«Du jamais vu !» Tel est le commentaire de tous les analystes politiques, y compris les plus chevronnés. Le président de l’Assemblée lors de la 64ème session ordinaire de l’ONU, le libyen Ali Triki, ce 25 septembre en soirée, avait pourtant annoncé tranquillement la prise de parole de «Andry Nirina Rajoelina, président de la Haute autorité de transition». Mais le ministre des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo, au nom de la SADC, avait demandé à apporter un point d’ordre.
Pour un point d’ordre, ce fut un point d'orgue ! «Avec votre autorisation… Monsieur le président, je prend la parole au nom de la Communauté de développement de l’Afrique australe, SADC, à savoir, l’Afrique du Sud, l’Angola, le Botswana, le Leshoto, le Malawi, Maurice, le Mozambique, la Namibie, les Seychelles, le Swaziland , la Tanzanie, la Zambie, Le Zimbabwe et mon pays la République démocratique du Congo. Les Comores s’associent également à la présente motion d’ordre. En vertu des articles 71 et 113 du règlement intérieur de l’Assemblée Générale, la SADC voudrait élever sa plus vive protestation face à la décision d’inviter Mr. Andry Nirina Rajoelina à prendre la parole au débat général de notre auguste assemblée, et la république de Madagascar à participer à la 64ème session ordinaire de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies… »
Il fut rappelé ensuite toutes les sanctions que la Grande Ile a déjà dû subir à cause du coup d’état, puis du refus d’appliquer les accords de Maputo. Le clou est enfoncé par ces mots : « Madagascar est représenté à cette session de l’Assemblée par des personnes sans qualités issues d’un pouvoir putschiste».
La SADC demande à l’Assemblée de refuser la parole à Andry Rajoelina et au cas où ce dernier monterait quand même à la tribune, de quitter la salle. A partir de ce moment là, ce fut le capharnaüm. Ali Triki, complètement dépassé, demande un vote, procédure rarissime, des membres de l’Assemblée dont la plupart n’ont pas suivi le fond de l’affaire. Le cas de Madagascar va réveiller cette dernière, plutôt habituée à ronronner, mais les représentants qui ne maîtrisent pas le dossier refusent de se prononcer. Seule une trentaine de pays votent : 23 voix contre la prise de parole de Rajoelina, 4 pour et 6 abstentions.
Andry Rajoelina n’a pas pu faire son discours. Mais désormais, Madagascar est célèbre dans le monde entier.
La vidéo de cette réunion à l’ONU mise en ligne par Vatofototra sur Dailymotion
Photo : immeuble de l'ONU (Sobika)
Alain Rajaonarivony