
Le débat fut un peu tronqué. C’était d’autant plus dommageable qu’il est relativement rare de pouvoir parler en profondeur des problèmes de la Grande Ile sur des médias qui ont une couverture planétaire, TV5Monde et RFI (Radio France Internationale) en l’occurrence. Le Vice-premier ministre de la santé de la HAT (Haute autorité de la transition), Alain Tehindrazanarivelo, arrivé au dernier moment dans les studios, n’avait visiblement pas envie de faire des sourires aux autres orateurs. Il a démarré l’émission par un long plaidoyer pour tenter de justifier la position des auteurs du coup d’état. Sur un débat télévisé d’une demi-heure, c’est du temps perdu sans apport concret. Néanmoins, au fur et à mesure, des idées-forces sont quand même apparues.
Francis Soler, de «La lettre de l’Océan Indien», a relevé que ce n‘était pas une crise de la pauvreté, mais celle de la richesse. C’est à chaque fois que le pays connaît un décollage économique qu’il se produit un clash entre les dirigeants et une partie de la population. Le diagnostic, unanime, fut que la mauvaise répartition des fruits de cette croissance et son accaparement par une minorité sont les générateurs des tensions passées, actuelles et à venir. Denise Epoté, de TV5Monde, a souligné la similitude entre la crise de 2002 et celle de 2009.
Mamy Andriamasomanana, consultant impliqué de manière discrète dans les accords de Maputo, a précisé quelques points saillants des accords signés dans la capitale mozambicaine par les protagonistes malgaches. Maputo I demandait un premier-ministre de consensus, et surtout «neutre», pour préparer les élections qui permettront un retour à la normalité. Il semble clair que le gouvernement Monja II ne répond pas à cette définition, d’où la condamnation de la communauté internationale ( UA, SADC, OIF, Nations Unies…)
L’effectivité du pouvoir de la HAT est reconnue, non sa légitimité, encore moins sa légalité. Il s’agit donc de ramener ce régime, par le biais du dialogue avec les autres forces politiques, sur des bases acceptables au niveau du droit international. Mais la «fluctuation» des positionnements personnels, doux euphémisme pour qualifier les retournements de veste et autres trahisons diverses et avariéss rend la tâche difficile. Le temps a manqué pour développer les scénarii de sorties de crise. Chacun pourra se faire sa propre analyse en visionnant le débat enregistré le 18 septembre sur le site de TV5Monde.
Cette émission, qui serait banale en Europe, a eu un impact considérable à Madagascar. Cela tendrait à prouver le déficit de dialogue constructif entre les différentes composantes de la vie publique. Le samedi 19, dans l’après-midi, le premier-ministre, Roindefo Monja, a parlé pendant près d’une heure au téléphone avec Mamy Andriamasomanana. Et dans la soirée, une trentaine d’officiers malgaches en formation en France, s’étaient retrouvés au domicile de ce dernier à Romainville, pour lui apporter leur soutien dans sa démarche de réconciliation et de remise aux normes de la gouvernance. La perspective de l’isolement total de Madagascar, avec en corollaire une catastrophe économique sans précédent rend urgente une solution.
Photo 1 : Mamy Andriamasomanana et Francis Soler échangent avant le début de l’émission.
Photo 2 : Les protagonistes sont plus détendus après le débat.
Photo 3 : Les officiers chez Mamy Amdriamasomanana à Romainville le 19 septembre. A leur demande, les visages sont floutés.
Alain Rajaonarivony