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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 09:59

 

 

2008.12 CONECS-TGV-FCD

 

 

Pourquoi le bateau a-t-il explosé, en faisant 7 morts parmi les sauveteurs, se rajoutant aux autres victimes, et un huitième qui décédera quelques mois plus tard des suites de ses blessures ? Pourquoi les commissions d’enquête officielles n’ont-elles pas rendu leurs conclusions au bout de 13 mois et n’ont fourni aucune réponse aux demandes des familles ? Pourquoi l’épave du bateau a-t-elle été détruite sur ordre d’une haute personnalité alors que les gendarmes la gardaient comme élément de preuves ? Autant de questions qui auraient pu titiller les analystes et les journalistes quand Alain Ramaroson a fait sa fameuse déclaration et balancé des noms le 28 septembre (voir article : «Premières révélations sur l’assassinat de Nadine Ramaroson»).

 

Ces éléments qui sont des faits auraient pu très facilement expliquer la démarche de l’oncle de la ministre dont la disparition tragique n’a jamais été élucidée. Mais apparemment, à Madagascar, l’état d’esprit (et du pays) est tel qu’il devient difficile de voir le fonds pour ne s’attacher qu’à la forme et à la personnalité des acteurs.

 

Concernant ces fameux acteurs justement, les personnes qui s’estiment injustement «déshonorées» auraient pu rendre la monnaie de sa pièce à Alain Ramaroson par une démarche très simple. Il leur suffisait d’introduire une plainte en «diffamation» qui, on n’en doute pas, aurait été examinée très vite car on connaît la célérité de la justice quand il s’agit de défendre les intérêts du régime. Le «diffamateur» aurait alors été condamné très lourdement au vu et au su de tous et l’affront lavé de belle manière. Oui, mais voilà ! Ce dernier aurait pu apporter ses «preuves» pour se justifier et c’est ce que le pouvoir veut à tout prix éviter. Cela fait plus d’un an que ces dirigeants tentent d’étouffer l’affaire et veulent faire oublier jusqu’à l’existence de l’ancienne ministre. Certaines cérémonies de commémoration de sa disparition le 28 août ont été soient interdites, soient sabotées (voir article : «28 août : Nadine»).

 

Hajo Andrianainarivelo, vice-premier ministre chargé de l’Aménagement du Territoire et du Développement, a profité d’un conseil de gouvernement, en l’absence d’Olga Ramaroson, ministre de la Population et des Affaires sociales et accessoirement la femme d’Alain, pour contrattaquer. Le 2 octobre, il obligeait ses collègues à se montrer solidaire de lui dans une déclaration en se présentant comme une victime touchée dans ses droits car son nom a été cité. Mais il s’est bien gardé de saisir la justice. Outre que ce n’est pas le rôle du gouvernement de sortir ce genre de communiqué, que venaient faire les ministres légalistes dans cette galère ?

 

Pour le général Ravalomanana, cela a été plus radical. Il a fait appel aux responsables des forces armées pour faire une déclaration de soutien mais de plus, il a fait effectuer une perquisition illégale dans l’après-midi du 2 octobre au domicile d’Alain Ramaroson, responsable de la commission «Défense et sécurité» à la Chambre haute, et de son épouse, elle-même ministre. Pour mieux couvrir encore l’officier, Andry Rajoelina a limogé en mode express le commandant de la gendarmerie Wilfrid Bruno Razafindrakoto pour mettre à sa place le Général Ravalomanana, nommé en conseil des ministres dès le 3 octobre. Ce dernier aura donc eu une carrière fulgurante. Colonel au moment du coup d’état, il devient dans la foulée Général, passant devant tous ses collègues des promotions plus anciennes et qui seront désormais sous ses ordres. Cela s’appelle une promotion «TGV», qui est un peu à la HAT la «promotion canapé» pour la Poste française, dans le film du même nom. La première mesure qu’il prendra sera d’enlever les 9 gendarmes qui étaient les gardes-de-corps d’Alain Ramaroson en tant que haut responsable du pouvoir. Et il s’est payé la coquetterie de dire que le travail de détective privé est encore interdit à Madagascar. En clair, cela signifie que si l’état ne veut pas faire d’enquête, vous n’avez plus que vos yeux pour pleurer car vous n’avez pas le droit de rechercher la vérité vous-même…

 

Seule l’une des personnes citées, Riaz Barday, ne s’est pas encore fait entendre. A un représentant d’Andry Rajoelina en France, qui m’a appelé pour me demander pourquoi «Alain Ramaroson faisait cela alors qu’on a tous lutté pour le changement ?», j’ai répondu : «De toute façon, le problème d’Alain sera bientôt réglé, dès que le pouvoir et ses amis karana l’auront assassiné». C’était un peu une réaction d’humeur qui m’a valu des dénégations mais des informations font bien état d’une volonté de l’éliminer physiquement, car il est devenu désormais incontrôlable depuis l’assassinat de sa nièce.

 

Car Alain Ramaroson a changé. A l’époque, j’avais dénoncé les «milices» et les violences qui ont été perpétrées (voir par exemple l’article : «Merci, commandant Charl !»). Je ne pouvais accepter des atteintes aux droits humains ou des injustices même si c’est pour combattre d’autres injustices. Car un coup d’état n’arrive jamais par hasard. Il est souvent la conséquence d’une dégradation de l’état de droit, bafoué par ceux qui sont sensés en être les garants et qui affaiblissent sciemment les institutions pour mieux exploiter le pouvoir à leur profit. Depuis la mort de Nadine, Alain Ramaroson s’est aligné sur les idées de sa nièce : terminé les déclarations politiques radicales, place aux priorités sociales, avec un discours plus posé et plus conciliateur. Les prises de position publiques sur l’impossibilité du retour au pays de l’ancien président Marc Ravalomanana (qui a persécuté sa famille) ont disparu, au grand désarroi des faucons de la HAT qui avaient l’habitude de s’appuyer sur lui. Ce changement devenait visible au fur et à mesure, dans son comportement et ses paroles. Alain Ramaroson n’est plus celui qu’on appelle pour les «coups durs» et les «coups bas» du régime et ses états d’âme ne sont guère appréciés par les dirigeants. S’il arrive à survivre, les idées de Nadine ne seront pas tout à fait remises aux oubliettes…

 

TOKANONO capturée le 15.9.12

 

 

Photo 1 : Andry Rajoelina, jeune maire d’Antananarivo, sympathique mais en état de faiblesse total devant le Président Marc Ravalomanana, était très content d’avoir Nadine et Alain Ramaroson pour le défendre. Ils étaient en permanence menacés d’arrestation. J’ai publié cette photo le 27 décembre 2008, dans l’article : «2009 : une chaude ambiance tropicale». Depuis, le jeune homme s’est émancipé, s’est trouvé d’autre «amis» et a fait bien pire que son persécuteur…

 

Photo 2 : Tokanono, la supposée devineresse de Remenabila, le chef des Dahalo (voir article : «Guerre des Dahalo et minerais stratégiques»). On ne sait pas quelles charges pèsent sur elle (détenir des gris-gris n’étant pas un délit), mais elle a été exposée comme une bête devant des hommes en uniforme qui n’ont pas compris que cette photo était leur honte. Peu de journalistes se sont posé des questions sur la présomption d’innocence ou le respect de la dignité humaine avant de publier la photo. A la place du colonel Lilyson, je me méfierai. Quelques politiciens d’Antananarivo seraient très heureux de le décorer à titre posthume pour le courage qu’il a montré au combat…

 

 

Alain Rajaonarivony

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