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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 12:53


Le capitaine Moussa Dadis Camara devient infréquentable. Ce 16 octobre, le gouvernement français a invité ses 2500 ressortissants à quitter la Guinée car selon Alain Joyandet, secrétaire d’état à la coopération, «on ne sait plus qui peut assurer la sécurité des civils». Depuis le massacre du 28 septembre, où 50.000 contestataires réunis dans un stade ont été pris sous le feu de l’armée et de la police, faisant au moins 157 morts et un millier de blessés, la situation n’a cessé de se dégrader. Il est désormais impossible de circuler la nuit dans la capitale, des hommes en uniformes vous y dépouillent et vous agressent.

 

Le putschiste, qui avait pris le pouvoir à la mort du «président général» Lansana Conté le 22 décembre 2008, avait promis de ne pas se présenter aux élections présidentielles prévues pour janvier 2010 avant de se raviser. Sa volte-face a conduit à cette vague de protestations réprimées dans le sang. Quelques jours avant cet épisode tragique, Patrick Balkany, un proche de l’Elysée, affirmait que la candidature de l’officier «ne posait pas de problème» car c’était son droit comme  pour tout autre citoyen. Cette déclaration était en contradiction avec les positions officielles françaises.

 

Les atermoiements de la politique africaine de l’Hexagone ont été relevés par «Le Monde» dans un article en date du 16 octobre intitulé «L’ambiguïté française face aux régressions démocratiques sur le continent africain». L’ancienne puissance coloniale semble avoir la nostalgie des réseaux Foccart. Mais outre que 2009 n’est pas 1960 (remarque déjà valable en 2002 lors de la crise malgache de l’époque), il y a une différence psychologique de taille. De Gaulle était reconnaissant à l’Afrique de lui avoir donné la première capitale de la France Libre, Brazzaville, en 1940. Jacques Chirac adore le continent noir et y entretient des amitiés fortes. Nicolas Sarkozy a, le moins qu’on puisse dire, fourni relativement peu d’efforts pour y être apprécié. La France dispose de moins en moins de relais efficaces malgré la présence dans la cellule Afrique de quelques vieux baroudeurs. Les amitiés personnelles au plus haut niveau ont souvent sauvé les intérêts français.

 

La Guinée est un exemple caricatural du changement d’époque en Afrique. La France a voulu sauvegarder ses positions en rentrant dans les bonnes grâces de Dadis Camara. Avec la dégradation de la situation, elle se retrouve maintenant en porte-à-faux avec ses idéaux démocratiques partagés par ses partenaires européens. Il y a 30 ans, on aurait pu taire les informations et minimiser l’ampleur des répressions. C’est devenu impossible avec la globalisation, la multiplicité des sources et l’accélération de la transmission des données, y compris les vidéos prises par téléphone portable et diffusées par Internet. Au moins l’Afrique a avancé dans ce domaine, rendant caduque la formule si commode auparavant, «nous ne savions pas !». La Chine, moins regardante ou moins hypocrite en matière de droits de l’Homme, a signé un accord de partenariat dans le domaine minier pour 7 milliards de dollars avec la junte au pouvoir, le jour même où la France demandait à ses ressortissants de partir. Cela s’appelle perdre sur les deux tableaux, sa crédibilité de démocratie (comment donner des leçons après avoir fait preuve de complaisance) et son influence économique.

 

La dérive incontrôlable des putschistes guinéens devrait rendre la France beaucoup plus sensible dans le traitement du cas similaire de Madagascar. Certains décideurs français avaient soutenu Andry Rajoelina dans sa démarche. Ce dernier était bien parti, soutenu par une partie non négligeable de la population, excédée par les dérives autoritaristes de Marc Ravalomanana. Mais les Malgaches ne voulaient pas d’un coup d’état. Pour la plupart des contestataires, il s’agissait d’un rappel à l’ordre. Le président devait tout au peuple. Il avait l’obligation de prendre en considération ses desiderata, une démocratie et une justice sociale effectives. Ils exigeaient aussi la fin de ses abus, dont certains vraiment puérils, comme l’achat d’un Boeing 737 de luxe à 60 millions de dollars, juste pour frimer devant les collèges de l’Union Africaine lors d’un sommet prévu en juillet dernier, alors que le Smig demeure à 30 Euros. On était loin là du contrat passé avec la population, qui s’était sacrifiée pendant 6 mois de grève générale, en 2002.

 

La précipitation de l’ambassadeur français fraîchement nommé au palais présidentiel le lendemain du coup d’état a été interprétée comme l’officialisation d’un soutien aux putschistes (voir article : «ce n’est pas encore le mot de la fin»). Les membres de la HAT (Haute autorité de transition) ne se sont pas privés de s’en prévaloir. Depuis, les positions de l’ancienne puissance coloniale semblent osciller entre les valeurs de la France et celles, incompatibles, de la Françafrique, au gré des déclarations officielles ou officieuses. Du moins elles sont ressenties comme telles par des Malgaches dont beaucoup sont demeurés francophones et francophiles mais qui ne supportent plus l’ingérence, d’autant qu’elle n’est pas spécialement inspirée. Le meilleur moyen pour la France de ne pas commettre d’impair et de garder une certaine influence est d’accompagner les démocrates et la démocratie.

 

Andry Rajoelina a largement démontré ses limites et ses compatriotes ne l’éliront sûrement pas comme futur président. Sa popularité est en chute libre. Son épouse s’est fait huer par le public lors du match international de basket opposant la Grande Ile au Mali le 16 octobre. Même comme chef d’état transitoire, il a du mal à s’imposer dans son propre camp. Le recours déposé auprès du Conseil d’état par Roindefo Monja, le premier ministre de la HAT, a suspendu la nomination d’Eugène Mangalaza comme nouveau premier ministre. C’est une petite victoire psychologique pour ce compagnon de la première heure (du coup d’état), sacrifié au nom du partage du pouvoir nécessaire dans le cadre des accords de Maputo. Andry n’est pas le plus pourri, mais outre ses problèmes (réciproques) quasi-oedipiens avec Ravalomanana, les plus retors de son camp l’ont entraîné loin du chemin du dialogue dans lequel il tente désespérément de revenir. Andry Rajoelina n’apparaît plus comme le représentant incontournable de la HAT, et par conséquent ne devrait pas nécessairement être le nouveau président de la nouvelle transition.

 

Pauvres mais fiers, voire orgueilleux, les malgaches sont aussi très rancuniers. Ce qui se passe maintenant aura des conséquences dans quelques années. Les Français ont été pris de cours en 1972, après la réélection de Philibert Tsiranana, pro-français s’il en était. Ils ont été surpris de la résistance des Malagasy en 2002 alors que Didier Ratsiraka semblait tenir tous les leviers, y compris l’armée. Dans les deux cas, ils ont dû réviser en catastrophe leur analyse. Dans sa conférence de presse par téléphone le 18 octobre, Marc Ravalomanana a tendu la main à la France, après l’avoir mise en cause avec quelques raisons. «Ce n’est pas dans votre intérêt que Madagascar soit déstabilisé… on peut travailler ensemble mais il n’est plus question de domination» a-t-il déclaré, répondant à un journaliste. C’est une opportunité pour la diplomatie française de sortir du bourbier de la HAT et de retrouver des relations normalisées avec la Grande Ile.

 

Photo : Les présidents Jacques Chirac et Marc Ravalomanana à Madagascar en juillet 2005

 

 

Alain Rajaonarivony 

 

 

 

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Published by Alain Rajaonarivony
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commentaires

achille52 20/10/2009 07:27


un très bon article, mais est-ce qu'on peut espérer des élections transparentes dans ce conditions, j'en doute fort. La France se croit toujours en période coloniale, et son sentiment est que la
majorité des pays africains sont incultes. Et qu'il vont pouvoir faire comme avant, et que personne n'en dira. La farouche résistance des légalistes les a surpris, car aucun pouvoir n'a été
contesté aussi rapidement.


Kudeta 19/10/2009 17:11


A pripos de Rajoelina: "mais outre ses problèmes (réciproques) quasi-oedipiens avec Ravalomanana"

Rajoelina devrait s'installer définitivement dans la capitale française, ville où il y a le plus de psychanalystes au M² dans le monde, pour soigner correctement ses névroses graves qui font du
tort à tout un pays !