Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de Alain Rajaonarivony
  • Contact

Profil

  • Alain Rajaonarivony

Recherche

9 janvier 2021 6 09 /01 /janvier /2021 18:02

 

 

Photo 1 : Borne typique sur le chemin de Compostelle avec la coquille Saint-Jacques. Compostelle est encore à 1310 kilomètres

 

Le chemin, ce sont aussi des rencontres extraordinaires! Alors qu’en pleine canicule, nous nous retrouvons  au milieu des champs avec nos gourdes vides, nous apercevons une ferme à l’horizon. Nous y allons demander un peu d’eau en faisant le tour des bâtiments. « Vous vous êtes trompés d’entrée. Nous avons laissé de l’eau fraîche et des fruits de l’autre côté, sur une table, pour les pèlerins » nous dit la première personne qu’on croise. Deux familles y sont en vacances. Sachant que leur lieu de villégiature se trouve sur l’itinéraire de Compostelle, et voyant le soleil taper, ils ont mis une table sur le bord du chemin avec de l’eau dans une glacière, des fruits, des tomates et des petits sandwichs pour les pèlerins de passage. C’est une divine surprise car nous étions un peu désespérés. Les enfants vont nous apporter des légumes du jardin. Nous laisserons un petit mot reconnaissant sur leur cahier, comme d’autres pèlerins avant nous, et nous reprendrons la route, encouragés et plus en forme. Il y a des rencontres qui vous réconcilient avec l’humanité !

 

Photos 2 et 3 : L'hospitalité et les enfants sur le chemin. Juste rien à dire....🧡

 

Tout le long du chemin, qui est d’abord une démarche spirituelle, j’ai encore appris de l’histoire de France. Nous avons traversé des régions où les Protestants ont été persécutés et massacrés après la révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV, région où ils étaient pourtant majoritaires. La monarchie et le catholicisme, c’était le mariage du sabre et du goupillon. Louis XIV va interdire les cimetières paroissiaux aux Protestants car ils faisaient partie de « la Religion Prétendue Réformée ». Ces derniers n’ont pas de croix sur leurs tombes souvent simples, parfois clandestines, juste signalées par un arbre. Pour signifier leur foi, ils mettaient des versets bibliques sur leur stèle. Sur l’une d’elle, je retrouverai un verset cher à un ancien président malagasy : « Ne craignez point, croyez seulement », Marc 5 : 36.

 

Photo 4 : Les tombes des Protestants sans croix sous Louis XIV. Ils mettront des versets bibliques.

 

Des Protestants français, j’en ai retrouvé, il y a trois ans, en Afrique du Sud où je m’étonnais du nom français d’une de mes interlocutrices. Elle m’expliqua alors que ses ancêtres étaient français, qu’ils ont dû fuir en Hollande, d’où ils ont été expédiés en Afrique, avec interdiction de parler leur langue maternelle, le français. Un grand nombre de Blancs d’Afrique du Sud sont descendants de Huguenots français. Les historiens s’accordent à dire que la France a perdu une partie de ses forces vives à l’époque, avec le départ de ces artisans et paysans durs à la tâche. Mais ils contribueront à faire de l’Afrique du Sud le pays le plus riche du continent.

J’ai repensé à la Grande Ile où les églises catholiques et les temples protestants se côtoient dans tous les villes et villages. Au moins, les Malagasy auront évité une guerre de religions. Après l’indépendance,  les responsables spirituels regroupés au sein de la FFKM (Fédération des églises) ont souvent joué le rôle de modérateurs et de réconciliateurs. Mais en 2009, il y a eu un couac. J’ai été marqué en particulier par le sourire d’un prélat catholique à l’arrestation musclée du pasteur Rasendrahasina par le « commandant Charles » (voir article : « Unité et réconciliation : Charles et Ra8 »), qui signera le coup d’état. Depuis, cet ecclésiastique semble avoir fait son mea-culpa en appelant à « l’arrêt de la vengeance ».

 

Photo 5 : Des vignes et une église au loin. On change de paysage au fur et à mesure que l'on avance.

 

La bonne compréhension et l’application des Evangiles (qui signifie simplement en grec « Bonne nouvelle » - l’annonce de l’Amour de Dieu pour les humains -) entraîne normalement un changement de mentalité. Compassion, amour du prochain, respect, en particulier de la vie humaine, humilité, droiture et courage ou fidélité à ses idéaux deviennent les marqueurs qui changent l’individu avant de changer la société. Ce sont de telles personnes dont Madagascar a besoin pour sortir de sa misère morale et économique. Aller à l’église tous les dimanches ne suffit pas, il faut vivre ces valeurs au quotidien.

Pour l’instant, Madagascar, qu’on disait « béni des dieux » est devenu le 4ème pays le plus pauvre du monde depuis 2013 et est en passe de glisser à la seconde place. Pendant ce temps, 73,5 kilos d’or, d’une valeur de 4.5 millions de dollars ont été interceptés par les autorités sud-africaines le 31 décembre 2020 à l’aéroport Oliver Reginald Tambo (ou OR Tambo) de Johannesburg. Ce sont trois Malagasy qui les convoyés en avion privé. Normalement, les vols sont interdits à cause de la pandémie de Covid-19, les douanes malagasy n’ont rien vu, la police des frontières non plus, pas plus que le ministère des mines, etc… Normal !...😁 Il est vraiment temps de changer de paradigme.

 

Photo 6 : Le New-York Post relate l'affaire des 73,5 kilos d'or. Madagascar est connu internationalement, mais pas pour de bonnes raisons.

 

Autant Marc Ravalomanana qu’Andry Rajoelina a utilisé des versets bibliques comme slogan politique : « Mino fotsiny ihany » («Ne craignez point, croyez seulement », Marc 5 : 36) pour l’un, « Ny fitiavana no lehibe indrindra » (« l’Amour est le plus grand » 1 Corinthiens 13 : 13) pour l’autre. Mais ce côté spirituel qui aurait dû se concrétiser par une politique de réconciliation à la Nelson Mandela, un accent sur les projets sociaux en faveur des plus pauvres ou des objectifs à long terme pour les générations futures, ne s’est absolument pas vu. La Bible et Dieu ont juste été instrumentalisés. Les dirigeants politiques qui se disent chrétiens se doivent d’être exemplaires, s’ils veulent se sauver eux-mêmes et sauver le pays.

 

Photo 7 : Arrivée à Saintes, fin de l'aventure pour nous, mais Mikael continue.

 

Le 23 août 2020, au bout de 13 jours de marche et plus de 360 kilomètres, nous arriverons à Saintes. C’est là que nous laisserons Mikael continuer seul, le cœur gros. Mais il nous fallait repartir vers nos obligations professionnelles.

Mikael arrivera à Compostelle le 8 octobre après avoir parcouru plus de 1660 kilomètres à pied.

 

Photo 8 : Compostela au nom de Michaelem Rajaonarivony, remis à Mikael au terme de son pèlerinage.

 

Note : La Compostela est un certificat de  pèlerinage, rédigé en latin, remis au pèlerin à son arrivée à Compostelle par le Bureau des pèlerinages pour attester qu'il a fait le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Ce certificat se rattache à la tradition médiévale voulant qu’un pèlerin rapportât un témoignage de son arrivée au sanctuaire. D'après le règlement du pèlerinage édité par la cathédrale de Compostelle, la Compostela est délivrée aux pèlerins donnant un sens religieux à leur pèlerinage et parcourant les cent derniers kilomètres à pied ou à cheval ou les deux cents derniers à vélo.

 

Alain Rajaonarivony

Partager cet article
Repost0
29 décembre 2020 2 29 /12 /décembre /2020 16:39

 

Photo 1 : L'Hôtel de ville de Tours et les voies du tramway qui sillonne l'agglomération

 

Début août 2020, notre fils Mikael passe quelques jours à la maison. Le second tour des élections municipales vient d’avoir lieu le 28 juin, juste après le premier confinement dû au Covid 19. Christophe Bouchet, le Maire de Tours, dont il est le chef de cabinet (« chief of staff » comme diraient les Tiko boys d’antan, férus d’anglicisme) vient d’être défait par les Ecologistes. Avec 66% d’abstention à Tours, et 58,4% dans toute la France, « du jamais-vu » comme l’écrit Le Monde, ce fut une élection singulière. Avec le recul, on s’apercevra que c’est toute l’année 2020 qui fût bizarre.

 

Toujours est-il que Mikael se retrouve « libre» en juillet, avec toute l’équipe municipale dirigeante, et peut venir nous voir. Il aurait bien voulu profiter de ce temps, nous dit-il, pour faire le chemin de Compostelle, mais ne veut pas démarrer seul. Mon épouse et moi, qui avions bien pensé à ce périple plus jeunes, lui proposons alors de partir avec lui pour la première partie du chemin. Ainsi fût décidé ! Quand nous irons acheter notre équipement à Décathlon en expliquant notre projet, la jeune vendeuse nous demandera de quel entraînement nous disposons. A la réponse de ma femme, « aucun, à part quelques marches », elle s’arrêtera interloquée. A son regard, je compris qu’on était des « vieux inconscients », voire des allumés.

 

Le 10 Août, au petit matin, nous sommes devant la Basilique Saint-Martin de Tours, attendant l’ouverture, avec chacun notre sac de 10 kilos sur le dos. La sœur s’occupant des pèlerins ne tarde pas trop, signe nos credencials (carnets de route du pèlerin) et nous donne une bénédiction pour la route.

 

Photo 2 : Une partie de mon credential, avec comme premier tampon celui de la Basilique Saint-Martin de Tours. Le pélérin a l'obligation de le tamponner à chaque étape pour valider son pélèrinage. 

 

Les 27 kilomètres du premier jour sont durs et le sac tire sur le dos. Je n’ai pas encore trouvé la bonne position pour le porter. Les jours suivants, ce sera la canicule et nous nous retrouverons, transpirants, sur les chemins au milieu des champs et des bois, loin de toute agglomération. A peine parfois saluons-nous un paysan sur son tracteur dans son champ. Marchant en regardant le sol sous mon chapeau, je vois les fourmis traverser le chemin de terre. Je me rends alors compte de l’arrogance de l’être humain et de sa petitesse. Nous croyons être maîtres de notre destin mais à l’échelle de la planète, nous ne sommes que des fourmis. Quand nous sommes lâchés dans la nature, à la merci des éléments, tout-à-coup, nous prenons conscience de notre vraie dimension. Il fait très chaud, nous sommes passablement fatigués mais il faut continuer pour arriver au gîte car nous sommes au milieu de nulle part, peu ou pas de point d’eau.

 

Photo 3 : Après une journée de marche, le soleil commence à descendre à l'horizon (photo prise par Marie-Lucie)

 

De temps en temps, nous croisons la ligne du TGV Paris-Bordeaux, soit par un tunnel en-dessous des rails, soit par un pont au-dessus. Je discerne que nous sommes vraiment dans deux mondes différents. Nous faisons entre 25 et 30 kilomètres par jour en moyenne, sous le soleil ou sous la pluie. Le TGV file à 200 kms/h, avec des pointes à 300. Peut-être les passagers nous aperçoivent-ils fugitivement, pendant quelques secondes. Assis dans leurs fauteuils, peuvent-ils imaginer que la soif nous tenaille parfois ou que nos pieds commencent à souffrir, les ampoules et les blessures ayant fait leur apparition? Je songe alors à Madagascar. Car marcher pendant des heures et des jours donne le temps de réfléchir sauf quand la fatigue vous taraude sur la fin de l’étape et que vous n’avez plus qu’une seule pensée, arriver.

 

Photo 4 : Le TGV Paris-Tours-Bordeaux croise assez souvent le chemin de Compostelle.

 

A Madagascar aussi, il y a un TGV célèbre. Ce n’est pas un train rapide et moderne, mais un parti politique au pouvoir. Seul le nom est commun, et pourtant, pour les Malagasy, un train serait également bien utile et contribuerait à relancer l’économie.

Un projet de réseau ferré comme le TGV s’étale sur plusieurs mandats de président. Il demande  une vision nette de l’amélioration de la vie des générations futures et un vrai sens de l’intérêt supérieur de la nation. Il faut donc une continuité des grands chantiers qu’un chef d’état commencerait et qu’un autre finirait. Je ne crois pas qu’à Madagascar, les politiciens, à quelques exceptions près, soient capables de se projeter aussi loin et de passer outre leurs egos. Mais je ne demande qu’à me tromper. Jusqu’à présent, celui qui arrive au pouvoir détruit l’œuvre de son prédécesseur. Seul l’enrichissement est rapide pour ce sérail et beaucoup de politiciens se recyclent d’un parti à l’autre suivant les opportunités. 4X4, jets privés ou hélicos, on est loin de la souffrance du peuple qui marche pour survivre.  Ce sont deux mondes différents. A part Dadabe Tsiranana, aucun ne s’est préoccupé du rail, tellement indispensable à la population, surtout celle qui est enclavée. Et il y a des télescopages d’images dévastateurs comme des députés dans un cocktail pendant que les enfants meurent du Kere (famine) dans le Sud.

 

Photo 5 : Il y a pratiquement toujours une Croix à la croisée des chemins. La coquille Saint-Jacques est le symbole de la route de Compostelle.

 

Où sont les valeurs morales dans tout cela, en particulier chrétiennes, puisque nous sommes sur le chemin de Compostelle?

 

Madagascar a des capacités d’investissement limité qui devraient être réservées à des projets amenant un bien-être au plus grand nombre, et sur un long terme. Un maillage du pays en nouvelles voies ferrées en fait partie.

 

 

A suivre

 

Alain Rajaonarivony

 

Partager cet article
Repost0
8 décembre 2020 2 08 /12 /décembre /2020 00:09

 

 

Dans une interview accordée au site 24/24.mg le 30 novembre, le nouveau directeur de la FCE (réseau Fianarantsoa-Côte Est), Gaspard Ranaivoarijao, considère que la circulation des trains sur la FCE ne pourra pas reprendre tant que tous les impératifs de sécurité ne seront pas respectés. Pour l’instant, dit-il entre autres, les techniciens étrangers chargés de former les cheminots à la conduite des GECo (immatriculées BB série 1500), des machines qu’ils ne connaissent pas (- ils ont toujours utilisé des Alsthom* -), sont bloqués à cause de la fermeture des frontières due au Covid-19.

 

Photo 1 : capture d’écran lors de l’interview du directeur de la FCE à 24/24.mg

C’est une décision technique normale. Mais nous sommes à Madagascar, et elle devient très courageuse tant les pressions politiques et l’attente de la population sont nombreuses pour faire reprendre le trafic. Cette dernière avait déjà espéré le train pour la saison des letchis, dont les prix se sont écroulés dans la région, faute de pouvoir être acheminés vers les centres urbains.

 

Photo 2 : La GECo BB 1501 au dépôt de Fianarantsoa en novembre 2020

Au-delà des explications du responsable de ce réseau, on peut ajouter que le ministère des Transports n’a toujours pas débloqué l’achat des pièces nécessaires pour permettre l’adaptation du frein à vide sur les GECo. Et la seule Alsthom, l’Ad12B immatriculée BB246, est, elle aussi, immobilisée, en attente de pièces. Le ministère aurait bien acheté des pièces détachées, mais seulement pour les Ad12B de Madarail.

Le président Andry Rajoelina, qui s’apprête à inaugurer la mise en service des GECo BB 1501, 1502 et 1503, n’est, semble-t-il, pas au courant de la situation.

 

Photo 3 : l’enthousiasme à l’annonce du retour du train a amené les paysans à effectuer un travail communautaire pour nettoyer la voie ferrée (photo FB).

Dans l'attente de ces pièces, les GECo restent pour l'instant au dépôt, ce qui est la décision la plus sage pour éviter un déraillement ou un incident dramatique.

Alain Rajaonarivony

* Ndlr : voir article précédent : TGV en mode diesel année 60 ou vrai TGV?

Partager cet article
Repost0
24 octobre 2020 6 24 /10 /octobre /2020 23:42

Photo 1 : Les GECo 1502,1503, 1506 et 1508, au port de Santander le 2 février 2020, en partance pour Madagascar.

Au moment où Andry Rajoelina s'apprête à rejoindre Fianarantsoa pour officialiser la remise des GECo (acronyme pour General Electric Compagny, constructeur de ces locomotives) au réseau ferré, est-il au courant des problèmes d’adaptation de leur freinage au système de la FCE ? Ces derniers ne sont toujours pas résolus et  cela fait des mois et des semaines que les cheminots malagasy se font des cheveux blancs.

 

Photos 2 et 3 : Fascicule Alsthom de 1985 détaillant les commandes de locomotives par pays

La raison en est simple. Depuis des décennies, les chemins de fer malagasy, la RNCFM et sa branche Sud, la FCE,  n’ont utilisé que des Alsthom AD12B et AD16B. C’était un partenariat win-win. L’entreprise française de Belfort avait un client fidèle et la RNCFM pouvait définir exactement ses besoins à son fournisseur. Cette collaboration prendra fin en 1991, après les troubles qui ont abouti à l’éviction de Didier Ratsiraka. Le Hery Velona (les « Forces vives » qui portent mal son nom car son action a contribué à couler la RNCFM) avait alors enlevé des centaines de mètres de rails à Moramanga pour empêcher les trains-blocks de citernes d’approvisionner Antananarivo. Les « révolutionnaires » ont immobilisé le trafic ferroviaire, détruisant ainsi économiquement la Régie d’Etat.

 

 

Et donc, quel rapport ?

Tous les AD12B et AD16B disposaient d’un frein rhéostatique et d’un frein pneumatique pour la locomotive ainsi que d’un frein à vide pour les rames tractées, et cela à la demande de la RNCFM. Car la Régie n’avait pas encore pris le virage de la modernité, emprunté ensuite par  les chemins de fer africains dans les années 90, en passant du frein à vide au frein à air comprimé.

 

Photo 4 : extrait des actualités d'Arterail

Les GECo de la FEVE n’ont pas le système de frein à vide, car cette compagnie utilise le freinage à air comprimé pour leurs rames comme pratiquement presque tous les transporteurs ferroviaires du monde, à quelques exceptions comme la FCE dont les voitures-voyageurs datent des années 60. La solution existe bien sûr : il faudrait déjà mettre la main à la poche et acheter l’équipement manquant, mais surtout ensuite faire les tests sur la locomotive en situation réelle pour s’assurer de la fiabilité des réglages. Car les cheminots craignent un accident si les choses ne sont pas faites dans les normes. La société française, Artérail, qui a « livré » les GECo (ce n’est donc pas le gouvernement qui s’est chargé de l’achat) n’est pas partie prenante, semble-t-il, dans ce travail.

Et beaucoup se demandent pourquoi on n’a finalement pas retenu les AD16B Alsthom-MTM que la FEVE avait initialement prévu pour la FCE, et ce depuis 2015, du temps de l’ancien gouvernement HVM ? La décision a toujours été retardée alors que la FCE ne disposait plus que d’une seule locomotive, l’AD12B numérotée BB 246.

Photos 5 et 6 : la FEVE 1602 et une FCE série 240 en réparation à Fianarantsoa. La parenté est évidente entre les 2 machines.

La FEVE avait préparé les AD16B immatriculées 1602 et 1604 (mises en service en 1981) ainsi que la 1611 (mise en service en 1983). Et finalement, Arterail livre à Madagascar début 2020 les GECo 1502, 1503, 1506 et 1508 datant de 1964.

Pourquoi ce revirement et ce changement pour des machines plus vieilles, moins performantes et moins bien adaptées ? La réponse n’est sûrement pas d’ordre technique.

Les GECo sont de bonnes locomotives rustiques, bien qu’en fin de potentiel, avec un moteur Caterpillar de 1500 chevaux (les AD16B font 1600 cv) mais il est essentiel qu’elles soient sécurisées. Toute défaillance peut être mortelle pour les passagers. Au-delà de cet épisode, la FCE devrait disposer d’au moins 6 locomotives pour pouvoir tourner correctement. Les cheminots et les touristes de cette ligne appellent leur train TGV, pour « Train à Grandes Vibrations ».

 

Photo 7 : Les AD16B 254, 255 et 256 seront les dernières locomotives neuves pour la RNCFM. Extrait de la Vie du Rail n° 2209 du 7 septembre 1989.

Il est peut-être temps que le gouvernement malagasy reprenne en main la gestion du chemin de fer et mette en place un plan ambitieux de développement. Tous les pays du monde  sont en train de redécouvrir que ce moyen de transport est un puissant levier de l’économie, en Europe comme ailleurs. L’Afrique suit le mouvement et l’Ethiopie, par exemple, a remplacé en 2016 la voie unique à écartement métrique, identique aux réseaux malgaches, reliant Addis-Abeba à Djibouti par une double voie électrifiée à écartement normal où les trains roulent à 120 km/h. Les Ethiopiens ont bénéficié de l’aide de la Chine. Au Sénégal, la région de Dakar s’est dotée en 2019 d’un train régional, un RER,  bi-mode, électrique et diesel à voie normale. Ce train ultra-moderne a coûté un milliard d’Euros à l’Etat mais le gouvernement est content et affirme que l’investissement est rentable.

Photo 8 : Le Train Express Régional  en gare de Dakar, le 15 janvier 2019. Avec des rames de la gamme Coradia Régiolis d'Alstom, on est bien loin du "petit train africain".

Le Maroc a inauguré la mise en service de son TGV, identique au train français, le 26 novembre 2018. On ne compte plus les modernisations et les extensions à travers tout le continent, du Kenya au Mozambique en passant par le Ghana, le Nigéria ou le Congo-Kinshasa. Les projets se font sur des années et coûtent des milliards de dollars mais les gouvernants voient loin. C’est de la vie et du bien-être des générations futures dont il s’agit.

Photo 9 : Prévisonnel d'investissement de la RNCFM publié dans Le Rail et le Monde n°44 d'avril 1987. Tout est détaillé, des boulons aux locomotives. On y voit notamment l'achat de 3 AD16B (les BB 251, 252 et 253), de 5 draisines et d'un autorail, tout cela neuf.

Pour que les Malagasy ne demeurent pas les éternels misérables (5ème pays le pauvre du monde pour l’instant) et les laissés-pour-compte du monde de demain, leurs dirigeants doivent faire preuve d’ambition et oublier les calculs à courte vue.  Pour cela, le bricolage et les bonnes okazes doivent faire place à des projets bien pensés et budgétisés sur le long terme. Jusqu’en 1991, la RNCFM publiait clairement ses objectifs, avec le matériel à acheter, les voies à construire ou à réparer. Revenir au moins à ce niveau serait un premier pas sérieux vers le renouveau et un espoir pour les Malagasy et leurs enfants.

Alain Rajaonarivony

 

P.S. : un dernier clin d’oeil.🙂😀😊

Si le train de voyageurs Antananarivo-Tamatave (Toamasina) existait encore, il aurait été sans doute bondé pour le match de football Côte-d’Ivoire-Barea prévu en novembre et la société aurait peut-être dû prévoir des trains supplémentaires. Ici, en gare de Soarano en 1987.

Partager cet article
Repost0
7 juillet 2019 7 07 /07 /juillet /2019 10:25

 

Sur les réseaux sociaux, les sites sportifs et d’informations ce soir-là, s’affichent ou se disent « Exploit historique », « Irrésistible Madagascar…. », « Sensationnel Madagascar... », « …Le fabuleux destin des Barea », « Surprise énorme », etc…

 

Les tweets, émanant d’observateurs d’ailleurs, sont encore plus dithyrambiques : « La perf de Madagascar est tout simplement TITANESQUE ! Battre le Nigéria, finir premier de son groupe, se qualifier pour les 8ème de finale pour sa première participation à la CAN 2019, c’est une dinguerie !!! ».

Ou encore : «Bravo à l’équipe de Madagascar pour cet exploit ! La beauté de ce sport illustrée par cette équipe remplie de courage et d’abnégation qui a honoré un peuple et un drapeau ! CAN 2019 ! »   

 

Le choc émotionnel était tellement violent sur la Grande Ile qu’une supportrice a accouché devant son écran de télévision. Le petit se prénomme Carolus, du nom du joueur auteur du deuxième but contre le Nigéria à la 53ème minute dans le dernier match crucial qui propulse les Barea en 1/8ème de finale. En ce 30 juin 2019, Madagascar était en symbiose avec le stade d’Alexandrie, en Egypte.

Quelques jours auparavant, un malheureux supporter de Majunga faisait un arrêt cardiaque à la suite de la victoire contre le Burundi par 1 à 0, la première victoire pour la première participation à la CAN.

 

Dès le coup de sifflet final, toutes les villes de Madagascar, en particulier la capitale, s’embrasent : concerts de klaxon, foules en délire dans les rues agitant le drapeau national, pétards, slogan « Alefa Barea » scandé à l’unisson…

 

 

Si pour l’immense majorité des commentateurs sportifs, le sentiment qui transparaît le plus est l’admiration pour le « petit poucet » qui a terrassé le Nigéria, triple champion d’Afrique, certains Malagasy emportés par l’élan d’optimisme, deviennent euphoriques dans leurs tweets : « Le foot n’est que le début du changement. Madagascar will rise »

 

« Ce n’est même plus une surprise » commente Pierre Henry-Dufeil sur Canal+ Sport. « A chaque fois, Madagascar repousse ses limites. Parce qu’il y a eu le premier but, le premier point contre la Guinée, la première victoire contre le Burundi, Et là, vous avez vu le score (contre le Nigéria) et vous allez voir avec ces images que cela ne souffre d’aucune contestation… »

 

« Depuis 3 ans, on vit ensemble avec le groupe. On a façonné cette équipe de bi-nationaux », révèle Nicolas Dupuis, l’entraîneur français des Baréa, qui avait été contacté par Ahmad, alors président de la FMF (et devenu depuis président de la CAF). C’est ce dernier qui l’a repéré, un entraîneur capable de faire « gagner les petits contre les gros »,  chose que Nicolas Dupuis faisait avec l’AS Yzeure (National 2) contre des Ligues 1 et 2. « Solidarité », « courage »,  « humilité »,  « abnégation », « esprit d’équipe », « des valeurs universelles… », autant de qualificatifs donnés par les étrangers à cette sélection.

 

Dans les tribunes, une vidéo des supporters malagasy en train de nettoyer leurs travées après le match a fait le tour du web.

 

L’esprit de sacrifice au service de l’équipe, et pour la fierté d’un peuple (tous ces termes ont bien été employés par les commentateurs), l’attitude exemplaire des supporters qui nettoient leurs emplacements sont bien loin pour l’instant de ce qui se passe au pays. Quand on y parle d’action de solidarité, on se réfère plus naturellement au Père Pedro qu’aux responsables  ou aux politiciens. C’est simple, même l’aide destinée au plus démunis a été parfois détournée… Quant à l’éducation, elle a été tellement laissée à l’abandon que le petit peuple (mais pas seulement) ne possède plus les rudiments du respect de soi-même, de son environnement et de l’hygiène. Le stade de Mahamasina et l’avenue de l’Indépendance ont été transformés en dépotoir lors des festivités du 26 juin. Maintenant, cette population a un motif de fierté et des exemples positifs. Les Barea lui ont donné l’espoir que l’on peut sortir des bas-fonds et avoir sa part de soleil. C’est un encouragement à l’effort pour des objectifs à long terme, à être solidaire, à avoir des valeurs positives pour évoluer et s’en sortir. L’impact des Barea va bien au-delà du sport…

 

 

Simone, ma fidèle amie et compagne de combat depuis 2002, s’en est allée au ciel, sans même emprunter l’A380 de Hi Fly, affrété par l’état malagasy pour emmener les fans des Barea en Egypte assister aux huitièmes de finale le 7 juillet. Hospitalisée pour un mal de dos, les médecins diagnostiqueront un cancer qui l’emportera en quelques jours. Nous avions été ensemble de toutes les luttes pour Madagascar. Même si nous avions parfois des divergences d’analyse, nous partagions les mêmes valeurs. Elle était profondément croyante comme Nadine Ramaroson,  dont elle était aussi l’amie, et moi-même. Et en y réfléchissant, ce qui a rendu nos liens si forts, ce sont ces « valeurs universelles » d’éthique et de moralité  qui sont simplement les valeurs bibliques. Notre ultime baroud remonte aux dernières élections présidentielles de décembre 2018 où nous défendions l’impérative exemplarité des dirigeants pour sauver le pays (voir article : « Pour sauver Madagascar : l’exemplarité nécessaire… »).

 

 

Lors de la cérémonie religieuse à Choisy-le-Roi le 5 juillet, j’apprends pendant l’hommage de ses petits-enfants à l’église que Simone a été très heureuse de la qualification des Barea à la CAN en 2018 (voir article : «Viva les Barea…et la diaspora... »). Je ne pense pas qu’elle était footeuse, mais tellement patriote que tout ce qui pouvait redonner un peu vie aux Malagasy était toujours une occasion de se réjouir. Simone Ranjalahy était pour moi une personne de grande classe. Même dans son départ, elle est restée discrète. Quand nous travaillions ensemble, elle était hyper-efficace, ne se mettait jamais en avant. Elle avait pourtant moults relations importantes et  s’occupait du relationnel avec les médias. Elle me manquera beaucoup. Elle aurait été heureuse de l’épopée des Barea.

 

Alors, Allez les Barea, pour l’équipe et pour le peuple !...

 

Photo 1 : La douche de la victoire pour Nicolas Dupuis après le match Barea-Super Eagles.

Photo 2 : L’Airbus A380 de Hi Fly loué par Air Madagascar et utilisé pour convoyer les fans des Barea à Alexandrie.

Photo 3 : En 2005, Simone et René Ranjalahy, Nadine Ramaroson qui fronce les sourcils sans ses lunettes, Marie-Lucie  Evangelista-Rajaonarivony : Des amis proches sur le boulevard Saint-Michel à Paris pour voir le film "Mahaleo"…

 

Alain Rajaonarivony

Partager cet article
Repost0
31 décembre 2018 1 31 /12 /décembre /2018 14:26

 

 

Plusieurs d’entre vous m’ont écrit via le formulaire de contact depuis que j’ai repris le blog. A la suite d’un bug ou d’un paramétrage inadéquat, je n’ai pu recevoir vos messages. Le mieux pour l’instant serait de passer par les commentaires (que je modère) d'un article en précisant que ce n’est pas destiné à être publié.

Merci beaucoup !

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

Partager cet article
Repost0
28 décembre 2018 5 28 /12 /décembre /2018 21:45

 

Les élections à Mada, que dire, que dire ?... Pendant que la CENI dévoile ses résultats provisoires, le 27 décembre, désignant Andry Rajoelina vainqueur par 55.66%  contre 44.34%  pour Marc Ravalomanana, celui-ci révèle toutes les fraudes et anomalies dont aurait bénéficié son adversaire. On y retrouve les ingrédients habituels : intimidations, inversion des résultats ou 100% de participation pour le 13 dans des régions enclavées, ce point étant devenu le signe d’une triche « normalisée » dans la Grande Ile (voir articles : «Présidentielles 2018 : La révolte des Babakoto » et «  53,50/46,50 = 47,13/52,87 = Présidentielles de crise »)

 

 Le candidat malheureux appelle ses partisans à descendre dans la rue le samedi 29 décembre, manifestation aussitôt interdite par le préfet sous le prétexte d’un retard dans la demande… Bref, les Malagasy ne sont pas prêts de retrouver la sérénité. Avant de partir en déprime totale, une petite page d’histoire exotique…

 

 

Un jour, dans un pays lointain se nommant Ukraine, eut lieu une élection présidentielle, organisée en 2 tours entre fin octobre et décembre 2004. Le 1er tour du 31 octobre mit sous les projecteurs beaucoup de « zérovirguliens » car il y avait 26 candidats (ce n’est donc pas une exclusivité de Babakotoland). La majorité des suffrages alla au Premier ministre Viktor Ianoukovytch (39,32%) et à l'ancien Premier ministre et leader de l'opposition Viktor Iouchtchenko (39,87). Ce sont ces derniers qui s’affrontèrent lors du second tour, le 21 novembre. Ces élections se sont déroulées dans un climat tendu, sur fond de fraudes électorales (destruction de bulletins de vote, intimidations, participation de votants fictifs rajoutés aux listes électorales) et de manipulations médiatiques. La rumeur d'un empoisonnement de Iouchtchenko par les services secrets de Ianoukovytch appesantit encore plus l’atmosphère.

 

Les résultats donnèrent, le 23 novembre (2 jours après le scrutin, bien plus rapide que la CENI), le Premier ministre Ianoukovytch vainqueur mais son opposant dénonça des fraudes et lança une campagne de désobéissance civile surnommée  « Révolution orange ».  Cette situation de suspicions et de tensions poussa finalement la Cour suprême à annuler les résultats le 3 décembre et à demander la mise en place d'un nouveau second tour, c’est-à-dire un 3ème tour, le 26 décembre. En définitive, l’opposant Iouchtchenko gagnera par 51,99 % des suffrages exprimés contre 44,19 % pour Ianoukovytch et sera intronisé président le 23 janvier 2005.

 

L’Ukraine ne se relèvera jamais de cette crise de 2004 et continue d’être déstabilisée. L’opposant s’est avéré aussi mauvais président que le candidat du pouvoir, qui reviendra à la présidence en 2010 avant d’être destitué par le parlement en 2014...

 

 

Les Malagasy étant les rois du copié-collé, Alain Ramaroson repiquera l’idée de la Révolution Orange en 2008 pour soutenir le jeune maire d’Antananarivo en butte à l’hostilité du président Marc Ravalomanana (voir article : « Jusqu’à la lie»). Et c’est ainsi que cette couleur est devenue le symbole du mouvement de Andry Rajoelina. Depuis, de l’eau est passée sous les ponts, les gentils se sont comportés comme des méchants et inversement comme en Ukraine avant de… bon, bref, qu’est devenu le modèle ?

 

D’après la Banque Mondiale, le revenu mensuel brut/habitant de l’Ukraine en 2016 s’élevait à 193 Euros contre 2.200 Euros pour la moyenne de L’Europe, et stagne. Les analystes du groupe financier Crédit Suisse estimait en 2015 que c’est le pays le plus pauvre du continent. C’est davantage le niveau de salaire d’une république bananière que celui d’une contrée occidentale. En ce mois de décembre 2018, les dirigeants n’ont rien trouvé de mieux pour raviver la fibre patriotique que de provoquer un schisme dans l’Eglise orthodoxe. La congrégation orthodoxe ukrainienne est désormais indépendante de l’église russe. Ce mélange de la politique et du religieux est coutumier de l’Afrique. L’Ukraine est bien tropicale malgré la neige qui y tombe en abondance !

 

On ne sait jusqu’où les Malagasy pousseront le copié-collé puisque que la HCC (notre Cour Suprême à nous) doit encore valider les résultats de la CENI avant le 5 janvier 2019. Mais quelle que soit sa décision, les différents acteurs devront faire preuve de retenue. Il s’agira pour eux moins d’instrumentaliser le message d’Amour et de Paix de ce Dieu, que tous prétendent servir puisque les versets bibliques figurent même dans leur propagande, que de l’appliquer. Cela évitera à la Grande Ile un avenir orangé à la mode de cette nation ukrainienne, appauvrie, divisée et devenue le terrain de jeux de grandes puissances au détriment de son peuple… Une partie des Ukrainiens rejetaient violemment la fraction russophone de la population et cette scission les a perdus. Nelson Mandela a fait exactement l’inverse en Afrique du Sud et c’est ce dernier qui est sensé inspirer les Malagasy…

 

Photo 1 : l’original, Ukraine 2004

Photo 2 : et le copié-collé, Madagascar 2009

 

Alain Rajaonarivony

 

Partager cet article
Repost0
16 décembre 2018 7 16 /12 /décembre /2018 22:22

 

 

« Boribory ny tany », « La terre est petite ! » Le « commandant Charles » et Marc Ravalomanana ont fini par se rencontrer. Pendant le 1er débat du 9 décembre entre les deux candidats à la Présidentielle, Charles était dans la nombreuse assistance. Lors du second débat à huis clos du 16 décembre, il était parmi les 5 personnes autorisées à suivre l’un des compétiteurs. Et il a été choisi par Marc Ravalomanana, c’est dire la confiance dont il bénéficie auprès de ce dernier.

 

Mais que le chemin fut long depuis ce 11 mars 2009, où le commandant Charles empoigne une kalachnikov et l’arme en criant « Ravao amin’ny fomba retraretra io fivoriana io sinon résolution par la force raha tsy mirava io… Dégagez, ravao io…».  Ce qui se traduit par « Mettez fin à cette réunion par tous les moyens, sinon la résolution se fera par la force si elle ne s’arrête pas… Dégagez, arrêtez cela…» Et effectivement, Charles ira prendre par le collet, après l’arrestation des généraux formant le Directoire, le pasteur Lala Rasendrahasina, afin de lui faire passer un sale quart d’heure à la caserne du Capsat.   

 

 

Charles récidivera le 29 avril 2009 en arrêtant de manière spectaculaire le vieux Manandafy Rakotonirina, que Ravalomanana venait de désigner comme son Premier-ministre, à l’hôtel Carlton, avec ses collaborateurs et des officiers sympathisants.

 

Ensuite, il deviendra, avec le commandant Lylison, l’autre figure du coup d’état, un des responsables de la tristement célèbre FIS (Force d’Intervention Spéciale). Voilà, voilà !...

 

Puis, vient le temps des questions et des remords en novembre 2010. Avec des officiers supérieurs de toutes tendances (Rajoelina, Ratsiraka, Ravalomanana), il se retrouvera à la BANI (Base Aérienne d’Ivato) pour tenter de contenir une Transition sans frein en commençant par une réconciliation (déjà) entre frères d’armes. Tout le monde sera arrêté après la trahison par quelques uns (voir article : «Demain sera un autre jour…»). A partir de ce moment, Charles parlera… beaucoup… sur les évènements qui ont abouti au coup d’état. Il citera aussi beaucoup de noms, ce qui lui vaudra bien sûr… beaucoup d’ennuis.

Il tombera opportunément très malade en prison, ce qui lui vaudra une évacuation sanitaire en urgence à l’Ile de la Réunion début 2012.

 

 

C’est ainsi que le chemin de Charles Andrianasoavina croisera… le mien. Bien qu’officier supérieur de l’armée malagasy, le patient Charles était bien démuni. Les autorités de l’île demanderont à l’une des directrices de l’action sociale de prendre en mains le dossier de ce malade sans grands moyens mais qui nécessitait une prise en charge importante. Madame Micheline Dijoux s’acquittera de sa tâche avec conscience, permettant au militaire non seulement d’être soigné mais aussi de sauvegarder une certaine dignité, ce qui lui vaudra la reconnaissance profonde et inoubliable de Charles. Cette directrice avait été choisie pour ses origines malagasy, ses supérieurs estimant que cela faciliterait la communication. Son nom de jeune fille est… Rajaonarivony et c’est ma petite sœur. J’ai donc eu la possibilité d’avoir de longues conversations téléphoniques avec Charles. Ah, le Capsat, les officiers, parfois idéalistes, frustrés par le comportement de Ra8… et qui se sont fait rouler par les politiciens merina, Rajaoelina et Ratsirahonana en tête !… « J’ai mal agi,… jamais plus je ne recommencerai ce genre de choses,… je regrette, je regrette… » J’ai compris que Charles était un idéaliste. Il s’était trompé de combat et était maintenant poursuivi par sa conscience. Et j’en profite pour dire qu’il me semblait parfaitement équilibré dans son raisonnement et ses propos. Ceci pour couper court aux accusations de désordre psychique portées par des membres de la Transition pour le discréditer. Etant donné que je suis psychologue (de profession), je pense avoir la possibilité d’un certain discernement bien que personne ne soit infaillible.

 

J’avais remercié le « commandant Charles » en mars 2011, pour avoir eu le courage de se repentir publiquement et de dévoiler la vérité sur le coup d’état de 2009 (voir article : « Merci, commandant Charl ! »). Depuis, le lieutenant-colonel Charles Andrianasoavina est resté constant dans son attitude et tente maintenant d’aider sa principale victime, Marc Ravalomanana. Il contribue ainsi à son niveau à la mise en œuvre d’une véritable réconciliation. C’est de cette manière qu’on mettra fin à cette légende urbaine (urban legend) Mérina-Côtiers imposés par les colonisateurs français dans le but de diviser les Malagasy et de les empêcher de s’émanciper.

 

 

Marc Ravalomanana a lourdement insisté sur la réconciliation nationale lors de ce second débat. Andry Rajaoelina y a aussi fait référence. Tout à la fin, Marc Ravalomanana a lancé un appel pour que les valeurs chrétiennes ne soient pas simplement de la théorie mais soient vécues pour les Malagasy…

  

Madagascar sera peut-être enfin sauvé…

 

Photo 1 : Lors du débat du 16 décembre, Charles, bien reconnaissable à son satrobory, dans le carré (ou quinté) des conseillers de Ra8.

Photo 2 : Mauvais souvenir : Charles dans ses œuvres en 2002, empoignant durement le Pasteur Lala Rasendrahasina.

Photo 3 : Charles, à l’Ile de La Réunion, avec la directrice de l’action sociale, Micheline Dijoux. Cette photo a été faite à ma demande en janvier 2015.

Photo 4 : Fin du débat du 16 décembre, Charles vint féliciter Ra8, avec les quelques personnes autorisées sur le plateau.

 

Alain Rajaonarivony

Partager cet article
Repost0
5 décembre 2018 3 05 /12 /décembre /2018 22:28

 

Hery Rajaonarimampianina a donc pris la décision de se tenir en retrait pour le second tour des Présidentielles à Madagascar. Il a engrangé 8,82 % des voix selon le décompte définitif de la HCC (Haute Cour Constitutionnelle) contre 39,21 % à Andry Rajoelina et 35,31 % à Marc Ravalomanana. Il aurait pu apporter un soutien significatif à l’un ou à l’autre candidat mais a choisi d’être dans la posture d’un Raiamandreny, digne, celle qu’on attendait de lui depuis longtemps (voir article : « Taratasy misokatra ho an’ny Filoham-pirenena Hery RAJAONARIMAMPIANINA »). C’est une déception sans doute pour l’équipe de l’ex-Président Ravalomanana même si dans les faits, cela ne change pas grand-chose puisque les cadres du HVM se sont ralliés en grande partie à lui.

 

               

La position du Président sortant est très intéressante. Depuis la mort du professeur Albert Zafy le 13 octobre 2017, de loin le chef d’état le plus démocrate depuis l’indépendance et qui n’a cessé de prôner la réconciliation nationale, Madagascar est orphelin d’un sage capable de servir de référence et d’arbitre chez les dirigeants. Si Hery Rajaonarimampianina travaille sa stature, il pourrait occuper ce créneau. Après tout, il a démissionné dans le respect de la loi pour pouvoir se présenter aux élections, ce qui n’est pas du tout courant à Babakoland où coups d’état et violations de la Constitution étaient jusqu’à présent la règle. Et, tout comme le président Zafy, il est arrivé au pouvoir après une période troublée, par les urnes, et il en est parti par les urnes…

 

Concernant les deux candidats en lice pour le second tour, il leur reste à consolider l’image d’un responsable capable de panser les plaies d’une population traumatisée depuis….mai 1972. Cette année-là, les étudiants malagasy ont fait un remake de mai 68, après les abus de pouvoir de Dadabe Tsiranana, l’arrestation des leaders étudiants, le massacre perpétré par les FRS (les CRS locaux) en plein centre d’Antananarivo, suivi de l’incendie de l’Hôtel de ville. La population voulait plus de justice sociale, une éducation mieux adaptée aux réalités, un rééquilibrage des rapports avec l’ancienne puissance coloniale. De fait, ce fut surtout l’accaparement des leviers de pouvoir par la petite bourgeoisie, merina en particulier, qui a tiré le pays vers le bas.

 

 

Dans une véritable lutte des classes, après avoir viré les coopérants français, elle a contraint l’élite malagasy à un réel « exode des cerveaux », des années 1975 jusque dans les années 90, pour lui laisser la place. Elle avait parfois un bon niveau universitaire mais ses motivations étaient plus de prendre « une revanche sur la vie » (manao revanche amin’ny fiainana), c’est-à-dire supplanter ceux qu’on enviait et assouvir ses frustrations, que de protéger les intérêts supérieurs de la nation. Ce fut la fin de l’ascenseur social au mérite, le début des triches aux examens, des nominations ethniques et familiales, ou sur recommandation des CSR (Conseillers suprêmes de la Révolution), de la justification de la violation du droit et de la violence… Les patrimoines économiques nationaux comme Air Madagascar ou la RNCFM (les chemins de fer), pourtant cités en exemple en Afrique, ont entamé leur déclin rapide. C’était l’époque où, jeune étudiant à Paris, j’y croisais des informaticiens ou des ingénieurs malagasy de très haut niveau en détresse. En ayant connu certains à Antananarivo, je ne comprenais pas comment on pouvait traiter des Zoky (des Aînés) ou des Raiamandreny de cette manière. Mais leurs places ont été prises par des jeunes aux dents longues, membres de la Révolution (Mafana, Akfm, Arema rouge, etc…)

 

Ce changement de paradigme a entraîné aussi la dégradation des valeurs morales par les transgressions à répétition, la « mort du père » freudien à tout va. Des jeunes officiers tenaient tête aux généraux, des étudiants n’écoutaient plus leurs professeurs, les plus hauts responsables étaient humiliés par leurs subordonnés. Cette espèce de « révolution culturelle » trouvera son apogée en 2009, avec Rajoelina qui refusera de présenter ses vœux à Ravalomanana, alors président de la république (voir article : « Un seul être vous manque… »), les sous-officiers qui forcent le chef d’état-major à démissionner puis la prise de pouvoir par les armes en traînant par le col les plus hauts dignitaires moraux (responsables d’église), politiques et militaires (voir article : « Ce n’est pas encore le mot de la fin »).

 

Alors, au-delà de la réussite économique, c’est cette mentalité dégradée due à des traumatismes collectifs et aux violences en tout genre (physiques, mentales, culturelles) que le nouveau chef de l’état devra soigner et guérir s’il veut donner une chance aux générations futures (voir articles : « Un peuple blessé » et « MADAGASCAR : A VEXED AND TROUBLED PEOPLE »).

 

 

Comment ? Déjà, en étant soi-même exemplaire dans le respect à l’égard de la population et des institutions. Cela exigera beaucoup d’humilité, ce qui n’est pas le point fort des dirigeants malagasy. Dans le même temps, il devra lutter contre tous ceux dont il contrariera les intérêts économiques car cela impliquera la fin des passe-droits, des privilèges indus et de la corruption. En redonnant son sens à la justice, il permettra aux individus de se réapproprier leur dignité et à la société de retrouver l’apaisement. Je ne connaissais qu’une seule personne qui avait ce profil et tenté de mettre en place ce nouveau « way of life », cette nouvelle façon d’être. C’était Nadine Ramaroson, l’ancienne ministre de la Population et des Affaires sociales, et on sait ce qu’il est advenu (voir articles :  «Nadine ne les gênera plus», «Il était une fois, Nadine», «Nadine était menacée de mort...», «Le «Fihavanana» ne suffira plus », «28 août : Nadine», etc…). Il ne s’agit donc pas d’intellectualiser mais d’aller au charbon, en risquant au besoin sa vie. Cela demandera aussi énormément de courage et de volonté…

 

 

Alors, pour se projeter dans l’avenir, qui, des deux candidats restant en compétition, a le plus de chance d’avancer dans cette direction ?

A mon sens, c’est Marc Ravalomanana parce que, d’abord, il a reconnu publiquement ses erreurs. Dans sa dernière interview à l’agence Ecofin fin novembre, il affirmait :

« Ayant été en exil en Afrique du Sud de 2009 à 2014, j’ai pu observer et vivre au quotidien comment cette Nation arc-en-ciel tente de renaître des cendres de l’apartheid et de se consolider. Sans conteste, la figure tutélaire de Nelson Mandela qui a prôné, dès le départ, vérité et réconciliation a permis la renaissance de l’Afrique du Sud. Je m’en inspire pour Madagascar et m’inscris dans le sillage du Président Albert Zafy qui fut Chef de l’Etat de 1991 à 1996 et a toujours prêché pour cette approche…

Aujourd’hui, je tire les leçons de l’histoire récente du pays et de mon propre passé à la tête de l’Etat pour me sentir en capacité de rectifier les erreurs, redresser les torts, capitaliser sur les réussites et rassembler toutes les énergies les plus positives pour bâtir une Nation digne et prospère…»

 

Le fond y est et étant donné que j’ai toujours demandé qu’on s’inspire de Nelson Mandela, dont on célèbre aujourd’hui le 5ème anniversaire de sa disparition, pour résoudre les tensions gasy-gasy (sans être entendu), je ne vais pas faire la fine bouche (voir article : «Merci Madiba !»).

 

Ensuite, il a pu montrer qu’il pouvait être un bon gestionnaire, du moins dans les premières années, avant que le syndrome d’hubris ne le fasse partir en live et l’entraîne dans des erreurs fatales (voir article :  «C’était écrit : une logique implacable et prévisible »). C’est sous son mandat que le pays a enregistré les plus forts taux de croissance (de l’ordre de 6 à 7 %) pendant plusieurs années en continu.

 

 

Enfin, Marc Ravalomanana s’affiche comme un croyant convaincu. Je connais la puissance de la foi et comment elle peut influer de manière positive sur la vie de ses semblables. Il suffit de voir le Père Pedro (voir article : « Appel du Père Pedro »). Et puisqu’il fait référence à Nelson Mandela (et donc à ses compagnons de lutte comme Monseigneur Desmond Tutu), j’entends à ce qu’il s’occupe vraiment de la justice sociale, de l’égalité et de la dignité de ses concitoyens en multipliant les actions sur l’éducation, la santé pour tous, la salubrité et l’hygiène… Que chaque malagasy se sente enfin respecté et respectable. C’est de cette façon que la sécurité reviendra naturellement et que les inégalités décroîtront.  De manière très pratique, cela lui serait d’un grand secours de se rapprocher du Père Pedro dont l’expérience lui sera utile. Le Père Pedro a manifesté avec nous à Paris, en juin 2002, pour le soutenir dans son accession au pouvoir. C’est dire que Ra8 était porteur d’espérances… Il est temps que cette foi, utilisée à toutes les sauces politiques, se voit dans des actions concrètes et sincères (voir article : « Une foi inefficace »). Martin Luther King et l’abbé Pierre, qui figurent aussi dans mes sources d’inspiration, ont fait évoluer leurs sociétés respectives en mettant en œuvre « l’amour du prochain », en vrai…

 

Son challenger, pour l’instant, est perdu entre Miami Beach et les gondoles à Venise et a très peu parlé de réconciliation ou de paix sociale. Mais il est jeune et a le temps d’évoluer. Et pour commencer dans la transparence, il peut révéler au peuple d’où viennent les fonds colossaux utilisés pour sa campagne présidentielle. S’il est élu, c’est sur ces terrains là qu’il sera attendu et non sur les piscines olympiques ou les toilettes aux normes (important certes, mais pas la priorité première étant donné l’état du pays)….

 

Photo 1 : Une énième séance de réconciliation en 2016 avec le Président Zafy Albert et les autres protagonistes (tous, eux aussi, présidents).

Photo 2 : L’hôtel de ville d’Antananarivo, incendié le 13 mai 1972 pour en sortir les FRS qui tiraient sur la foule.

Photos 3 et 4 : Nadine Ramaroson, ministre et fille de bonne famille, mais tellement proche du peuple…

Photo 5 : Très belle photo que d’être avec des enfants défavorisés. Cela renvoie à une image de compassion, de solidarité, de simplicité avec un message : « Je vais m’occuper de leur avenir ! » Puisse-t-il réussir ce challenge ! Marc Ravalomanana n’aura pas droit à une autre chance pour devenir une légende en Afrique comme Nelson Mandela… 

 

Alain Rajaonarivony  

 

Partager cet article
Repost0
28 novembre 2018 3 28 /11 /novembre /2018 21:57

 

 

Il était une fois dans un pays endémique très lointain un babakoto buriné par la vie et nostalgique, qui voulait devenir le roi du marigot et de toute la savane jusqu’au bord de l’océan. « La mer sera ma limite » se disait-il ! Mais comment faire ? Certes, les habitants de la forêt, enfin, ce qui en restait, et ceux des rivages pillés par les gros bateaux, étaient d’accord sur une date pour désigner qui règnerait sur eux. Le débonnaire crocodile était obligé de remettre sa couronne en jeu, c’était la coutume. Mais c’est de mauvaise grâce qu’il sortit du marigot où il batifolait tranquillement avec toute sa famille pour aller se remesurer avec ses concurrents sur la terre ferme. Car il n’était pas bien méchant et surtout très paresseux, n'ayant pas fait grand-chose pendant son règne, même pas son boulot de roi. En cela, il ne différait pas beaucoup de ses sujets. Il devait montrer sa force mais savait bien que sous ses airs farouches, il n’aspirait qu’à se dorer au soleil.  « Mais j’ai tout prévu » se rassura-t-il, « les algorithmes informatiques sont configurés pour me faire passer le premier tour avant de me faire gagner haut la main au second à une courte majorité. Cela fera bien devant mes amis du zoo de New-York !... » Las ! Il s’aperçut bien vite que lorsqu’il n’était plus dans les eaux troubles du grand marigot, il était bien moins agile que ses adversaires.

 

 

Le jeune et impétueux fosa courait partout, séduisant ses interlocuteurs sur ses récits de voyage à Miami ou à Venise. Il faisait rêver aussi bien les oiseaux perchés sur les palétuviers que les zébus broutant l’herbe rare. « Je transformerai le marigot en piscine olympique » leur promit-il. Ses apparitions étaient d’autant plus appréciées qu’il faisait des cadeaux à tout le monde. Oui, car l’audacieux fosa était très riche et cela ajoutait à son aura ! Comment est-il devenu aussi riche ? Personne ne le sait mais quelques animaux jaloux racontaient qu’il avait disparu un temps dans les forêts de bois de rose et était réapparu avec des sacs plein d’argent. « Peut-être a-t-il rencontré un génie ? », disaient ses fans, pour qui ce mystère rajoutait encore à son charme. Les autres grinçaient des dents mais n’osaient rien dire car Fosa s’était fait beaucoup d’amis, y compris parmi ceux qui disposaient du système informatique. « Grâce à eux, je vais gagner facilement ! » se dit-il en souriant !

 

D’autres prétendants, comme le petit hitsikitsika, dont les chants et les danses étaient populaires et connus de tous les animaux, se désespérait : « Il y a sûrement de la triche, mais comment le prouver ? On va se faire balayer». Ses lamentations ne furent pas entendues.

 

 

Le babakoto, d’un certain âge mais encore alerte, qui avait bourlingué jusqu’à la lointaine Afrique, écoutait tout cela. Il y a longtemps, il était le roi, mais c’était il y a longtemps… Il s’était fait retirer le titre parce qu’il avait commencé à prendre le melon. Et ça, chez les habitants de la forêt dont la devise est «T’es le roi que parce qu’on le veut bien », cela ne se pardonne pas. Le roi ne doit pas ramasser tous les fruits du baobab et les noix de coco pour lui tout seul. Il doit en redonner aux autres pour maintenir l’harmonie et la paix. Mais il se disait qu’il avait appris de ses erreurs et voulait retenter sa chance d’autant qu’au début de son règne, il avait quand même fait des choses bien qui avaient laissé de bons souvenirs. Il avait tracé des pistes pour que ceux qui n’avaient pas d’ailes puissent se déplacer sans s’accrocher aux épines. Il distribua alors lui aussi des cadeaux, racontant qu’il avait changé et connut un grand succès bien qu’on n’y croyait plus aussi facilement…

 

Quand le grand jour de la confrontation arriva, tous les résidants, de la forêt au bord de mer, allèrent mettre une feuille d’eucalyptus dans différentes boîtes portant le nom des concurrents. Au début de la nuit, ceux devant rentrer les chiffres dans l’ordinateur se dirent que ce serait bien que ce soit leur nouvel ami, Fosa, qui soit élu. Ce qui fait que dès le matin, le crocodile, d’habitude si discret, se mit à crier à la fraude, se sentant trahi.

 

Ayant de l’expérience, le babakoto, lui aussi, s’aperçut de la triche et le fit savoir mais n’insista pas. Le fosa, lui, ne disait rien, sauf à la fin quand il vit que ses amis avaient mal fait leur travail et qu’il ne pourrait pas gagner tout de suite. En effet, le crocodile avait planifié la victoire en 2 tours et le programme n’avait pas été changé alors que Fosa avait précisé, « il faut que je gagne dès le 1er tour car je n’ai pas envie de leur raconter encore mes aventures à Manhattan ou à Singapour…». Mais comme on dit au pays endémique, « ça ira, mora-mora fotsiny ouâ», le remplacement de certains paramètres avait été omis. Et comme Fosa était relativement plus aimé que le peu entreprenant crocodile, finalement, les résultats ne différèrent pas beaucoup de ceux qui seraient sortis si les choses s’étaient déroulées normalement. Le jeune et bouillonnant fosa était fort dépité et cria à l’injustice en disant qu’il y avait de la triche sur le logiciel. Il était bien placé pour le savoir et se remémora les paroles d’Alex, le lion qu’il avait rencontré lors de ses nombreux voyages : « Mon Dieu, gardez-moi de mes amis, de mes ennemis, je m’en charge ! » Il était son modèle, avec sa magnifique crinière qui tirait sur l’or orangé sous le soleil d’Afrique et le respect que lui inspirait les autres habitants de la savane. Lui aussi, un jour, serait comme un lion. Mais pour l’instant, c’était mal parti !

 

 

 

 

Tout ceci mit sens dessus-dessous la forêt et la savane. Chacun se mit à invoquer le Grand Dieu Créateur pour que tout se termine bien et qu’on puisse de nouveau chanter et danser. Le Conseil des Sages se réunit alors et trancha. Personne n’avait tort, tout le monde avait raison. Il demanda à ce qu’on refasse un 2nd tour pour le choix du roi, entre l’aventureux jeune fosa et l’avisé et expérimenté babakoto en considérant qu’ils représentaient bien tous les autres hôtes de la savane, de la forêt jusqu’aux rivages de sable blond de la mer. Et ceci afin qu’on ait encore une nouvelle distribution de cadeaux et de la musique. Les Sages savaient que pendant cette période, tout le monde serait gentil et ferait de belles promesses. Après sera un autre jour, le lendemain ne nous appartient pas…

 

Ce conte est évidemment de la pure imagination pour les enfants sages. Il n’y a pas de vrai méchant, les tricheurs ne trichent pas vraiment, tout le monde se connaît et rigole ensemble. Rien de tel ne peut se passer dans la vraie vie. Sauf  au pays endémique de nos rêves d’enfant où tout est possible…

 

Photos : Les personnages de « Madagascar » produit par DreamWorks avec Alex le lion, et King Julien XIII, hyperactif et égocentrique roi des lémuriens…

 

PS : Dans la légende, un Indri (le plus grand des lémuriens) sauva un petit garçon nommé Koto, piqué par une abeille pendant qu’il cueillait du miel. La douleur l’empêcha de redescendre de l’arbre. Un Indri qui avait vu la scène, eut pitié, le prit sur son dos et le secourut en le redescendant. Ce fut comme une seconde naissance, l’Indri devint comme un deuxième père. Depuis, les villageois appellent l’Indry « Babakoto », « le père (baba) de Koto » et il est fady, c’est-à-dire qu’il est interdit de le tuer. Sur les Hauts-plateaux, Baba se dit Dada…

 

Alain Rajaonarivony

Partager cet article
Repost0