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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 13:50

 

 

Photo 016Ce fut chaud ! Nadine Ramaroson est sortie de ses gonds. Mais la question posée n’était pas non plus très cool ! Andry Rajoelina était simplement en train de lui demander si elle préparait un coup d’état. La ministre de la population a si peu mâché ses mots que son interlocuteur a dû tenter de la calmer : «Il ne faut pas me menacer !» Mauvaise pioche en tout cas pour le président de la HAT (Haute autorité de la transition) qui s’est vu suggérer par sa ministre de décréter plutôt «un état d’urgence social» pour s’occuper des pauvres.

 

Cette «conversation» s’est déroulée le jour même où le lieutenant-colonel Charl Andrianasoviana, de son nom de scène «commandant Charl», avait mis en état d’alerte ses hommes autour du Palais présidentiel d’Ambotsirohitra. Les lance-roquettes étaient de sortie pour contrer une hypothétique attaque ce vendredi 2 avril. Alain Ramaroson, responsable de la cellule tactique de sécurité de la HAT, a été cité comme un des possibles auteurs de cette éventuelle action. Ce qui tend à prouver qu’il n’a aucune autorité sur les FIS (Forces d’intervention spéciales), qui assurent la sécurité d’Andry Rajoelina. Ce corps tristement célèbre est considéré par la Commission des Droits de l’Homme de l’Union Européenne comme une police politique.

 

Cette démonstration de force a ensuite été dédramatisée par les membres de la HAT. L’armée serait unie derrière le régime. C’est sans doute pour cela que ce 7 avril, le ministre de la défense, le général Noël Rakotonandrasana, a été démis de ses fonctions. Cet officier, commandant du CAPSAT, est un de ceux qui ont permis le basculement de l’armée en faveur d’Andry Rajoelina le 8 mars 2009 (voir article : «Attention aux erreurs d’appréciations fatales»). Il est soupçonné de tremper dans la préparation d’un coup d’état. Depuis la mi-mars, la HAT a cherché à arrêter l’ancien Premier-ministre Roindefo Monja, sans y parvenir. Il paie aussi sans doute pour le peu d’empressement des militaires à obéir à cet ordre. Ses fonctions sont désormais assurées par le colonel Camille Vital, Premier-ministre.

 

On aurait pu craindre que ce dernier ne soit surchargé de travail. Heureusement pour lui, cela fait maintenant une quinzaine de jours qu’il n’y a plus de conseil de ministres. Il est vrai que la dernière fois, Gilbert Raharizatovo, le ministre de la Culture favorable au dialogue avec l’opposition et à la réconciliation nationale, a fait une sortie qui a plombé l’ambiance. Depuis, Andry Rajoelina assure la direction du pays avec quelques proches, ceux-là même qui ont susurré le nom de Nadine Ramaroson...

 

L’ambassadeur américain, Niels Marquardt, sur le départ après 3 ans de mission à Madagascar, a profité de l’inauguration de la nouvelle ambassade ce 2 avril pour mettre les points sur les i : «Pas d’élections reconnues sans réconciliation». Il répondait ainsi à Alain Joyandet, secrétaire d’état français à la coopération, en visite-éclair le 30 mars et dont la position avait été résumée dans un communiqué : «La clé d'une sortie de crise consensuelle réside dans l'organisation et la tenue d'élections crédibles dans les meilleurs délais possibles». La France n’arrivera donc pas à rendre obsolètes les accords de Maputo et l’acte additionnel d’Addis-Abeba pour passer directement à la case «élections».

 

DSCF7918 ambassade usa

 

La nouvelle chancellerie des Etats-Unis, s’étendant sur presque 5 hectares, est la plus grande existant sur la Grande Ile. Construite aux dernières normes de sécurité, c’est un véritable bunker qu’on ne peut rater en débarquant à Antananarivo. Il se situe entre la ville et l’aéroport. Il a été terminé avec 4 mois d’avance et les Américains ont loué les compétences des ouvriers malgaches qui leur font économiser ainsi 5 millions de dollars. Le diplomate aura eu cette satisfaction après un séjour qui ne fut pas de tout repos. S’il est détesté par certains dirigeants putschistes, à qui il a dit leurs faits, il est par contre considéré un défenseur de la démocratie par nombre de citoyens et laissera des regrets

 

Depuis le 30 mars, 18 détenus politiques sont en grève de la faim pour réclamer leur libération. Ces personnes ont été arrêtées entre avril 2009 et janvier 2010 et attendent toujours leurs jugements. Andry Rajoelina prend le même chemin que son prédécesseur. L’autoritarisme de son régime est de plus en plus décrié. Il est totalement coupé de sa base. Le jeune leader prend ses décisions sans en référer à quiconque. Les ministres se plaignent de n’être au courant de rien, à l’image de celui de la défense, limogé sans avoir été tenu informé de la décision le concernant. Un groupement de la société civile demande un audit des finances publiques car les cas de corruption et d’enrichissement rapide de certains dirigeants sont trop flagrants.

 

Le cortège présidentiel se fait siffler maintenant systématiquement dans les rues de la capitale. La popularité d’Andry Rajoelina est au fond des abysses. L’enquête sur le massacre du 7 février 2009 risque de tourner en sa défaveur. La thèse de tireurs, autres que ceux de la garde présidentielle semble se confirmer. Les autopsies des victimes révèlent des calibres de balles différents de ceux des kalachnikov utilisés ce jour là par la garde. Des Mat-49 seraient à mettre en cause. D’autre part, l’attitude d’Andry Rajoelina pose aussi question. Il aurait dû monter vers le Palais aves Roindefo Monja, mais un de ses proches l’a pris à part et après leur conversation, il disparaîtra. Enfin, la chaîne de commandement a connu une faille qui se situe quelque part entre le ministre des forces armées de l’époque et les officiers. Tous ces éléments seront rendus publics en cas de procès. Si Marc Ravalomanana réclame une enquête internationale avec insistance, ce n’est sans doute pas par hasard.  

 

Le président de la HAT se trouve exactement dans la même position que son prédécesseur, il y a un peu plus d’un an : isolé et entouré d’incapables qui le poussent à sa perte. Ces derniers ne veulent pas d’un rapprochement pacifique avec l’opposition car ils profitent largement du système. Ceux qui récusent la violence sont donc mis sur la sellette. L’armée commence à prendre ses distances. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, Andry Rajoelina connaîtra sans doute à brève échéance le même sort que Marc Ravalomanana. Il n’y aura pas de coup d’état, tout juste un «changement extraconstitutionnel». Comment ça, c’est la même chose ? La seule possibilité qui reste au président de la HAT pour retourner le cours des évènements serait d’annoncer qu’il ne présentera pas à la présidentielle, comme il l’a d’ailleurs proclamé dès janvier 2009. Il se repositionnera ainsi comme responsable d’une simple transition et annihilera les accusations de dictateur en devenir. Pour être respecté, il faut se respecter soi-même, c’est-à-dire tenir sa parole ou sa signature. Le temps est court, très court, pour prendre la bonne décision. La fin de la période d’incertitudes approche très vite de toute façon. Pour le meilleur ou pour le pire !

 

Photo 1 : Nadine Ramaroson, la populaire ministre de la…Population n’est pas toujours souriante. Andry Rajoelina l’a appris à ses dépens le 2 avril. Mais quelle idée aussi de poser des questions qui fâchent ?

 

Photos 2 et 3 : La forêt de grues a laissé la place à un domaine diplomatique s’étendant sur plusieurs hectares, le plus grand implanté à Madagascar. Les Etats-Unis affichent leur intérêt et leur puissance.

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 


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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 14:31


medicis.jpgMédicis, un musicien de talent révélé par l’Alliance française, a succombé à ses blessures dans la nuit de vendredi à samedi. A la sortie d’un concert, l’accordéoniste malgache avait voulu défendre sa femme, alors qu’ils étaient attaqués dans une rue d’Antananarivo. Il a pris un coup de couteau. Triste nouvelle! L’insécurité règne désormais dans la Grande Ile. La capitale a perdu sa joie de vivre. Il y a quelques jours, c’est la police qui abattait en plein jour et en centre-ville deux bandits équipés de Mat-49, un fusil-mitrailleur utilisé par... la police. Les circonstances de cette fusillade sont tellement rocambolesques qu’on ne peut s’empêcher de se poser des questions. Mais de manière plus discrète, des épiceries, des villas, des passants dans la rue sont victimes de braquages se terminant parfois en meurtres. En plus des car-jacking pour vous délester de votre 4x4, il existe la version locale du scooter-jacking. Sur les routes nationales, les taxi-brousse roulent en convoi de 10 véhicules, ce qui ne les empêche pas d’être attaqués par des bandes armées de kalachnikovs. Dans les campagnes, ce n’est pas mieux, et un gendarme a été récemment tué après l’attaque de leur poste, toujours à la kalachnikov.

 

Madagascar était un pays tranquille, la délinquance restait dans l’ensemble à des niveaux très raisonnables. Mais cette dernière connaît une véritable explosion et une escalade dans la furie et la barbarie depuis l’avènement de la HAT (Haute autorité de transition), il y a un an. Outre le fait que des militaires se livrent désormais au trafic d’armes, la violence qui a précédé et accompagné la prise de pouvoir a contribué à détruire les repères moraux de la société. En brutalisant pasteurs, vieillards ou femmes (le pasteur Lala, négociateur pendant la crise, Manandafy Rakotonirina, un politicien de 71 ans ou la sénatrice Eliane Naika) devant les caméras pour terroriser leurs adversaires, les auteurs du coup d’état ont ravagé sans le savoir toutes les normes culturelles et les codes de conduite. La transgression des tabous a été en quelque sorte légitimée par le comportement des gouvernants. La désinhibition venant d’en haut, le retour aux valeurs morales devra aussi passer par là.

 

Pour l’instant, on n’y est pas encore ! Andry Rajoelina est dans sa bulle, avec ses proches conseillers, et continue de croire à la fiction d’une violence légitime. Menaces et arrestations sont toujours au programme. Il faudrait casser cette spirale infernale…

 

Ils se sont rendus eux-mêmes «inéligibles» par une ordonnance qu’ils ont signée le 12 mars. «On ne peut que se réjouir d'une telle décision qui vient confirmer un engagement qu'ils ont fait… trois jours après le coup d'Etat», a déclaré Saïd Djinnit, représentant du secrétaire général de l'ONU en Afrique de l'Ouest.

 

Les putschistes avaient affirmé vouloir mettre fin aux dérives dictatoriales du président élu, qui s’était fait prolonger son mandat au mépris de la Constitution, et non s’emparer du pouvoir. Ils sont en train de tenir parole. Parce qu’ils se conforment jusqu’à présent à leurs engagements, on ne parle pas de sanctions mais d’élections. Ils sont applaudis par la population quand ils sortent dans les rues de la capitale, sont reçus au Quai d’Orsay ou à la Francophonie et obtiennent le satisfecit des Nations Unies.

 

Il s’agit bien sûr des putschistes du Niger. Ah ! Vous pensiez que… ? Non, à Madagascar, il n’y a pas eu coup d’état mais «changement extraconstitutionnel» et depuis peu un «auto-putsch». Après avoir attaqué avec des blindés le Palais présidentiel devant les caméras (encore !) dans la nuit du 16 mars 2009 (voir article : «Le Président résiste»), les militaires ont contraint son locataire à la démission et à l’exil. Comme ils ont appelé les reporters internationaux, ça fait des vidéos qui se baladent un peu partout y compris dans les commissions des droits de l’homme et les réunions de diverses instances mondiales.

 

Le président justement, enfin, le «former président», a donné une conférence de presse par téléphone le 25 mars. Pendant presque une heure, en direct sur Radio Fahazavana, il a répondu aux questions des journalistes. Et il a fait allusion à la Guinée en demandant à ses interlocuteurs de suivre l'évolution de la situation dans ce pays. «Les militaires doivent prendre leurs responsabilités. Leur devise est «pour la patrie»… C’est pour cela que je leur ai transmis le pouvoir… » a-t-il argumenté.

 

«Les accords (de Maputo) sont clairs. Il faut préparer les élections mais il faut d’abord passer par une réconciliation». En attendant, l’ancien chef de l’état joue au golf ou au tennis avant de participer à des safaris. D’ailleurs, il a 12,8 de tension, ce qui est excellent pour son âge. Marc Ravalomanana a toujours su trouver les mots pour ulcérer ses adversaires. Le pauvre Andry Rajoelina, lui, court dans toute l’île, pour tenter de secourir les sinistrés du dernier cyclone et se donner une petite stature. Accessoirement, cela lui évite de rester à Tana, où il subit plus qu’il ne dirige les derniers développements de la crise.

 

DSCF8038Il a remis à l’armée 4 vieux hélicoptères Alouette II, achetés d’occasion à la Belgique ce 27 mars. Son Premier-ministre Camille Vital n’a pas réussi à monter son ersatz de gouvernement d’union nationale avec d’éventuels transfuges des 3 mouvances. Il reste donc avec la totalité de l’équipe de son prédécesseur, Roindefo Monja. C’est un Premier-ministre qui n’aura nommé aucun de ses ministres, à l’exception de celui des Affaires étrangères dont le titulaire a démissionné. Et Ravalomanana ne l’a même pas cité une seule fois durant ses différentes déclarations, ce qui l’a mortifié.

 

Sinon, en ce 29 mars, on commémore le soulèvement de 1947 contre les forces coloniales qui a fait entre 80.000 et 200.000 victimes, quelques centaines d’Européens, le reste étant des autochtones. Jacques Chirac avait reconnu la responsabilité de la France lors de son passage dans la Grande Ile en juillet 2005. Tout le monde se dispute évidemment l’héritage de la résistance et fait le parallèle avec la crise actuelle sauf… qu’on combat ses compatriotes, parfois son voisin ou sa famille. 

 

Il est temps pour les politiciens malgaches de quitter les chemins de la violence verbale, physique ou psychologique. Sinon, ils s’y perdront, et le pays avec…

 

Photo 1 : Médicis, victime d'un crime crapuleux la veille du week-end (photo Sobika)

Photo 2 : En arrière-plan, une Alouette II sur l'aire de...Radio Viva en 2008. Andry Rajoelina l'utilisait quand il était Maire.


 

Alain Rajaonarivony




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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 11:03


Touriste
 

09123-Decret-Export-Bois
Textile




















17 mars 2009 – 17 mars 2010 : Un an, ça se fête. Grenades lacrymogènes, tirs en l’air des FIS (Forces d’intervention spéciale, tristement célèbres), ce fut la fiesta dans tout Tana, de Behoririka à Anosy, Analakely ou Ampefiloha. Le but des groupes de manifestants semblait être de rejoindre le lac Anosy, quartier du Sénat…et du Carlton, point de chute habituel des diplomates. Bilan : 3 blessés.

 

Pour cet anniversaire, plutôt qu’un long discours, deux diagrammes du Rapport intermédiaire de l’Union Européenne publié le 20 février 2010 sur l’évolution de la situation économique de la Grande Ile seront plus parlants. Il s’agit de celui du tourisme et du textile mais il y en a d’autres. L’inventaire apparaît des plus négatif…

 

Le Premier-ministre de la HAT (Haute autorité de transition) a lui-même autorisé l’exportation du Bois de rose, en violation des conventions signées par Madagascar concernant cette espèce protégée. Le groupe français CMA-CGM et sa filiale Delmas qui en assure l’embarquement à partir du port de Vohémar ont beau jeu de s’appuyer sur ce genre de texte pour affirmer qu’ils sont en conformité avec les lois malgaches. Le «Kiara», bateau de la compagnie, est parti le 17 mars à destination de l’Asie avec 273 containers de bois à bord. Ce sont les biens et ressources des générations futures qui sont pillés, par une déforestation massive et durable, mais l’enrichissement rapide est à ce prix. Selon une enquête de l’EIA (Environmental investigation agency) et de Global Witness, l’abattage des bois précieux  dans les parcs et zones protégés a rapporté à leurs auteurs de 88.000 à 460.000 dollars par jour, dans les mois qui ont suivi le coup d’état. Cela fait donc des centaines de millions de dollars volés au pays. En 2003, Marc Ravalomanana s’était engagé à conserver 10 pour cent du territoire national comme sanctuaire naturel.

 

Ce scandale des bois précieux est une parfaite illustration de la trahison des idéaux de la place du 13 mai. Plusieurs membres de la HAT sont devenus millionnaires en dollars américains en très peu de temps. Les entreprises du groupe Tiko ont été détruites ou pillées pour le plus grand profit de certains dirigeants actuels mais leurs organes de propagande continuent à faire leurs choux gras des abus économiques de Ravalomanana lors de sa législature. En termes de prédation, la HAT n’a rien à envier à l’ancien président, elle fait même pire car son temps est compté. Comme le disait Nadine Ramaroson, ministre de la population, dès janvier 2009 : «Ce sont tous des affamés !» (voir article : «De la lutte des femmes au F.A.M.»)

 

Nadine-a-Antsohy-Picture_221_Medium_Large_.jpgElle est une des rares à être restée fidèle au sens de son combat. Pratiquement la dernière à être nommée, après une pétition de militants, elle a pris en charge un ministère que les précédents régimes avaient supprimé. Ses actions et son dévouement en font la seule responsable gouvernementale à bénéficier encore d’une certaine popularité. Des personnes âgées aux orphelins, elle tente d’organiser une protection sociale. Elle s’est engagée dans la défense des 6.000 petites bonnes malgaches qui travaillent au Liban parfois dans des conditions effroyables, puisque plusieurs d’entre elles ont été violées ou assassinées. Elle veut les rapatrier et engager des poursuites pénales. Mais bien des responsables du pouvoir sont loin de ce genre de préoccupations.

 

De part cette attitude, Nadine Ramaroson gêne énormément et des politiciens de tout bord, y compris au sein de la HAT, ne verrait pas d’un mauvais œil qu’elle se casse la figure. On tente de l’atteindre à travers l’entreprise de son père, la Savonnerie Tropicale, unité industrielle créée il y a une quarantaine d’années. Persécutées durant la Révolution dirigée par Didier Ratsiraka dans les années 70-80, la société et la famille ont souffert. En 2002, ils se sont engagés auprès de Marc Ravalomanana, et la Savonnerie Tropicale a accordé des facilités de trésorerie à Tiko. En retour, l’ancien président a importé du savon illicitement détaxé, le fameux «Citron Plus», sensé être fabriqué à l’Ile Maurice pour bénéficier des facilités douanières, mais en réalité produit en Asie. Le pouvoir avait même sorti une loi pour essayer d’empêcher les camions de la Savonnerie de rouler (voir article : «Conduite à droite, conduite facho ?»). Et actuellement, d’énormes quantités de savon illégalement importé sont déversées sur le marché. L’argent des trafics n’est pas perdu pour le monde et en même temps qu’il est blanchi, il permet d’éliminer un adversaire politique. De vieille souche protestante, André Ramaroson, le père de la ministre, a aussi créé le premier centre pour handicapés de la Grande Ile, les «Orchidées blanches». La sensibilité sociale de Nadine prend ses racines dans la culture familiale.

 

Comme prévu, l’Union Africaine a appliqué à l’encontre des putschistes malgaches  ce 17 mars les sanctions individuelles après leur refus d’appliquer les accords de Maputo et l’acte additionnel d’Addis-Abeba. 109 personnes, proches du pouvoir, sont touchées par l’interdiction de visas ou le gel des avoirs à l’étranger. Le rejet de la parole donnée par Andry Rajoelina aura des conséquences beaucoup plus graves que ne le pense ce dernier…

 

Le cyclone Hubert a fait des ravages : plus de 50 morts et 90.000 sinistrés en quelques jours. Des régions rizicoles sont sous les eaux. Le pays sera incapable de secourir ses citoyens malgré les bonnes volontés car la préoccupation des politiciens est ailleurs.

 

Jean-Ferrat-ajf.jpgJean Ferrat, de son vrai nom Jean Tenenbaum, vient de mourir à 79 ans ce 13 mars. Il était qualifié d’«homme fidèle», fidèle à ses convictions et à ses affections. Fils d’un immigré juif de l’est et d’une mère française, il a vu son père arrêté par les Allemands et déporté à Auschwitz alors qu’il n’avait que 11 ans. Lui-même ne devait rester en vie que par le courage et l’affection de militants communistes qui l’avaient caché. Quand il était enfant, il rêvait de voyager. C’est ainsi que devenu chanteur, il débarqua à Cuba pour 2 mois et demi en 1967, un séjour qui l’a marqué. Mais parmi ses pérégrinations, il mentionnera aussi une autre île, Madagascar. Jean Ferrat restera un sympathisant communiste, mais dénoncera la répression du printemps de Prague et chantera jusqu’au bout la tolérance et l’amour. On est toujours marqué par son vécu et l'artiste a su faire passer le message du refus de la haine apportant ainsi du baume aux cœurs meurtris.

 



Photo de Nadine : T-shirt trop grand, pantalon infâme et bottes en plastique. On est loin du Glamour mais on ne peut pas reboiser et s’occuper des pauvres en Chanel. Et pourtant, de Genève à Paris, Nadine était plutôt habituée aux 5 étoiles. Nous avons eu beaucoup de discussions au téléphone quand on lui a proposé son poste. Je lui avais conseillé de refuser pour préserver son image mais elle m’a répondu : «Qui va s’occuper du peuple ?» Avec le recul, je pense qu’elle a eu raison de prendre ce risque. La fidélité en amitié consiste aussi à le dire. Nadine fait partie des personnes de cœur dont le pays a besoin (voir article : «Où sont les grandes consciences ?»)

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 



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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 18:18


Andry Rajoelina a retenté le coup des Assises nationales. La première fois, ce fut au mois d’avril 2009, juste après sa prise de pouvoir (voir article : «Robin des Bois») et ce fut un fiasco total. L’inclusivité unilatérale sont deux termes incompatibles mais les têtes pensantes de la HAT (Haute autorité de transition) semblent avoir du mal à le comprendre.

Centre-de-conferences-Ivato-IMG_5721.jpgLes autorités de fait ont encore dépensé des millions d’Ariary pour monter un Atelier destiné à redorer leur blason le 4 et 5 mars 2010 au centre de conférences internationales d’Ivato, joujou légué par Marc Ravalomanana qui a servi à tout sauf à des conférences internationales. Ce colloque n’avait même pas l’envergure d’un dialogue «inter-partis» puisqu’il a été boudé par les principaux opposants. Les premières assises furent une grande messe pro-HAT. Cela aurait pu être encore le cas cette fois-ci. Mais en l’absence des courants des 3 anciens chefs d’état (Didier Ratsiraka, Albert Zafy et Marc Ravalomanana), la fronde fut interne. Des 912 inscrits le premier jour, ils ne furent plus que 515 à voter le second, les autres ayant montré leur mauvaise humeur en claquant la porte. 203 ont choisi le referendum constitutionnel et 308 approuvé le projet de constituante présenté par le pouvoir. Cela fait donc moins de 34% des inscrits. Et pourtant, les vrais adversaires n’étaient pas présents.

Qu’en restera-t-il sinon une humiliation de plus pour la HAT ? Car elle sera non seulement récusée par la communauté internationale mais aussi par la majorité des politiciens de la place. Même Roindefo Monja, l’ancien Premier-ministre à qui Andry Rajoelina doit beaucoup, a déclaré que «ce ne sont pas 500 personnes qui vont décider de l’avenir du pays déjà sombre». Cet entêtement a empêché les responsables de discerner que la démarche du GIC (Groupe international de contact), qui avait convoqué une réunion des 4 chefs de file du 8 au 10 mars, était en fait une dernière perche tendue. Cette session d’urgence était destinée à éviter les sanctions à Madagascar.

Andry Rajoelina a refusé de s’y rendre alors que sa présence était considérée comme impérative pour la réussite du sommet. Il avait décidé d’y envoyer une délégation composée, entre autres, du Premier ministre Camille Vital et d’Hyppolite Ramaroson le nouveau ministre des Affaires étrangères. Le GIC a tout simplement supprimé la rencontre et rendu inutile ce déplacement mais la HAT veut à tout prix présenter ses conclusions.

La RNM (radio nationale), le 7 mars, a prétendu que cette annulation était due à l’état de santé d’un des anciens chefs d’état, ce qui a obligé Didier Ratsiraka à transmettre qu’il allait bien. Il ne reste plus qu’à attendre stoïquement les sanctions individuelles qui tomberont le 17 mars.

50 ans d’indépendance ont été lamentablement gaspillés par des politiciens dont la sale mentalité semble faire école. En 50 ans, la Corée du Sud dont le niveau de développement n’était pas très éloigné de celui de la Grande Ile, a vu sa production multipliée par 50 et son PIB par 40. La fierté nationale avait poussé les grands patrons à se solidariser contre les firmes étrangères et les ouvriers à accepter des sacrifices pour faire tourner leurs entreprises et se donner une chance pour l’avenir. C’était la période du «capitalisme d’état».

A Madagascar, la démarche serait plutôt inverse. Beaucoup de sociétés locales ont subi une concurrence déloyale désastreuse et jusqu’à présent, des nouvelles entités comme Madamobil-Life dans la téléphonie ou le brasseur NBM (la bière Skol), prêtes à créer des centaines d’emplois, sont victimes de tracasseries administratives. Des collusions d’intérêts politico-économiques et des considérations politiques détruisent tout dynamisme et toute créativité. La mentalité des Malgaches ressemble plus à celle des Haïtiens que des Coréens. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Le complexe du colonisé amène à rejeter les siens. Vazaha, Karana ou Chinois peuvent faire fortune mais un Malgache expatrié est traité de «faux Malgache» par certains zélateurs du pouvoir de fait. Inutile donc d’attendre une évolution, des idées nouvelles transmises par des enfants de la Grande Ile ayant eu l’occasion de se confronter au monde extérieur.

C’est la pauvreté morale qui entraîne la misère économique à Madagascar et non l’inverse. C’est à ce point vrai que le pasteur Rajakoba, ecclésiastique et politicien farouchement opposé à Marc Ravalomanana, a fini par reconnaître que «tous les politiciens actuels ne pensent qu'à l'argent, au pouvoir et sont tous des pourris». Diagnostic tardif mais pas forcément faux.

Andry Rajoelina est entraîné à sa perte par un environnement hyper-malsain qui règne depuis 50 ans. Lui qui est sensé incarner la jeunesse et le changement applique des recettes datant des indépendances pour essayer de se faire reconnaître. Inutile de préciser quelle génération de politiciens lui sert d’inspiratrice. La gérontocratie n’est pas le reflet idéal de l’audace et de la nouveauté. Les méthodes utilisées pour tenter de donner le change datent de la Guerre froide. Depuis, même l’Afrique a évolué. Si le président de la HAT ne se ressaisit pas, c’en sera bientôt fini pour lui !

Pour revenir à notre époque, on peut saluer Sobika.com qui a lancé le fil Info en malagasy et un autre pour les infos internationales. Certains Malgaches y croient encore et veulent continuer à mettre leur pays au diapason du monde…

Photo : le centre de conférences internationales (Sobika)

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 22:37


Après le terme «extraconstitutionnel», les Malgaches doivent intégrer un nouveau néologisme : «auto-putsch». Madagascar est bien un pilier de la Francophonie et aurait mérité d’abriter le Sommet, initialement prévu à Antananarivo en 2010 et récupéré par la Suisse. Les élus helvétiques se chamaillent à cause du budget qu’il va falloir débloquer et se soucient fort peu du rayonnement de la langue française.

 

Depuis que Ny Hasina Andriamanjato a quitté le bateau, on se demandait quelle direction allait choisir la HAT (Haute autorité de transition). On est désormais fixé. C’est celle du durcissement et de la crispation, le plus mauvais choix en ces temps de menaces de sanctions et de destruction de l’économie. Le remplaçant nommé le 24 février, le vice-amiral Hyppolite Raharison Ramaroson, est moins connu pour ses faits d’armes et ses actes de courage que pour les enveloppes qu’il a touchées.

 

A sa décharge, les «primes» en tout genre sont devenues une tradition, du haut en bas de l’échelle, dans la Grande Ile. Marc Ravalomanana lui- même a révélé à ses partisans réunis au Magro le 23 février, via le téléphone, qu’il a bien octroyé des «aides financières» aux éléments des forces armées durant la crise, début 2009. Le problème, c’est que les hauts-gradés n’ont pas «redispatché» ensuite à la troupe cette «marque de reconnaissance». Mouillée par l’ancien président, Cécile Manorohanta ancienne ministre de la Défense, en charge actuellement de l’Intérieur, s’est défendue d’avoir profité de ces largesses. Du côté  des partisans du changement «extraconstitutionnel» (le coup d’état, quoi !), la distribution avait été plus équitable et cela s’est vu dans la motivation des bidasses du Capsat.

 

Le vice-amiral est bien celui qu’on voit le 17 mars 2009 à l’ECAR (siège catholique), complètement décomposé, bousculé par des militaires vociférant des propos haineux et amené à la caserne du Capsat d’où il ne ressortira que quelques heures plus tard. Ce séjour avec d’autres généraux dans cette résidence accueillante leur a permis de réfléchir et de transférer, «de leur plein gré», le pouvoir du directoire militaire à Andry Rajoelina. Il n’aurait ainsi pas voulu de la direction du pays avec ses collèges officiers généraux mais accepte sans rechigner un poste dont son prédécesseur a voulu se débarrasser par peur des sanctions internationales.On pourra ajouter à son Curriculum Vitae qu’il a inventé le terme «autoputsch» pour enfoncer l’ancien chef de l’état et se justifier de ses voltes-faces. Son visage livide face aux soldats du Capsat, et qu’on peut revisualiser en vidéo ne reflétait donc en rien son état d’esprit. Il était en parfait accord avec ce qui se passait. D’ailleurs, il avait anticipé sa nomination officielle et convoqué une conférence de presse pour annoncer sa promotion ministérielle, une hâte peut-être destinée à faire oublier les accusations de lâcheté lors du coup d’état.

 

Kaleta, un sénateur qui avait trahi le président Ravalomanana juste à temps, a déclaré : «Hyppolite Ramaroson est un officier honnête et intègre». Il a dû oublier «et courageux». Cette nomination n’a pas grand sens et s’apparente à une provocation, ridicule et humiliante pour le pays. En tout cas, ce n’est pas comme cela que la HAT s’en sortira face à la communauté internationale. Contrairement à leurs homologues africains -le Niger vient de se rajouter à la liste-, les putschistes malgaches ne veulent pas assumer leurs actes et aimeraient être acceptés comme des démocrates.

 

Andry Rajoelina n’échappera pas aux accords qu’il a signés. Par contre, il peut arguer que l’évolution de la situation peut nécessiter quelques aménagements sans trahir l’esprit de Maputo. Il sauvera ainsi la face tout en faisant valoir quelques unes de ses idées, comme de placer des législatives avant des présidentielles dans l’échéancier. Mais pour cela, il faut d’abord un gouvernement authentiquement d’union nationale. La nomination de Camille Vital pose problème aux légalistes. Andry Rajoelina peut proposer de nommer conjointement un Premier-ministre neutre, chargé de préparer les élections et qui aura en charge aussi les Affaires étrangères. Cela résoudra du même coup l’attribution de ce ministère tiraillé de partout et rentre dans une cohérence. Le nouveau gouvernement n’aura comme mission que de conduire les élections de la manière la plus transparente possible avec l’aide des partenaires et des bailleurs de fonds internationaux. Cette personne existe. Tous les chefs de mouvance ainsi que le GIC l’apprécient. Elle a aussi beaucoup d’ennemis, en particulier des proches de ces mêmes responsables qui risquent de voir leur importance relativisée.

 

D’autre part, pour éliminer toute suspicion de manipulation des élections, Andry Rajoelina devra tenir sa promesse de ne pas se présenter lui-même et l’annoncer rapidement. Et ceci malgré des conseillers avisés qui aiment abattre les cartes au dernier moment pour surprendre l’adversaire. L’heure n’est plus aux joutes stratégiques mais à la survie du pays. En faisant cela, le président de la HAT sortira par la grande porte et sauvegardera son image pour l’avenir. Et il affaiblira ses adversaires en leur enlevant plusieurs de leurs arguments principaux.

 

La crise démarrée en 2008 s’avère en final opposer des corrompus roublards à des violents, qui en quelques mois, se sont révélés aussi corrompus que les premiers. Aucun de ces deux courants ne mérite le qualificatif de «démocrate» et c’est pour cela d’ailleurs qu’ils n’arrivent pas à concrétiser une solution négociée. Si les accords ont pu être signés, c’est grâce à la pression de la communauté internationale, se faisant le porte-voix d’une troisième force qui est montée petit à petit en puissance. Il s’agit de la majorité de la population, militant pour la non-violence, le respect des institutions, et l’arrêt des abus de pouvoir des politiciens. C’est elle qui souffre des embargos, des arrêts de financements, de l’insécurité perpétrée pas des hommes disposant d’armes de guerre et souvent en uniformes, des fermetures d’usines….

 

Après la stupidité de Maputo III (voir article : «Madagascar : exceptionnel bazar de Noël»), la roublardise de trop, et la réplique d’Andry Rajoelina qui a rejeté sa propre signature, la violence de trop, les légalistes ont rampé pendant 2 mois. A partir du 17 mars 2010, ce sera au tour des putschistes, si aucune solution de consensus n’est trouvée. Pendant ce temps, le pays est plus bas que terre, mais cela n’empêche pas les membres de la HAT de tenir le verbe haut. Comme avant les sanctions de l’Agoa dont on voit les résultats maintenant.

 

Etre légaliste ne veut pas dire forcément être «pro-Ravalomanana» et justifier tous les abus de l’ancien président. Cela signifie simplement avoir le respect des Institutions, c’est-à-dire de soi-même et revendiquer l’exercice de son droit citoyen aux échéances prévues. Personne n’a donné une procuration au Capsat pour «voter» au nom du peuple. Et exiger le changement de comportement de la part des détenteurs du pouvoir n’est pas cautionner un putsch. Le vrai peuple ne se trouve pas dans les discours de propagande des uns et des autres et c’est pour cela que la communication de la HAT n’a aucun impact. Son échec tient moins aux supposées subventions de Ravalomanana à quelques sites Internet qu’à l’inanité de ses arguments. La «diabolisation» de ce dernier est aussi ridicule que sa «messianisation» par ses plus chauds partisans.

 

Le peuple malgache est beaucoup plus mature que ne le laisse penser les démocrates à la kalachnikov mais les institutions, parlement ou justice par exemple, sciemment affaiblis par les dirigeants successifs ne lui ont jamais permis de s’exprimer durablement et d’asseoir une vraie démocratie. Mais il veut reprendre ses droits. L’incapacité des putschistes à se faire reconnaître, la combativité de la diaspora qui ne faiblit pas ou la résistance de la population qui plie mais ne se rompt pas sont des avertissements aux politiciens de tout bord : Respectez le peuple ou vous finirez mal. J’ai eu l’occasion de le dire à Jean François Mancel, député UMP qui suit de près les affaires de la Grande Ile : «Les Malgaches ont pu dégager Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana. Ils peuvent faire de même pour Andry Rajoelina». 

 

Un des signes les plus tangibles de l’intégration de Madagascar dans le club des nations libres serait l’octroi du droit de vote à la partie des citoyens qui en est spoliée : la diaspora. Elle a toujours fait peur au pouvoir car on ne peut la manipuler, ni l’intimider. Marc Ravalomanana a promis en 2002 de rattraper cette injustice mais il s’est gardé évidemment de tenir parole. Feu Jacques Sylla m’avait dit textuellement dans son bureau à Ambotsirohitra, alors qu’il était Premier ministre du gouvernement insurrectionnel : « J'appuierai le droit de vote de la diaspora… ». Seul Pierrot Rajaonarivelo, parmi les prétendants à la magistrature suprême, l’a intégré dans son programme. Rappelons qu’aucune nation démocratique, petite ou grande, des Etats-Unis au Sénégal, du Mali à la France ne se permet ce déni de citoyenneté car c’est un crime contre la Constitution. Mais bon ! Au pays des «extra»… 

 

1453675621-hummer-c-est-finiPour deviser d’un sujet plus léger, parlons d’automobiles. Hélas ! Il s’agit aussi d’une mauvaise nouvelle. La production des Hummer, ces énormes 4X4 conçus à l’origine pour l’armée américaine s’est officiellement arrêtée le 25 février 2010. Le groupe chinois Sichuan Tengzhong Industrial Machines, qui devait en racheter les droits à Général Motors s’est finalement désisté. Les analystes estiment que les tensions entre la Chine et les USA actuellement (visite du Dalaï Lama à Washington le 18 février, après les problèmes de Google, le sommet de Copenhague, etc…) pourraient être à l’origine de l’échec des négociations entre les deux firmes. C’est donc un symbole de l’Amérique toute puissante qui disparaît. Personnellement, qu’un véhicule qui consomme 14 litres aux 100 kms, hyper-polluant (rejet en moyenne de 372 grammes de C02/km), ne soit plus fabriqué ne me contrarie pas outre-mesure. Mais des «défenseurs du peuple» à Antananarivo vont être profondément chagrinés. Après les menaces de sanctions, les fermetures d’usines à cause de l’Agoa, cinq depuis 2 mois et 7000 chômeurs de plus, dont 2000 rien que pour Radha Fashion fin janvier, maintenant la Hummer… C’est trop ! Heureusement, ils ont une petite consolation : leurs voitures vont devenir des «collectors»…

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 22:47


Les Malgaches sont de nouveau dans l’expectative. Les membres de l’Union africaine ont fait preuve d’un sens de l’humour (noir). Ils ont fixé la fin du délai de grâce au 16 mars 2010 pour la HAT (Haute autorité de transition). Les sanctions individuelles tomberont dès le 17 mars si le régime ne s’est pas conformé entretemps aux accords de Maputo et à l’acte additionnel d’Addis-Abeba, signés par toutes les parties. Cette date ne vous rappelle rien ? Mais si, le pasteur Lala, médiateur, traîné par son col par un militaire, l’ambassadeur américain s’engouffrant dans sa voiture, protégé par ses gardes de corps, des généraux balancés dans le coffre d’un break par des trouffions, et le chef des médiateurs, l’évêque Odon Razanakolona, regardant la scène du haut d’un balcon, le sourire en coin… C’était le 17 mars 2009, un anniversaire qui risque d’être gâché pour les tenants du changement «extraconstitutionnel».

 

Le 18 février,  pendant que l’organisation panafricaine étudiait le cas de Madagascar, au Niger, le colonel Dijibrilla Hima Hamidou dit «Pelé», 45 ans, commandant de la compagnie d’appui des blindés de Niamey, amenait ses troupes à l’assaut de la Présidence. Le chef de l’état, Mamadou Tandja, au pouvoir depuis 1999, a été proprement déposé. La Constitution lui commandait de quitter son fauteuil après deux mandats. Il l’a changé, faisant dire à ses adversaires qu’il a commis un «coup d’état constitutionnel». Les Nigériens ont eu droit en réaction à un «coup d’état» tout court ayant fait plusieurs morts. Les militaires ont promis des élections en assurant qu’ils voulaient «une transition courte prenant fin le plus tôt possible». Ces déclarations ont rasséréné les observateurs, car les putschistes admettent eux-mêmes qu’ils ne sont pas dans une normalité démocratique. En attendant, le pays est suspendu de l’Union africaine.

 

tele-france24.gifEn Côte-d’Ivoire, cela ne va pas mieux. Le président Laurent Gbagbo a dissous le gouvernement et la Commission électorale indépendante (CEI)  le 12 février. Des troubles ont éclaté devant ce coup d’éclat, qualifié de «coup d’état» par ses adversaires, car lui permettant d’ajouter du rab à son mandat normalement expiré depuis 2005. 5 personnes sont mortes à Gagnoa le 19 février à la suite de la répression d’une manifestation de l’opposition. La chaîne d’information France24 a été «suspendue» ce 22 février pour «traitement non professionnel de l'information» concernant «l'actualité politique» par l’organe ivoirien de régulation des médias.  Le président burkinabé Blaise Compaoré, tente actuellement une médiation à Abidjan.

 

C’est dans cette ambiance que Denise Epoté, de TV5 Monde, a reçu dans son émission «Et si vous me disiez toute la vérité ?» traitant de l’actualité du continent, un invité malgache, Mamy Andriamasomanana. Aussitôt après sa diffusion le 21 février, les réactions ont fait un «buzz» sur les forums malgaches, essentiellement de la diaspora. Beaucoup d’échos positifs sont remontés d’Afrique francophone, où TV5 est largement diffusée. Car le consultant du GIC (Groupe international de contact) avait replacé le cas de la Grande Ile dans le contexte global de l’Afrique contemporaine. Mamy Andriamasomanana renoue ainsi avec la tradition des penseurs politiques noirs d’avant et pendant les indépendances.

 

DSCF1966.JPGDans son exposé, Mamy Andriamasomanana considère que le modèle français en matière d’élections, héritage de la puissance coloniale, n’est pas «l’horizon indépassable» et qu’il faudrait trouver des solutions originales et spécifiques. Des législatives permettraient de mettre en place un contre-pouvoir, avec une meilleure représentation des forces réelles des composantes politiques. Et cela, avant que le pouvoir d’un seul homme ne se mette en place avec les présidentielles. Des «institutions fortes» donc, plutôt que des «hommes forts» qui ont la propension à abuser de leurs prérogatives, dans la droite ligne des déclarations d’Obama lors de son passage au Ghana. Sinon, quel que soit le président, une autre crise ne peut qu'advenir. Les législatives contribueraient ainsi à la sécurisation des institutions mais pour être crédibles, elles doivent être organisées en concertation avec l'ensemble des acteurs de manière consensuelle.

 

Ces idées sont les siennes depuis toujours mais l’actualité du «pays de ses ancêtres» les replace dans le débat d’une manière aigüe. Il a éprouvé une certaine «honte» devant les tractations pour les ministères ou les voitures de fonction après la signature des accords de Maputo et de l’acte additionnel d’Addis-Abeba. Ses compatriotes ont montré ainsi leurs véritables préoccupations, «incompréhensibles pour la communauté internationale», habituée à traiter de l’intérêt supérieur des états. Aucune des parties en lice n’a été épargnée.

 

Le site de TIM France (parti de l’ancien président) a supprimé les messages, pourtant dans les normes (ni insultes, ni appels à la violence), évoquant cette émission. Mais le dépit de voir l’ennemi juré depuis 2002 revenir sur le devant de la scène a provoqué un mouvement d’humeur anti-démocratique. Mamy Andriamasomanana disposant du nouveau numéro de portable de Marc Ravalomanana qui continue à échanger avec lui, ce genre d’attitude n’aura pas grande conséquence sauf peut-être pour leurs auteurs. Car la pression est de plus en plus forte sur Mamy Andriamasomanana afin qu’il quitte sa posture de réserve et s’implique davantage. .. et cela de tous côtés. La Grande Ile est en pleine détresse, comme beaucoup de membres de l’ex-empire français ayant obtenu leur indépendance en même temps qu’elle, il y a 50 ans…  Les Africains ont mal à leur démocratie !

 

Photo : Denise Epoté et Mamy Andriamasomanana sur le plateau de TV5

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 19:44


DSCF1968.JPGDenise Epoté anime l’émission «Et si vous me disiez toute la vérité ?» sur TV5 Monde où elle invite souvent des personnalités africaines de premier plan pour éclairer un pan de l’actualité du continent.

 

Pour parler la situation conflictuelle de la Grande Ile, elle a choisi Mamy Andriamasomanana, consultant du GIC (Groupe international de contact). Fin analyste d'une crise qu'il a suivi de bout en bout, ce dernier connaît personnellement aussi bien Marc Ravalomanana qu’Andry Rajoelina.

 

L’émission a été enregistrée le 12 février 2010, avant les derniers rebondissements diplomatiques et l’ultimatum de l’Union Africaine envers la HAT (Haute autorité de transition), sommée de se conformer aux accords de Maputo et à l’acte additionnel d’Addis-Abeba qu'elle a signés, avant le 16 mars sous peine de sanctions.

 

L’émission sera diffusée à partir du dimanche 21 février 2010

 

Le site de TV5 Monde pour d’autres précisions et la vidéo en ligne

 

Photo : Denise Epoté et Mamy Andriamasomanana dans les studios de TV5

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 13:11


Colonel-Richard-Ratsimandrava-assassine-le-11-fevrier-197.jpgLe 11 février 1975, le colonel Ratsimandrava, chef de l’état, appelé par le Général Ramanantsoa pour le remplacer, tombait sous les balles, alors qu’il rentrait chez lui. Sa Peugeot 404 réglementaire de la Gendarmerie était impactée de partout. Dans le même temps, la marine française effectuait des manœuvres au large de l’île dont le thème était, «un pays ami riverain de l’Océan Indien demande de l’aide». Elle n’a pas eu à le faire… A la suite de ce coup d’état ultra-violent, Didier Ratsiraka restera plus de 20 ans au pouvoir avant d’aller couler une retraite paisible à Neuilly.

 

Madagascar entame alors sa descente aux enfers. Cet assassinat sera suivi d’accidents d’avions et d’hélicoptères éliminant à chaque fois des acteurs ou témoins potentiels de cette affaire dont on ne connaîtra jamais l’épilogue. Le Palais du Premier-ministre brûlera peu après. S’il y avait des dossiers, ils ont été réduits en cendres. Mais il reste sûrement quelque part des documents…

 

2002 : moment d’espoir, Marc Ravalomanana était bien parti pour casser la malédiction avant de mal finir, comme tous ses prédécesseurs. Mais son premier mandat fut la seule occasion où le peuple pensait enfin sortir de la spirale infernale de la misère et participer au décollage économique, le fameux «take off» qui ne concernera, finalement, que la nomenklatura habituelle.

 

Le 11 février 2010, 35 ans après, à Bruxelles, au parlement européen, une élue décrit la situation de la Grande Ile : «La situation est...tragique, catastrophique pour une population qui vit avec moins de 1 dollar par jour. Nous sommes inquiets, terriblement inquiets et cette résolution d’urgence qui est consensuelle en témoigne…». Durant cette séance, le régime d’Andry Rajoelina sera condamné aussi bien en anglais qu’en français suivant la nationalité des députés qui prendront la parole.

 

Le 15 février, le directeur de la radio protestante Fahazavana, Didier Ravoahangiarison, et le journaliste Lolot Ratsimba obtenaient une liberté provisoire, au moment même où les Nations Unies à Genève débattaient des violations des Droits de l’homme dans la Grande Ile. Ils étaient en prison depuis plus d’un mois. Les représentants de l’Union Africaine ont marqué leur opposition à la HAT (Haute autorité de la transition) en pratiquant «la politique de la chaise vide» dans la capitale helvétique, ce qui est rarissime dans une réunion internationale. La ministre de la Justice Christine Razanamahasoa, faisant partie de la délégation de la HAT, a passé un très mauvais moment, Nobert Ratsirahonana n’étant pas apparu en séance.

 

2010.02.10-Defense-FIGN.jpgPendant ce temps, à Antananarivo, c’est la foire d’empoigne au sein du pouvoir et de l’armée. Des généraux de la gendarmerie s’accusent d’avoir «croqué» des «primes spéciales» d’un montant de 500 millions d’Ariary que le président Ravalomanana aurait donné en 2009, au plus fort de la crise, aux membres de la FIGN (Force d’intervention de la Gendarmerie nationale). Et les dignitaires du régime s’entredéchirent publiquement. Cette atmosphère de fin de règne n’empêche pas le sens pratique et on voit apparaître des annonces un peu particulières dans les journaux spécialisés : des recherches d’épaves de 4x4 ou de papiers de voitures régulièrement immatriculées. Il s’agit de «blanchir» les véhicules volés à l’Etat ou à Tiko avant qu’il ne soit trop tard. Le mouvement civique et pacifique qui s’est dévoyé en coup d’état laisse un goût de cendres dans la bouche des couches populaires qu’il était censé défendre. Mais tout le monde ne verse pas dans le pessimisme et certains pensent à l’avenir.

 

C’est le cas de Ny Hasina Andriamanjato, vice-premier ministre des affaires étrangères, qui a rendu publique sa démission le 11 février. Il quitterait le gouvernement car il aurait plaidé pour la mise en oeuvre des accords consensuels, que le président de la HAT refuserait sous l’influence de son entourage direct. C’est un très mauvais présage pour le pouvoir car la famille Andriamanjato a toujours su sauter à temps de la barque. Le père du partant, le pasteur Andriamanjato, maire de la capitale à l’indépendance, entretenait les meilleurs rapports avec le président Tsiranana bien que de l’opposition. Il fut ensuite conseiller de Didier Ratsiraka, président de l’assemblée sous Albert Zafy, avant de le lâcher pour se retrouver avec Ratsiraka quand l’amiral reviendra aux affaires en 1996. Il soutiendra Marc Ravalomanana en 2002 et sera dans le camp d’Andry Rajoelina en 2009 où son fils fut nommé ministre. Les revirements des Andriamanjato sont devenus une sorte d’indicateur politique.

 

En tout cas, Ny Hasina Andriamanjato échappera donc à d’éventuelles sanctions individuelles. En même temps, il peaufine son image de bon élève de la communauté internationale. Ce n’est pas lui, ce sont les autres qui sont responsables de la non-application des accords de Maputo et de l’acte additionnel d’Addis-Abeba. Norbert Ratsirahonana, conseiller du président de la HAT, est bien sûr visé. L’un et l’autre ont, de toute façon, montré leur totale inefficacité à faire reconnaître la transition par les instances mondiales. C’est une chose de pousser un jeune politicien prometteur vers un coup d’état condamnable, c’en est une autre d’en assumer les conséquences. Parmi les personnalités sollicitées pour occuper le poste vacant (et exposé) figure Mamy Andriamasomanana. Ce dernier ne serait prêt à s'impliquer que dans le cadre d'un gouvernement d'union nationale.

 

Andry Rajoelina se retrouve de plus en plus isolé, un peu comme Marc Ravalomanana à la même époque l’année dernière. Et comme lui, ses ennemis sont dans son propre camp. Il ne devrait pas trop compter sur Paris, occupée à faire oublier son soutien au putsch. Lors du 14ème sommet de l’Union africaine, qui s’est tenu du 31 janvier au 2 février à Addis-Abeba, le dossier de la Grande Ile a provoqué un incident. En pleine séance, les membres de la SADC ont reproché à Jean Ping de faire le jeu de la France. Le 17 février, les Nations Unies rendront leurs conclusions et le lendemain, 18 février, ce sera le tour de l’Union Africaine. Andry Rajoelina devrait contacter Marc Ravalomanana, par l’intermédiaire d’un ami commun par exemple, avant qu’il ne soit trop tard et conclure avec lui une solution malgacho-malgache. Sinon les sanctions de la communauté internationale décideront à leur place…

 

Photo 1 : Le colonel Richard Ratsimandrava, saint-cyrien, assassiné à 44 ans le 11 février 1975 par une coalition d’officiers félons et de membres de la haute-bourgeoisie corrompue, soutenus par une puissance étrangère.


Photo 2 : un barrage érigé par la FIGN devant leur caserne le 10 février 2010 pour parer à une éventuelle attaque. Depuis la mort du colonel Ratsimandrava, la gendarmerie a suivi la même «évolution» que le pays : toujours plus bas… !

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 16:45



C'était il y a une année, un siècle, c'était il y a un jour, et c'est aujourd'hui encore.

Aussi longtemps que la réalité l'impose, des âmes perdues et apeurées seront parties.
Des enfants de la République que l'on a arrachés à leur mère, des maris qui ont promis à leurs moitiés de les accompagner pour le meilleur et pour le pire, des pères qui protégeaient leurs familles malgré la fragilité du cristal de vie.

Tous ces hommes et ces femmes ont été mis au monde par des matrices autant bienveillantes que possible, ces mères sur lesquelles reposait la lourde responsabilité de faire grandir des Hommes... ont perdu leurs enfants, leurs tripes, et vont mourir deux fois, la seconde sera leur dernier souffle, la première mort c'est de perdre son sang, son Soi.

Rendez-vous compte de l'errance insoutenable dans laquelle se trouvent vraisemblablement ces âmes gaspillées, les combats de coq n'ont pas cessé, le pouvoir déraisonne l'homme, le persécute et le laisse insensible, comme irréel.

"Qui à ce jour, mais qui dira que les vies perdues sont le prix à payer, et où retrouve-t-on la voix du Sage, celle du Tuteur, celle de ces âmes, où trouve-t-on la Morale, Andriamanitra... qu'avons-nous fait..."

Quittons les questions bassement terre à terre, élevons le débat au plus haut puisqu' il nous dépasse déjà.
Comment ne pas pleurer de rage, de honte, de douleur, pour ce que nous avons fait.
Oui je dis "nous" car dites-le vous bien, des tenants aux aboutissants nous sommes responsables, coupables, il n'y a pas de fumée sans feu et chaque homme a allumé son brasier, tout jugement viendra à temps et jamais nous n'aurons assez de Pouvoir, de coeur et d'esprit pour rattraper l'irréparable.

Si les petites idées étau de certains hommes ont décapité des vies,
Si ces petits hommes se disent bienfaiteurs et Pères de la Nation,
Si ces petits pas en avant et ces grands pas en arrière, d'aveugles à mille à l'heure ont projeté des vies un mur en pleine face,
Si la seule issue était de trouver la mort,
Si le petit homme s'est pris pour Dieu, à reprendre la Vie,
Si la souffrance et la répression sont nos seuls refuges donnés...
Si le ventre doit être vide un peu comme un signe héréditaire.
Si les petits hommes ont fortune, croix et qu'ils aiment leurs enfants...
...
Dites à leurs enfants qu'ils ont été trahis.
Que mon fils est ton fils,
Que mon sang est à même le sol,
Qu'ils m'ont tout pris,
Que je te regarde et que je ne te laisserai jamais plus,
Que ta peau sera aussi un jour la mienne,
Que ton coeur sera à la place du mien, et que je l'aurai à mon tour au creux de ma main.
Et que à travers toi - petit homme, je vivrai jusqu'à ce qu'à ton tour, tu fermes les yeux.

Hommes d'hier ne dansez pas sur cette marche de requiem de ce furieux Samedi Rouge.
Hommes de demain, n'ôtez pour rien au monde de vos inconscients collectifs ce pour quoi vous êtes.
Hommes de demain tenez vos promesses enfin.
Redonnez à nos enfants ce qui leur a été confisqué.
La simplicité d'être vivants, libres et aimés.
Comme le Tout Puissant nous a aimés.
Si on nous avait dit qu'au bout du chemin de blanc nous serions vite embaumés,
Si on nous avait dit qu'on avait tort d'être ensemble et de se faire confiance, et que cela ne serait que pour seule fois dans notre vie...
Nous ne sommes pas des âmes jetables.
Si seulement on nous avait dit que les petits hommes se déchiquetteraient nos peaux.


Et si maintenant tout ces gens disparaissaient comme le moment instantané qui nous a percé la chair.
Alors nous serions en paix,
Ici bas ou au Ciel,
Ce que nous voulons c'est avoir la Paix,
Vivre en Paix et grandir.
Mourir en Paix et s'élever.


Erika Colognon Blog 08.02.2010Erika Cologon 

 

Erika Cologon est journaliste, basée à Dakar et attachée à ses racines malgaches






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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 11:40


Bingu wa Mutharika[UNSET]L’Union africaine a donc réussi à se débarrasser de son charismatique mais encombrant président, le colonel Mouammar Kadhafi, qui se voyait un peu comme le roi du continent. Le Guide a cédé sa place le 31 janvier 2010 avec quelque amertume. Bingu wa Mutharika, chef d’état du Malawi, lui a succédé, au nom de la tradition non écrite de la présidence régionale tournante. Le dirigeant libyen avait pris l’habitude de parrainer les putschistes, de la Mauritanie à la Guinée en passant par Madagascar au grand dam de Jean Ping, fervent partisan du respect des Constitutions. Ce changement tombe au plus mal pour la HAT (Haute autorité de transition) malgache. Kadhafi était un des rares chefs d’état à avoir reçu Andry Rajoelina. Cette visite en Libye (voir article : «Les voyages forment la jeunesse») a d’ailleurs été présentée à l’époque comme le début de la reconnaissance internationale par le régime. Et le chef de la transition, tablant sur une réélection du Guide, avait prévu d’aller le voir de nouveau. Le voyage a été annulé.

 

L’actualité de ces derniers jours a montré combien Madagascar est devenu dépendant de l’extérieur et n’est plus maître de son destin depuis l’avènement de la HAT. L’exemple venant d’en haut, Andry Rajoelina s’est éternisé à Paris sans en informer les Malgaches au point que la diaspora était plus au fait de ses propos et gestes que certains hauts responsables de l’état. Il a tenté de trouver dans l’Hexagone un contrefeu à ce qui venait de se passer à Addis-Abeba. Car avec l’avènement du Malawi à la tête de l’UA, la SADC reprend aussi la main dans les négociations inter-malgaches. 

 

Le passage du président de la transition unilatérale le 2 février devant les groupes d’amitié parlementaires à l’Assemblée nationale et au Sénat, devant quelques élus, n’a rien du triomphe diplomatique décrit par la propagande. Il y a d’ailleurs eu un échange avec le Quai d’Orsay et les responsables du Sénat ; La visite pouvait se faire à condition que le gouvernement français ne soit pas officiellement impliqué. Jean-François Mancel, un des députés UMP qui a reçu Andry Rajoelina avec sympathie, précise : «Notre but en tant que groupe d’amitié est de recevoir amicalement. Mais il ne rentre pas dans nos attributions de sortir des communiqués (au nom de l’Assemblée)… ». Il a simplement apporté des appréciations personnelles sur la situation. Le Parlement français compte plusieurs centaines d’élus dont un grand nombre sont hostiles, par principe, à tout coup d’état. En cela, ils sont en phase avec la position officielle de la France.

 

Deux jours après, le 4 février, toujours à Paris, a eu lieu un colloque économique sur Madagascar organisé par UBI France (établissement public de soutien aux entreprises), avec la participation de l’ambassadeur français Jean-Marc Châtaigner et des responsables de Total et d’Orange. La ligne de défense adoptée par l’Hexagone, accusée d’ingérence, est apparue assez clairement à cette occasion. L’ancienne puissance coloniale est à Madagascar pour des raisons «affectives», étant donné les liens historiques, les importantes communautés de part et d’autre, ainsi que les valeurs communes. Mais Madagascar ne représente qu’ «1/1000ème du commerce extérieur français» et les «journalistes malgaches qui citent toujours les mauvais intérêts (économiques et géostratégiques)…se trompent». Dont acte ! On passera donc pudiquement sous silence l’intervention de Nicolas Sarkozy auprès d’Angela Merkel, la chancelière allemande, pour lui demander de transmettre un message à Marc Ravalomanana alors en voyage officiel à Berlin en 2008. Ce dernier a changé son agenda pour passer par Paris. Le contrat entre Total et l’état malgache fut finalisé cette année là. De même, on ne parlera pas de la base de Diego-Suarez. L’US Navy devait assurer la sécurisation de Madagascar lors du sommet de l’Union africaine, regroupant des dizaines de chefs d’état, prévu en juillet 2009. Le renversement du président élu est arrivé juste à temps…

 

Quand le responsable de Total a annoncé lors de ce colloque que sa société avait l’intention d’investir entre 9 et 13 milliards de dollars à Bemolanga à l’horizon 2019,  un participant a demandé malicieusement si c’était aussi un investissement «affectif» (en fait, il s'agissait de Solofo Rafeno, dont le blog est en lien)… La France a maintenu sa coopération militaire avec la HAT (voir article : «Coup d’état : les vrais enjeux»), ce qui a entraîné une remarque au vitriol des Etats-Unis. Amnesty International vient de rappeler ce 4 février la vraie nature de ce régime en demandant une enquête sur le massacre du 7 février 2009 mais aussi sur la période qui a suivi. Avec l’arrivée d’Andry Rajoelina au pouvoir le 17 mars, «ces violations n’ont pas diminué…les forces de sécurité…sont fréquemment intervenues pour disperser des manifestations de l’opposition, et il y a eu des morts et des blessés… » 

 

lciSur LCI, une télévision française, le lundi 1er février, le président de la HAT s’est fait descendre sans même s’en apercevoir. Il a été traité de «putschiste» et globalement, cette prestation a été plutôt négative pour son image. Lors de son interview dans l’Express du 2 février, Andry Rajoelina a accepté la possibilité du retour de Didier Ratsiraka à Madagascar, pas celui de Marc Ravalomanana. Pourquoi ? Les arguments sécuritaires et les troubles possibles ne tiennent pas, les violences étant plutôt actuellement l’apanage du régime. TanaNews a cité les propos d’Alain Ramaroson, responsable de la sécurité de la HAT : «Je ne suis pas derrière les arrestations arbitraires, ni les envois de milices pour intimider mes adversaires». Quels que soient les responsables, cette déclaration confirme que ces pratiques existent bel et bien.   

 

7-fevier-2010-memorial.jpgOn pourrait alors voir dans le refus de Rajoelina une peur de la popularité de l’ancien président. Les dirigeants de la HAT sont perçus de plus en plus par l’opinion comme inféodés à l’ancienne puissance coloniale. Que l’actualité malgache se passe à Paris pendant presque deux semaines, au moment même où la communauté internationale examine les propositions des politiciens en conflit, ne va pas la dissuader du contraire. La chute pourrait être dure mais certains ont déjà préparé leurs arrières. Les quelques patriotes convaincus qui sont encore dans la HAT risquent d’être les cocus de l’histoire,… comme Roindefo Monja le 7 février. Sur ce tragique évènement, je vous conseille de vous reporter encore à un article de TanaNews qui recense les enquêtes, les vidéos et les analyses du Net, car d’enquête officielle, il n’y en aura pas… Pour tous ces pauvres gens tués, blessés ou disparus, il restera la journée commémorative comme celle d’aujourd’hui pour en rappeler le souvenir.

 

Photo 1 : Bingu wa Mutharika, dont la présidence à la tête de l’Union Africaine est crainte par la HAT

Photo 2 : le journaliste Vincent Hervouët, lors de son émission, le «Journal du Monde», a éreinté Andry Rajoelina

Photo 3 : cérémonie du souvenir le 7 février 2010. Une pierre en hommage aux blessés et aux disparus…mais toujours pas d’enquête.

 

Alain Rajaonarivony




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