Paris, le 18 mars 2009
A Mr le Président Ravalomanana
J’ignore où vous serez quand je publierai cet article, mais j’espère que vous serez assez au calme pour le lire. Je tenais à vous écrire dans ces circonstances où vous devez sentir la solitude. Car je suis certain que les personnes à qui vous avez octroyé postes, honneurs et richesses éviteront de vous contacter.
Depuis octobre 2001 où nous nous sommes connus, je ne vous ai pas été de trop mauvais conseil. Mais quand je vous ai suggéré, dès 2005, de ne pas vous représenter pour un deuxième mandat en 2006 afin de devenir un exemple en Afrique, vous aviez sans doute trouvé que j’y allais un peu fort (1). D’ailleurs, les lèches-bottes et autres lâches qui composaient votre cour ont dû vous conforter dans l’idée contraire.
Aucun d’entre eux n’a cherché à vous raisonner et à vous empêcher de dévier. Ils n’étaient de toute façon pas nommés pour cela. Le deal était clair : ils vous servaient de larbins et en contrepartie, ils pouvaient se servir. Vous avez donc continué votre chemin tout seul sans plus personne pour vous dire « non » comme en 2002. Qu’est-ce que ça vous énervait quand on vous résistait ! Qui plus est quand on avait raison ! Mais au moins, cela vous remettait en cause et infléchissait votre décision.
C’est pour cela que vos deux premières années à la tête du pays ont été largement positives même si des dérives se faisaient déjà sentir (les détaxations sur mesure pour faire rentrer le matériel de Tiko en juillet 2002 par exemple). Vous aviez encore votre garde d’intellectuels pour vous conseiller et vous défendre. Au fur et à mesure que votre pouvoir se consolidait, ils se sont retirés ou vous les avez virés. Vous pensiez vous en sortir seul et vous avez décidé de vous appuyer sur votre puissance financière pour acheter les consciences et amadouer vos adversaires.
Mais on n’achète ni l’intelligence, ni la fidélité.
Revenez à vos premiers amours, Mr le Président. « Fahamarinana » (Vérité) et « Fahamasinana » (Sainteté) avez-vous clamé ! Vous les appliquiez déjà si mal au début avant de les renier totalement. Vous avez vu le résultat. On peut se moquer de tout, sauf de Dieu ! Vos devins, «mpanandro» et autres « spécialistes » du genre ne vous ont servi à rien, sauf à vous tromper et à vous donner une fausse assurance. Vous vous êtes rendu compte de vos erreurs, trop tard cependant pour sauver votre fauteuil. Mais il ne l’est pas pour sauver votre âme, et faire en sorte que les années qui vont suivre soient bénéfiques pour vous-même et le pays.
Vous avez délaissé vos fidèles mais eux n’ont pas renié leurs idéaux. « Efa eto andala-pandehanana ! » («nous sommes sur le point de partir») avez–vous confié à Mamy Andriamasomanana dès que vous avez signé votre démission. Vous étiez en contact suivi avec lui depuis des semaines, et lui avec moi. Les larmes me sont montées aux yeux quand il m’a répété vos dernières paroles au moment de votre départ de Iavoloha.
Je me permettrais de vous conseiller de lire Esaïe 3, Mr le Président. Tout comme Nelson Mandela lors de ses années de privation de liberté, vous pouvez profiter de ce moment de solitude pour retrouver les fondamentaux de la vie et laisser en final une image de vous positive pour les générations futures.
Je vous recommande à la Grâce de Dieu.
Votre dévoué
Alain Rajaonarivony
(1) Article : « La tentation fatale » repris en partie dans ce blog : « c’était écrit : une logique implacable et prévisible » du 19 février 2009