Les trois premières rencontres entre Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana avaient une caractéristique déconcertante pour les observateurs étrangers. Elles ne duraient à chaque fois qu’entre trois-quarts d’heure et une heure. Etant donné la situation catastrophique du pays, on s’attendait à des discussions-marathon passionnées.
Rien n’a filtré des entretiens, hormis la sortie du Maire après le deuxième contact (voir article : «second round des négociations tendu»). Le silence était imposé par les facilitateurs. Les communiqués de ces derniers mentionnant une « ambiance fraternelle pendant les discussions » avaient quelque chose de surréaliste. Il est vrai qu’il s’agissait des ecclésiastiques du FFKM (conseil œcuménique des églises) et que leur sémantique avait plus à voir avec la théologie qu’avec la politique, mais quand même… ! Si le Président et le jeune Maire étaient capables de se parler de manière « fraternelle », on l’aurait su depuis longtemps.
De la troisième réunion, le 24 février, on n’a rien su sauf qu’elle s’est déroulée au même endroit que la précédente, « Le Hintsy » d’Ambohimanambola.
De la quatrième, il y a encore moins à dire puisque le Président a posé un lapin à Andry Rajoelina qui l’a attendu vainement. Il a préféré prendre son avion pour faire un saut à Tamatave puis à Majunga.
L’exaspération a gagné l’équipe du Maire. Avant la rupture, elle avait proposé que la discussion se déroule sur 48 heures d’affilé pour avoir une chance d’aboutir rapidement à quelque chose de viable.
Les contestataires constatent qu’aucune de leurs sollicitations, y compris les plus simples, n’ont été prises en considération. L’accès équitable aux médias nationaux (TVM et RNM) pour tous les acteurs politiques, qui est la règle et la norme dans tous les pays démocratiques, par exemple, n’a reçu aucun écho.
La crédibilité du FFKM a surtout été plombée par la présence en son sein du Pasteur Lala Rasendrahasina, protestant (FJKM) totalement inféodé au pouvoir. Les financements présidentiels ont eu comme vertu de le rendre très compréhensif envers toutes les dérives. C’est à cause de lui que ses pairs ont été hués lors de la chapelle ardente en l’honneur des victimes du « samedi sanglant » au stade couvert de Mahamasina (voir l’article : « Carnage devant le Palais »). Il avait refusé de signer un communiqué du FFKM condamnant le massacre, oubliant jusqu’à ses fondamentaux, comme le 6ème commandement : « tu ne tueras point ».
Les médiateurs ne semblaient pas disposer de la neutralité et de la force morale nécessaires pour imposer aux protagonistes des concessions réciproques. L’évêque Odon Razanakolona, président en exercice du FFKM, un des seuls à être encore écouté, en a tiré les conséquences et annoncé l’échec et le retrait du processus. " Les deux parties se sont vues à trois reprises mais nous devons admettre que le débat n’a pas vraiment avancé... Le FFKM a donc décidé de se retirer de la médiation. Nous demandons aux Nations unies de prendre la suite", a-t-il déclaré.
La trêve est en tout cas respectée même si la population, dont la situation s’aggrave de jour en jour, commence à s’impatienter et s’angoisse de ces rebondissements. Le temps n’a pas la même valeur quand on risque de perdre son travail à chaque instant à cause du marasme dû à la crise. Elle attend des résultats concrets.
La désinvolture du Président démontre à l’évidence le peu de cas qu’il fait de ces « raiamandreny » (anciens respectables) et des discussions en cours.
Marc Ravalomanana fait une fixation sur la tenue du sommet de l’Union Africaine pour des raisons aussi bien politiques que financières. Tant qu’il n’aura pas obtenu satisfaction sur ce point, il continuera de jouer la montre et tapera sur les nerfs de son jeune challenger. Aucune négociation ne semble pouvoir aboutir si on n’intègre pas la continuité des engagements de l’Etat, en clair, le sommet du mois de juillet.
Les défections se multiplient dans le camp présidentiel, contribuant à créer une psychose de fin de règne de plus en plus dangereuse. Pour les ralentir, le chef de l’état aurait promis 12 millions d’Ariary à chaque député pour leurs dépenses individuelles ainsi qu’une nouvelle 4X4 et les fonctionnaires qui pointent auraient droit à une indemnité de 9.000 Ariary par jour. Qui prendrait encore le risque de jouer les médiateurs dans cette situation de plus en plus incontrôlable ?
On ne peut que reprendre la supplique d'Odon Razanakolona : «J’espère que chacun d’entre nous se tournera vers Dieu et que nous puissions prier ensemble pour notre pays».
Alain Rajaonarivony