


Ambohijatovo était noir de monde ce samedi 17 janvier pour l’inauguration de la place de la Démocratie. Près de 50.000 personnes remplissaient le square ainsi que les collines avoisinantes. Le peuple a réussi sa démonstration face à un pouvoir de plus en plus affaibli.
Le préfet, si prompt à interdire toute réunion, sauf celles organisées par les dirigeants, a dû lâcher du lest. Il s’est contenté de signifier que sa responsabilité était dégagée en cas de dérapages, la Mairie ne lui ayant demandé aucune autorisation. Mais malgré la foule impressionnante, il n’y a eu aucun incident à signaler durant le rassemblement.
La première à prendre la parole fut Nadine Ramaroson, secrétaire générale du Conecs, au nom de la société civile. Elle a exhorté ses concitoyens à garder l’espoir. Puis deux représentants des régions lui ont succédé pour faire part de ce qu’endure la population. C’est Andry Rajoelina, le Maire qui a clos cette petite série de discours en mettant l’accent sur la solidarité et l’audace nécessaires pour réussir devant l’adversité. Beaucoup d’hommes politiques étaient présents mais n’ont pas pris la parole.
Les scandales récents qui ont défrayé la chronique et entaché la réputation de Madagascar au niveau mondial, ont été évoqués par les intervenants : l’octroi à titre gracieux de 1,3 millions d’hectares de terrains à la société coréenne Daweoo et l’achat de l’avion présidentiel pour 60 millions de dollars non budgétisés. Par conséquent, les ministres concernés, celui des Finances Haja Razafinjatovo et Marius Ratolojanahary, responsable de l’Aménagement du territoire, ont été invités à déposer leur démission. Ce genre de demande est la règle dans les grandes démocraties après de tels faits. Mais dans la Grande Ile, les responsables n’ont pas l’habitude d’assumer leurs inconduites et bévues.
Les orateurs ont aussi demandé la réouverture d’ici à samedi de Viva TV et de toutes les radios fermées autoritairement sur le territoire national, à Tuléar, Fianarantsoa ou Tamatave. L’intégralité de la manifestation a d’ailleurs été retransmise en direct sur les stations provinciales via des téléphones portables. Il a été fait mention de MBS, la station radio-Tv du Président, qui occupe un domaine de la commune à des conditions assez effarantes puisqu’elle le loue pour une somme symbolique et pour 50 ans. Ce contrat a été passé quand le premier magistrat de la ville, élu entretemps à la tête du pays, et le propriétaire de MBS ne faisait qu’un.
Les entraves à la liberté d’expression dont se rend responsable le pouvoir ont été rappelées par le nonce apostolique Monseigneur Augustin Kasujja, lors de la présentation des vœux du corps diplomatique la veille. Le Chef de l’Etat n’a pas du tout apprécié.
La diaspora a, elle aussi, manifesté à proximité de l’Ambassade de Madagascar à Paris ce samedi. Ils étaient plus nombreux que samedi dernier, autour de la centaine. Par la voix de l’un des principaux organisateurs, Augustin Andriamananoro, les protestataires ont fait part de leur détermination. Les exilés étaient aux abonnés absents et le mouvement prend au fur et à mesure de l’ampleur.
Antananarivo est devenue la capitale des libertés. Plusieurs représentants des provinces ont promis de suivre son exemple. Le message, clair et pacifique, demande le strict respect des libertés garanties par la Constitution. Pendant l’inauguration, on sentait une sourde colère monter à l’égard des gouvernants. Si le régime continue sa fuite en avant et refuse de prendre en considération les aspirations du peuple, il sera entièrement responsable de tout ce qui se passera par la suite. Qu’il ne cherche pas des fauteurs de troubles car le premier d’entre eux, ce sera lui !
Alain Rajaonarivony