Le siège de Viva TV à Antananarivo La station Viva TV n’avait pas programmé « Le Père Noël est une ordure », ce soir du samedi 13 décembre, mais ce fut tout comme, pour les employés en service. Quand ils ont vu les policiers débarquer de deux minibus, ils comprirent immédiatement que la fiesta de la fin de l’année ne serait pas tout à fait celle qu’ils avaient prévue. Ce fut expéditif ! Séance tenante, la clé fut mise sous la porte sur ordre du ministre de l’information.
Depuis le temps que le gouvernement cherchait une idée pour ébranler le maire de la Capitale, Andry Rajoelina, l’occasion était trop belle. Didier Ratsiraka, l’ancien chef de l’Etat, avait tenu la vedette pendant 45 minutes dans une vidéo diffusée cette nuit là. Rien de bien nouveau ! Les journaux en avaient parlé, d’autres télés l’avaient déjà projetée, au moins en partie, et cela faisait plusieurs jours que sur les forums, les internautes la commentaient dans tous les sens. Un vieux dictateur qui évoque nostalgiquement sa propriété d’Ambodiatafana confisquée par l’Etat, ou blâme la non transparence et l'accaparement des richesses par quelques uns, il n’y a vraiment pas de quoi fouetter un chat !
Le marché de dupes - win-loose - « des terres grandes comme la moitié de la Belgique contre rien pour le peuple », avec Daewoo, société coréenne, a été condamné de manière autrement plus virulente par la société civile, politiciens, journaux et simples citoyens dans le même temps. « Atteinte à la sécurité publique » a décrété dare-dare le représentant de l’Etat à propos de la vidéo!... Une révolte populaire se prépare bien du côté de Tamatave. Mais ce sont les terres confisquées aux paysans pour les octroyer généreusement à Daewoo qui en sont la cause. Le premier responsable en est donc bien le gouvernement.
Si la décision de fermer Viva fut rapide, elle ne sera pas durable, si du moins il reste une once d’intelligence politique au pouvoir. Car si elle déstabilise le Maire, les dégâts seront nettement plus importants pour l’image de l’Etat et du Président. C’est le genre de sentence à laquelle la communauté internationale est très attentive. La liberté de presse et d’opinion est un des paramètres qui rentre en compte dans les classements des pays au niveau démocratique. C’est un critère si sensible qu’il peut jouer sur les relations diplomatiques et les aides des organismes multilatéraux. Pour Madagascar, qui ambitionne de recevoir des conférences de niveau continental ou mondial dans les mois qui viennent, c’est donc un très mauvais coup ! Nul doute que les chancelleries suivront avec beaucoup d’attention l’évolution de la situation.
Il est temps pour le Président de réagir dans le bon sens pour rattraper une image considérablement dégradée. Mais peut-être n’y a-t-il personne dans son entourage pour oser lui dire que ce genre d’attitude est d’abord néfaste à lui-même ? Dans ce cas, le pouvoir n’a besoin de personne pour s’écrouler. Il le fait si bien tout seul…
Alain Rajaonarivony
Publicité