Le séjour à Maputo de politiciens malgaches dans cette ville qu’ils semblent apprécier (voir article précédent) s’est prolongé finalement bien au-delà de leurs prévisions. Devant rentrer le lundi 7 décembre, ils se sont accordés une journée de plus, histoire de fignoler une dernière lettre à adresser au Secrétaire Général des Nations Unies et au Premier-ministre du Danemark. Finalement, Andry Rajoelina leur a donné encore plus de rab en interdisant à l’avion d’Air Madagascar chargé de les ramener de décoller. Ils ont donc été pris en charge à l’hôtel Afrin par le pays hôte et la SADC. C’est un 5 étoiles, ils ont pu profiter de l’hospitalité mozambicaine et l’été austral est agréable. Ce samedi 12 décembre, ils ont tenté de prendre le vol régulier Johannesburg-Antananarivo sans plus de succès. Les autorités de fait de Madagascar semblent décidées à leur faire mieux connaître l’Afrique du Sud après le Mozambique.
Mais quelle idée aussi d’aller dénoncer le chef de l’état désigné, au titre de l’acte additionnel d’Addis-Abeba, en utilisant soi-même les titres de co-président, de président du Congrès ou du Conseil National de Réconciliation ? Autant il est légitime pour un collectif de citoyens, comme les GTT (légalistes) par exemple, de faire signer une pétition pour alerter l’opinion sur telle ou telle dérive de l’autorité, autant un homme d’état est tenu à un strict devoir de réserve. Accuser un président, alors qu’on est soi-même co-président ou haut responsable du même gouvernement, devant des dirigeants étrangers relève de la trahison. Ce n’est pas Andry Rajoelina qui est atteint mais la nation. On aura remarqué que seules les mouvances Zafy, par sa signature et celle de son co-président Emmanuel Rakotovahiny, et Ravalomanana, par le co-président Fetison Andrianirina et le président du Congrès Mamy Rakotoarivelo se sont impliquées officiellement dans cette démarche. L’objectif était d’empêcher la présence d’une délégation malgache conduite par Andry Rajoelina au sommet climatique de Copenhague.
La victime de cet acte «d’empêchement» a réagi très vigoureusement en bloquant le retour des contestataires au pays. Andry Rajoelina a surpris ses adversaires dont la mésaventure a fait rire la population. Si le ridicule tuait encore, il y aurait une hécatombe dans la classe politique. Depuis le début de cette crise, c’est-à-dire pratiquement un an maintenant, Marc Ravalomanana a toujours sous-estimé les capacités de réaction de son jeune challenger. Ce genre de faux-pas lui a déjà coûté cher et pourrait à terme lui être fatal.
La communauté internationale, par l’intermédiaire du GIC (Groupe de contact international) s’inquiète de toutes ces dérives et appelle à «s’abstenir de toute rhétorique ou intimidations provocatrices» dans un communiqué, le 11 décembre. L’Union africaine exprime sa profonde préoccupation devant le peu de progrès dans l’avancée du gouvernement d’union nationale.
Maputo III est à l’initiative du président mozambicain et de la SADC, convaincus par Marc Ravalomanana, et non du GIC comprenant les Nations Unies, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), l’Union Africaine, l’Union Européenne, les Etats-Unis entre autres. Ses conclusions n’engagent donc pas la communauté internationale qui a demandé une réunion de «haut niveau». A priori, elle devrait se tenir le 17 décembre à Antananarivo. Le GIC s’implique pour éviter la mort des accords. Les décisions des 3 mouvances à Maputo ont entraîné une réaction d’Andry Rajoelina, tenté de nommer un Premier-ministre militaire.
Le jeu malsain et dangereux des politiciens risque d’isoler complètement Madagascar. Dans un sondage lancé par Sobika.com le 11 décembre qui a vu la participation de plus de 4000 internautes en deux jours, le dégout (39%) et la honte (45%) sont les sentiments qui prédominent. La population est profondément écoeurée de ses dirigeants, toutes tendances confondues. La désespérance est telle qu’on commence à entendre parler de soulèvement violent ou de grève générale. En ces jours de fêtes, les gens n’aspirent plus qu’à vivre normalement et veulent en finir, à tout prix ! Les Américains viennent de prévenir que si d’ici le 15 décembre, les entités de la nouvelle transition n’étaient pas mises en place, la participation de la Grande Ile à l’AGOA était compromise. Cela signifie des dizaines de milliers de chômeurs en plus.
Pendant que les Malgaches sont en train de s’humilier et de se détruire les uns les autres, sur le site pétrolier de Bemolanga, «on» travaille 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Pauvres Malgaches dans un pays si riche !
Photo1 : l’Hôtel Afrin, un 5 étoiles de prestige à Maputo.
Photo2 : Antananarivo veut tout simplement vivre. Manèges sur l’avenue de l’Indépendance.
Alain Rajaonarivony