Débloquer à tout prix la situation et effacer l’échec de Maputo II, tel était l’objectif de la réunion d’Antananarivo du 6 octobre. La communauté internationale n’a pas lésiné sur les moyens. Elle a déployé une équipe renforcée de médiateurs comportant une cinquantaine d’intervenants et de diplomates. Et parmi eux, des poids lourds comme Tiébelé Dramé, émissaire des Nations Unies, Philip Carter, responsable des affaires africaines au States Department, Alain Joyandet, secrétaire d’état français à la coopération, Jean Ping, président de la Commission de l’Union Africaine, les représentants de l’Union Européenne… Le Carlton devenait une annexe des Nations Unies avec aussi la présence des ambassadeurs de la Chine ou de la Russie.
Tout ce beau monde aurait été impuissant si le principal obstacle à la suite des négociations n’avait pas été levé. Les accords de Maputo stipulaient qu’il fallait un «premier ministre de consensus et neutre», conditions que Roindefo Monja ne pouvait remplir étant donné qu’il était impliqué au premier chef dans le coup d’état. Une porte de sortie honorable était nécessaire. L’intervention de Mamy Andriamasomanana semble avoir été décisive. Sachant ce que les promesses valent à Madagascar, seul ce dernier pouvait inspirer confiance à Roindefo Monja car les deux hommes se connaissent bien. La loyauté en amitié aura été plus efficace que les lieutenants-colonels Charl et Lilyson des FIS (Forces d’Intervention spéciale), rentrés bredouilles après avoir tenté vainement de dissuader l’ancien premier ministre de la HAT (Haute autorité de transition) de renoncer à son poste. Roindefo Monja avait décidé quelques jours auparavant de nommer Mamy Andriamasomanana Vice premier ministre chargé des Affaires étrangères mais ce dernier avait refusé, estimant que c’était prématuré.
Les négociations auront abouti à quelques progrès. Les principaux acteurs ont réussi à accoucher des noms des futurs responsables de la transition. Le Vice-président de la nouvelle entité sera Emmanuel Rakotovahiny, de la mouvance du professeur Albert Zafy. La primature, poste convoité, revient à Eugène Mangalaza, sur proposition de Didier Ratsiraka. Cet universitaire devra gérer un gouvernement de réconciliation nationale où les 4 mouvances (Rajoelina, Zafy, Ratsiraka, Ravalomanana) auront droit chacun à 5 postes ministériels et la société civile 8. Didier Ratsiraka avait réactivé les quotas ethniques et le clivage Merina/Côtiers pour emporter la décision. Si Andry Rajoelina, un Merina, demeurait chef de la transition, le Premier ministre devait être côtier.
Le(a) dirigeant(e) du Congrès de la transition sera désigné par la mouvance Ravalomanana, celui ou celle du Conseil supérieur par celle de Rajoelina. Le mouvement de Zafy aura la présidence du Conseil national de la réconciliation et la société civile héritera du Conseil économique et social.
Les Nations Unies et les organisations faisant partie des médiateurs se sont félicitées de ces avancées significatives. Ban Ki-moon demande des concessions réciproques aux dirigeants malgaches. «C’est un bilan super positif» estime pour sa part l'émissaire de l'Union africaine, Ablassé Ouedraogo. «Cet accord va permettre le retour de Madagascar dans la communauté des Nations respectant l'ordre constitutionnel», a déclaré Alain Joyandet. «Le grand gagnant, c’est d’abord le peuple malgache » dira un juriste autochtone interrogé par la Deutsche Welle. Les Américains, qui ont été très virulents à l’égard des putschistes, encouragent aussi à la poursuite des efforts. Cet accord, récusé pour l’instant par Marc Ravalomanana qui n’admet pas de voir Andry Rajoelina diriger la nouvelle transition, a le mérite d’exister. Albert Zafy l’a, quant à lui, validé.
La question qui peut venir à l’esprit après cette réunion est : pourquoi les Malgaches n’ont-ils pas été capables d’initier un dialogue national effectif en 7 mois de crise et qu’il ait fallu attendre l’arrivée d’étrangers pour pondre enfin quelque chose de constructif? Cela leur aurait évité de crier maintenant à l’ingérence, aussi bien du côté des putschistes que des légalistes.
Photo : Mamy Andriamasomanana au Carlton le 6 octobre en compagnie de médiateurs (Sobika)
Alain Rajaonarivony