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  • Alain Rajaonarivony

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9 janvier 2021 6 09 /01 /janvier /2021 18:02

 

 

Photo 1 : Borne typique sur le chemin de Compostelle avec la coquille Saint-Jacques. Compostelle est encore à 1310 kilomètres

 

Le chemin, ce sont aussi des rencontres extraordinaires! Alors qu’en pleine canicule, nous nous retrouvons  au milieu des champs avec nos gourdes vides, nous apercevons une ferme à l’horizon. Nous y allons demander un peu d’eau en faisant le tour des bâtiments. « Vous vous êtes trompés d’entrée. Nous avons laissé de l’eau fraîche et des fruits de l’autre côté, sur une table, pour les pèlerins » nous dit la première personne qu’on croise. Deux familles y sont en vacances. Sachant que leur lieu de villégiature se trouve sur l’itinéraire de Compostelle, et voyant le soleil taper, ils ont mis une table sur le bord du chemin avec de l’eau dans une glacière, des fruits, des tomates et des petits sandwichs pour les pèlerins de passage. C’est une divine surprise car nous étions un peu désespérés. Les enfants vont nous apporter des légumes du jardin. Nous laisserons un petit mot reconnaissant sur leur cahier, comme d’autres pèlerins avant nous, et nous reprendrons la route, encouragés et plus en forme. Il y a des rencontres qui vous réconcilient avec l’humanité !

 

Photos 2 et 3 : L'hospitalité et les enfants sur le chemin. Juste rien à dire....🧡

 

Tout le long du chemin, qui est d’abord une démarche spirituelle, j’ai encore appris de l’histoire de France. Nous avons traversé des régions où les Protestants ont été persécutés et massacrés après la révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV, région où ils étaient pourtant majoritaires. La monarchie et le catholicisme, c’était le mariage du sabre et du goupillon. Louis XIV va interdire les cimetières paroissiaux aux Protestants car ils faisaient partie de « la Religion Prétendue Réformée ». Ces derniers n’ont pas de croix sur leurs tombes souvent simples, parfois clandestines, juste signalées par un arbre. Pour signifier leur foi, ils mettaient des versets bibliques sur leur stèle. Sur l’une d’elle, je retrouverai un verset cher à un ancien président malagasy : « Ne craignez point, croyez seulement », Marc 5 : 36.

 

Photo 4 : Les tombes des Protestants sans croix sous Louis XIV. Ils mettront des versets bibliques.

 

Des Protestants français, j’en ai retrouvé, il y a trois ans, en Afrique du Sud où je m’étonnais du nom français d’une de mes interlocutrices. Elle m’expliqua alors que ses ancêtres étaient français, qu’ils ont dû fuir en Hollande, d’où ils ont été expédiés en Afrique, avec interdiction de parler leur langue maternelle, le français. Un grand nombre de Blancs d’Afrique du Sud sont descendants de Huguenots français. Les historiens s’accordent à dire que la France a perdu une partie de ses forces vives à l’époque, avec le départ de ces artisans et paysans durs à la tâche. Mais ils contribueront à faire de l’Afrique du Sud le pays le plus riche du continent.

J’ai repensé à la Grande Ile où les églises catholiques et les temples protestants se côtoient dans tous les villes et villages. Au moins, les Malagasy auront évité une guerre de religions. Après l’indépendance,  les responsables spirituels regroupés au sein de la FFKM (Fédération des églises) ont souvent joué le rôle de modérateurs et de réconciliateurs. Mais en 2009, il y a eu un couac. J’ai été marqué en particulier par le sourire d’un prélat catholique à l’arrestation musclée du pasteur Rasendrahasina par le « commandant Charles » (voir article : « Unité et réconciliation : Charles et Ra8 »), qui signera le coup d’état. Depuis, cet ecclésiastique semble avoir fait son mea-culpa en appelant à « l’arrêt de la vengeance ».

 

Photo 5 : Des vignes et une église au loin. On change de paysage au fur et à mesure que l'on avance.

 

La bonne compréhension et l’application des Evangiles (qui signifie simplement en grec « Bonne nouvelle » - l’annonce de l’Amour de Dieu pour les humains -) entraîne normalement un changement de mentalité. Compassion, amour du prochain, respect, en particulier de la vie humaine, humilité, droiture et courage ou fidélité à ses idéaux deviennent les marqueurs qui changent l’individu avant de changer la société. Ce sont de telles personnes dont Madagascar a besoin pour sortir de sa misère morale et économique. Aller à l’église tous les dimanches ne suffit pas, il faut vivre ces valeurs au quotidien.

Pour l’instant, Madagascar, qu’on disait « béni des dieux » est devenu le 4ème pays le plus pauvre du monde depuis 2013 et est en passe de glisser à la seconde place. Pendant ce temps, 73,5 kilos d’or, d’une valeur de 4.5 millions de dollars ont été interceptés par les autorités sud-africaines le 31 décembre 2020 à l’aéroport Oliver Reginald Tambo (ou OR Tambo) de Johannesburg. Ce sont trois Malagasy qui les convoyés en avion privé. Normalement, les vols sont interdits à cause de la pandémie de Covid-19, les douanes malagasy n’ont rien vu, la police des frontières non plus, pas plus que le ministère des mines, etc… Normal !...😁 Il est vraiment temps de changer de paradigme.

 

Photo 6 : Le New-York Post relate l'affaire des 73,5 kilos d'or. Madagascar est connu internationalement, mais pas pour de bonnes raisons.

 

Autant Marc Ravalomanana qu’Andry Rajoelina a utilisé des versets bibliques comme slogan politique : « Mino fotsiny ihany » («Ne craignez point, croyez seulement », Marc 5 : 36) pour l’un, « Ny fitiavana no lehibe indrindra » (« l’Amour est le plus grand » 1 Corinthiens 13 : 13) pour l’autre. Mais ce côté spirituel qui aurait dû se concrétiser par une politique de réconciliation à la Nelson Mandela, un accent sur les projets sociaux en faveur des plus pauvres ou des objectifs à long terme pour les générations futures, ne s’est absolument pas vu. La Bible et Dieu ont juste été instrumentalisés. Les dirigeants politiques qui se disent chrétiens se doivent d’être exemplaires, s’ils veulent se sauver eux-mêmes et sauver le pays.

 

Photo 7 : Arrivée à Saintes, fin de l'aventure pour nous, mais Mikael continue.

 

Le 23 août 2020, au bout de 13 jours de marche et plus de 360 kilomètres, nous arriverons à Saintes. C’est là que nous laisserons Mikael continuer seul, le cœur gros. Mais il nous fallait repartir vers nos obligations professionnelles.

Mikael arrivera à Compostelle le 8 octobre après avoir parcouru plus de 1660 kilomètres à pied.

 

Photo 8 : Compostela au nom de Michaelem Rajaonarivony, remis à Mikael au terme de son pèlerinage.

 

Note : La Compostela est un certificat de  pèlerinage, rédigé en latin, remis au pèlerin à son arrivée à Compostelle par le Bureau des pèlerinages pour attester qu'il a fait le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Ce certificat se rattache à la tradition médiévale voulant qu’un pèlerin rapportât un témoignage de son arrivée au sanctuaire. D'après le règlement du pèlerinage édité par la cathédrale de Compostelle, la Compostela est délivrée aux pèlerins donnant un sens religieux à leur pèlerinage et parcourant les cent derniers kilomètres à pied ou à cheval ou les deux cents derniers à vélo.

 

Alain Rajaonarivony

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