Les mêmes causes produisent les mêmes effets : une crise économique aggravée par des inégalités flagrantes, qui amène petit-à-petit la population au désespoir, couplée à une classe dirigeante totalement corrompue et violente, conduit à des manifestations brutalement réprimées. Le cycle protestations –répressions aboutit en général à la fuite des gouvernants mis en cause quand la pression du peuple ne peut plus être contenue. Ce fut le cas au Népal en septembre 2025, lors de la révolte des Gen Z : 72 morts et 2100 blessés, mais finalement fuite du Premier-ministre Khadga Prasad Sharma Oli et nouveau gouvernement. Scénario identique à Madagascar en septembre-octobre 2025 : manifestations des Gen Z, 22 morts, plus d’une centaine de blessés, suivies de la fuite du Président Andry Rajoelina à Dubai et l’instauration du gouvernement de la Refondation.
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Photo 1 : La Une du Figaro du 14 janvier 2026 : 12.000 morts
Et le 28 décembre 2025, ce sont les Iraniens qui rentrent dans la boucle. Les marchands du bazar de Téhéran se mettent en grève devant l’effondrement du pouvoir d’achat, soutenus très rapidement par les étudiants et les jeunes. Les slogans évoluent de l’économique au politique et le départ des responsables du pouvoir incapables de juguler la crise, est demandé. Mais il y a une différence de taille avec le cas des pays précédents. Les mollahs sont bien des dictateurs corrompus et incompétents, mais en plus, les plus radicaux d’entre eux et de leurs bras armés, les gardiens de la Révolution, sont religieux, dans le sens le plus négatif du terme. « Mourir en martyr » ou « tuer les ennemis de Dieu » font partie de leur vision du monde. Le sacrifice ouvre le paradis d’Allah. Cette conception apocalyptique est au cœur de leur idéologie. La journaliste française Mariam Pirzadeh, ancienne correspondante de France 24 en Iran, parle de « système maffieux » adossé à une dimension sacrificielle.
Photo 2 : Tweet d’Ursula von der Leyen sur X le 13 janvier : « un nombre croissant de victimes terrifiant ».
Dès lors, que la Présidente de Commission Européenne Ursula von der Leyen s’alarme le 13 janvier 2026, du « nombre horrifiant » de victimes parmi les manifestants, n’a rien d’étonnant. Les forces de l’ordre n’hésitent plus à tirer sur eux à balles réelles. Les morts se comptent par centaines officiellement, par milliers officieusement. « La jeunesse est en première ligne », constate les journalistes, raison pour laquelle les autorités ont demandé aux parents de garder leurs enfants afin qu’ils ne se joignent pas aux mouvements de protestation.
J’ai eu l’occasion de faire un petit road trip en Iran avec mon fils en 2017. A l’époque, nous avons rencontré des jeunes qui ne rêvaient que de voyager, de voir un jour Paris, et des jeunes filles qui descendaient leurs voiles pour faire des photos. C’était à Téhéran et Ispahan…
Et parmi mes amis en France figurent des Iraniens, ayant le statut de réfugiés politiques. L’un d’eux est coupable… d’être chrétien. La police a déboulé dans la maison pendant qu’il était en train de lire la Bible avec un petit groupe. Après une fuite éperdue par les toits, il a quitté clandestinement l’Iran, traversé toute l’Europe, en partie sous un camion, avant de finir à Beauvais où nous nous sommes rencontrés. La liberté de culte n’est pas reconnue dans son pays d’origine.
Photo 3 : En juin 2017, dans un parc de Téhéran, des jeunes Iraniens sont très heureux de prendre des photos avec des personnes venant de France. Ils sont souriants et accueillants et je voulais leur rendre hommage mais j’ai quand même caché leurs visages. Bien que la photo date de plusieurs années et soit plutôt sympathique, on ne sait jamais avec ce régime…
Alors, au-delà des dimensions économiques et politiques, comme à Madagascar, il y a aussi un combat spirituel. J’avais écrit le 6 octobre 2025 sur Facebook, une semaine avant l’intervention du Capsat le 11 : « GenZ, vous avez déjà gagné, malgré les apparences ! Continuez dans la lutte pacifique, comme Martin Luther King, ou Nelson Mandela et son ami Monseigneur Desmond Tutu… Au bout se trouve la victoire, et la chute des forces des ténèbres… Ce genre de combat se gagne à genoux, devant Dieu et non devant les hommes… » Les Iraniens ont aussi besoin d’un soutien spirituel. Une analyse rationnelle et des actions concrètes n’empêchent pas, pour ceux qui y croient, l’intercession auprès d’un Dieu d’Amour qui parle de fraternité et de respect de la vie humaine, afin qu’Il fasse un miracle, change les situations pour arrêter ces massacres.
Pour l’instant, il n’y a pas de fraternisation de l’armée avec les manifestants, comme cela s’est produit à Madagascar, ce qui équilibrerait le rapport de forces. Et tous les yeux sont tournés vers Donald Trump, le président américain, qui a multiplié les déclarations ces derniers jours : « Patriotes iraniens, continuez à protester… L’aide arrive ! »… les Iraniens et le monde attendent…
Tout comme les jeunes Népalais ou Malagasy, la nouvelle génération en Iran a aussi le droit de rêver à une société plus libre, plus juste et plus fraternelle.
Actes 17 : 30-31
«... Dieu annonce maintenant à tous les êtres humains, partout où ils se trouvent, qu'ils doivent changer d'attitude, parce qu'il a fixé un jour où il jugera le monde avec justice... ».
Alain Rajaonarivony
Le 14 janvier 2024.