L’avion d’AirLink, vol 8252, a dû faire demi-tour au-dessus du Canal de Mozambique, à quelques dizaines de
minutes de l’atterrissage prévu à Ivato pour 14heures10.
Et Njaka Lalaina Rabemiarana ne connaîtra jamais l’épilogue du bras de fer qui oppose Marc Ravalomanana à Andry Rajoelina. Il a succombé à un traumatisme crânien. Car même lorsque les forces de
l’ordre malgaches n’utilisent pas des armes létales, elles arrivent à tuer en ne respectant pas les procédures. On ne balance pas une grenade lacrymogène en tir tendu, au milieu de la foule, au
risque de la faire exploser sur quelqu’un.
Marc Ravalomanana a transmis ses condoléances à la famille de ce père de deux enfants présent à l’aéroport, avec une centaine de milliers d’autres personnes, pour l'accueillir ce 21 janvier.
Cet après-midi là, le ministre de la communication, Harry Laurent Rahajason alias Rolly Mercia, plein de bagout mais profondément menteur, annonce sans rire qu’il n’y a pas de Notam alors que
TVPlus en avait déjà donné les références et que des milliers d’internautes ont pu en voir les photos. Le ministre, devenu en l’occurrence celui de la désinformation, s’est lancé dans un roman où
il était question de faire atterrir l’avion sur un autre aéroport afin de pouvoir procéder à l’arrestation de Marc Ravalomanana, loin de la foule qui aurait empêché cette démarche. Rappelons que
c’est le même individu qui a donné des leçons de déontologie aux journalistes, il y a quelques semaines.
Rolly
Mercia aura quand même donné une indication importante sans le vouloir : il y avait bien une foule considérable pour l’accueil de l’ex-président, estimée selon les sources entre 30.000 et 200.000
personnes. C’est au moins autant, sinon plus qu’au plus fort du soutien à Andry Rajoelina début 2009, alors Maire persécuté d’Antananarivo.
La HAT a peaufiné au fur et à mesure le scénario, précisant qu’elle avait demandé au pilote d’atterrir à Morondava. Le mieux étant l’ennemi du bien, elle sera contredite par Rodger Foster, un des
responsables d’AirLink qui affirmera que sa compagnie n’était pas au courant de cette proposition. Prévenu au dernier moment de l’interdiction de se poser à Ivato, le commandant de bord devait
prendre une décision immédiate pour ne pas mettre en danger la vie de ses passagers. Hormis Morondava, qui n’est pas un aéroport international, Majunga, Tamatave, Tuléar et Fort-Dauphin, qui sont
les aéroports de dégagement étaient également fermés par Notam. Très logiquement, le pilote a fait demi-tour. Un BA Avro RJ85 possède à peine un peu plus de 3000 kilomètres d’autonomie. Celui ou
ceux qui ont signifié les interdictions aussi tard ont donc fait courir un réel péril aux passagers. Mais c’était sûrement le cadet de leurs soucis, obnubilés qu’ils étaient par leurs calculs
politiques.
Les Notam étaient signés par les initiales «PHAT», Président de la Haute autorité de transition. Omer
Beriziky, le Premier ministre, a affirmé au micro de Radio France Internationale, qu’il ignorait leur existence. Andry Rajoelina a dû aller au charbon car le gouvernement avait refusé de les
promulguer. Le Général Richard Ravalomanana s’était attribué dans la foulée la paternité de ces prescriptions, dans le but de dédouaner le responsable, sans être crédible. Par le passé, lui aussi
n’avait pas hésité à mentir, ce qui lui avait valu la réponse cinglante d’une ministre mise en cause (voir l’article : «Affaire Bionnexx : Nadine Ramaroson contredit le Général
Ravalomanana»). Ce n’est que le 27 janvier, après le retour de Beriziky et des autres composantes de la transition de Prétoria, où ils étaient convoqués d’urgence par la SADC, qu’Andry
Rajoelina, terré jusque là, a ramené sa superbe en déclarant qu’il assumait la délivrance des Notam.
Le 24 janvier, la SADC a renvoyé les protagonistes dos-à-dos. Marius Fransman, le médiateur sud-africain a considéré qu’il était «irresponsable» de la part de Marc Ravalomanana d’avoir voulu
revenir dans un contexte encore très tendu, même s’il considère ce retour comme inéluctable et nécessaire pour dénouer la crise. Andry Rajoelina, quant à lui, n’avait pas à agiter la menace d’une
arrestation au moment où l’on parle de réconciliation et d’amnistie, ingrédients indispensables pour que le pays retrouve une situation pacifiée.
Pour Marc Ravalomanana, c’était une opération «win-win». S’il débarquait, il recevait l’accueil triomphal de ses partisans. S’il était refoulé, il démontrait la mauvaise foi de Andry. Et s’il
avait été arrêté, il déclenchait une révolte générale. En fait, cette venue était un piège à c… Andry est tombé dedans !
La seule vraie victime dans cette affaire, c’est encore et toujours le peuple qui aspire à un peu de paix et de normalité. A l’exception d’Albert Zafy, tous les dirigeants ont du sang sur les
mains, y compris Andry Rajoelina, criminel à la tête pouponne. Quant aux abus de pouvoir et au pillage des richesses de la nation, il n’y a pas grand monde qui puisse donner des leçons. Le peuple
serait pourtant prêt à les pardonner, s’ils faisaient simplement l’effort d’arrêter cette crise pour aboutir à une réconciliation.
Les Malgaches en ont assez de ces pseudo-pères-la-vertu qui transpirent la haine, l’esprit de vengeance et la lâcheté. Ils veulent pouvoir respirer, envoyer leurs enfants à l’école, bosser
honnêtement dans une économie qui tourne normalement, sans maffias et prédateurs nationaux et étrangers … Si pour y arriver, le sang doit continuer de couler, alors que ce ne soit plus celui de
citoyens innocents mais celui des gouvernants responsables de cet enfer. Qu’Andry relise l’histoire de son pays (je parle de Madagascar) et qu’il en tire les enseignements… avant qu’il ne soit
trop tard !
Photo 1 : Beaucoup de monde à Ivato pour accueillir l’ancien président
Photo 2 : British Aerospace Avro RJ85 : une autonomie limitée
Photo 3 : Marc et Lalao Ravalomanana : un aller-retour rapide Johannesburg-Tana... mais un bénéfice d'image certain.
Alain Rajaonarivony
La stratégie de la France a consisté
dès 1896, début officiel de la colonisation, à détruire les racines et les élites des Malgaches. Comme dirait Christian Chadefaux, journaliste zanatany expulsé de manière irréfléchie par
Ravalomanana (ce qui n’a pas arrangé sa réputation de francophobe), le Maroc était aussi un protectorat. Quand la France en est partie, elle a ramené le roi Mohammed V de son exil d’Antsirabe et
l’a remis sur son trône, permettant ainsi au royaume chérifien de retrouver ses racines et sa culture de gouvernance. Rien de tel avec Madagascar où la France a tenté d’imposer une caricature de
République, mais sans en respecter les règles. Elle a d’abord monté les côtiers contre la royauté, qualifiée de gouvernement hova, puis a créé de toutes pièces le Padesm, pseudo parti des
déshérités, pour contrer les mouvements nationalistes.
Le chantier sera stoppé net par Andry Rajoelina dès la
réussite de son coup d’état, le 17 mars 2009 pour ne pas permettre à son rival de se prévaloir de quelque chose. Ce qui ne l’a pas empêché le 11 décembre 2010 de prendre la tête d’un véritable
carnaval avec son épouse, déguisés en souverains. Ils descendront du Palais situé sur les hauteurs, jusqu’au nouvel hôtel de ville reconstruit, entouré de «gardes royaux» (des soldats travestis
pour la circonstance). Rebelote un an après, où après s’être congratulé avec Sarkozy, il a tenu à faire tirer un feu d’artifice à partir du Rova pour fêter le premier anniversaire d’une IV
république que personne ne reconnaît à part les putschistes eux-mêmes. Or, la couronne de Ranavalona Ière venait d’être volé au palais d’Andafiavaratra (le palais du Premier ministre devenu un
musée) dans la nuit du 3 au 4 décembre. C’en est trop pour les Andriana qui crient au mépris et à la profanation. Le pays devrait être en deuil après ce vol, argumentent-ils. Malgré les mises en
garde, Andry Rajoelina procèdera à ses festivités incomprises par la majeure partie de la population qui se débat dans une crise économique profonde.
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