée due à des traumatismes collectifs et aux violences en tout genre (physiques, mentales, culturelles) que le nouveau chef de l’état devra soigner et guérir s’il veut donner une chance aux générations futures (voir articles : « Un peuple blessé » et « MADAGASCAR : A VEXED AND TROUBLED PEOPLE »).

 

 

Comment ? Déjà, en étant soi-même exemplaire dans le respect à l’égard de la population et des institutions. Cela exigera beaucoup d’humilité, ce qui n’est pas le point fort des dirigeants malagasy. Dans le même temps, il devra lutter contre tous ceux dont il contrariera les intérêts économiques car cela impliquera la fin des passe-droits, des privilèges indus et de la corruption. En redonnant son sens à la justice, il permettra aux individus de se réapproprier leur dignité et à la société de retrouver l’apaisement. Je ne connaissais qu’une seule personne qui avait ce profil et tenté de mettre en place ce nouveau « way of life », cette nouvelle façon d’être. C’était Nadine Ramaroson, l’ancienne ministre de la Population et des Affaires sociales, et on sait ce qu’il est advenu (voir articles :  «Nadine ne les gênera plus», «Il était une fois, Nadine», «Nadine était menacée de mort...», «Le «Fihavanana» ne suffira plus », «28 août : Nadine», etc…). Il ne s’agit donc pas d’intellectualiser mais d’aller au charbon, en risquant au besoin sa vie. Cela demandera aussi énormément de courage et de volonté…

 

 

Alors, pour se projeter dans l’avenir, qui, des deux candidats restant en compétition, a le plus de chance d’avancer dans cette direction ?

A mon sens, c’est Marc Ravalomanana parce que, d’abord, il a reconnu publiquement ses erreurs. Dans sa dernière interview à l’agence Ecofin fin novembre, il affirmait :

« Ayant été en exil en Afrique du Sud de 2009 à 2014, j’ai pu observer et vivre au quotidien comment cette Nation arc-en-ciel tente de renaître des cendres de l’apartheid et de se consolider. Sans conteste, la figure tutélaire de Nelson Mandela qui a prôné, dès le départ, vérité et réconciliation a permis la renaissance de l’Afrique du Sud. Je m’en inspire pour Madagascar et m’inscris dans le sillage du Président Albert Zafy qui fut Chef de l’Etat de 1991 à 1996 et a toujours prêché pour cette approche…

Aujourd’hui, je tire les leçons de l’histoire récente du pays et de mon propre passé à la tête de l’Etat pour me sentir en capacité de rectifier les erreurs, redresser les torts, capitaliser sur les réussites et rassembler toutes les énergies les plus positives pour bâtir une Nation digne et prospère…»

 

Le fond y est et étant donné que j’ai toujours demandé qu’on s’inspire de Nelson Mandela, dont on célèbre aujourd’hui le 5ème anniversaire de sa disparition, pour résoudre les tensions gasy-gasy (sans être entendu), je ne vais pas faire la fine bouche (voir article : «Merci Madiba !»).

 

Ensuite, il a pu montrer qu’il pouvait être un bon gestionnaire, du moins dans les premières années, avant que le syndrome d’hubris ne le fasse partir en live et l’entraîne dans des erreurs fatales (voir article :  «C’était écrit : une logique implacable et prévisible »). C’est sous son mandat que le pays a enregistré les plus forts taux de croissance (de l’ordre de 6 à 7 %) pendant plusieurs années en continu.

 

 

Enfin, Marc Ravalomanana s’affiche comme un croyant convaincu. Je connais la puissance de la foi et comment elle peut influer de manière positive sur la vie de ses semblables. Il suffit de voir le Père Pedro (voir article : « Appel du Père Pedro »). Et puisqu’il fait référence à Nelson Mandela (et donc à ses compagnons de lutte comme Monseigneur Desmond Tutu), j’entends à ce qu’il s’occupe vraiment de la justice sociale, de l’égalité et de la dignité de ses concitoyens en multipliant les actions sur l’éducation, la santé pour tous, la salubrité et l’hygiène… Que chaque malagasy se sente enfin respecté et respectable. C’est de cette façon que la sécurité reviendra naturellement et que les inégalités décroîtront.  De manière très pratique, cela lui serait d’un grand secours de se rapprocher du Père Pedro dont l’expérience lui sera utile. Le Père Pedro a manifesté avec nous à Paris, en juin 2002, pour le soutenir dans son accession au pouvoir. C’est dire que Ra8 était porteur d’espérances… Il est temps que cette foi, utilisée à toutes les sauces politiques, se voit dans des actions concrètes et sincères (voir article : « Une foi inefficace »). Martin Luther King et l’abbé Pierre, qui figurent aussi dans mes sources d’inspiration, ont fait évoluer leurs sociétés respectives en mettant en œuvre « l’amour du prochain », en vrai…

 

Son challenger, pour l’instant, est perdu entre Miami Beach et les gondoles à Venise et a très peu parlé de réconciliation ou de paix sociale. Mais il est jeune et a le temps d’évoluer. Et pour commencer dans la transparence, il peut révéler au peuple d’où viennent les fonds colossaux utilisés pour sa campagne présidentielle. S’il est élu, c’est sur ces terrains là qu’il sera attendu et non sur les piscines olympiques ou les toilettes aux normes (important certes, mais pas la priorité première étant donné l’état du pays)….

 

Photo 1 : Une énième séance de réconciliation en 2016 avec le Président Zafy Albert et les autres protagonistes (tous, eux aussi, présidents).

Photo 2 : L’hôtel de ville d’Antananarivo, incendié le 13 mai 1972 pour en sortir les FRS qui tiraient sur la foule.

Photos 3 et 4 : Nadine Ramaroson, ministre et fille de bonne famille, mais tellement proche du peuple…

Photo 5 : Très belle photo que d’être avec des enfants défavorisés. Cela renvoie à une image de compassion, de solidarité, de simplicité avec un message : « Je vais m’occuper de leur avenir ! » Puisse-t-il réussir ce challenge ! Marc Ravalomanana n’aura pas droit à une autre chance pour devenir une légende en Afrique comme Nelson Mandela… 

 

Alain Rajaonarivony  

 

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commentaires

R
C'est vraiment la réalité actuelle: bonne analyse
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A
Merci de votre approbation!